“Les anciens ne veulent pas laisser la place” : entretien avec Ian Boucard (Les Républicains)

“Les anciens ne veulent pas laisser la place” : entretien avec Ian Boucard (Les Républicains)

Retour sur le mercredi 8 novembre, où Monsieur Ian Boucard, qui était député à ce moment, nous a accordé une heure de son temps dans son bureau à l’Assemblée. Néanmoins depuis le vendredi 8 décembre, le Conseil Constitutionnel a annulé le résultat de la première circonscription du territoire de Belfort. Une nouvelle élection sera organisée.

A lire aussi : notre article sur l’invalidation de l’élection de Ian Boucard !

Une entrée en politique précoce …

« Damien Meslot cherchait un jeune engagé dans la vie associative pour établir sa liste en vue des élections municipales de 2008 à Belfort. Ce qui était mon cas, puisque je suis bénévole à l’ASMB foot depuis 16 ans. Donc, je me suis mis sur sa liste, mais à la fin. Par conséquent, sans aucune chance d’être élu même si on l’avait emporté. Il se trouve que l’on a perdu donc ça n’a pas changé grand-chose ! J’ai donc poursuivi mes études en école de commerce. Je suis entré dans la vie active en tant que commercial pour L’Oréal, Unilever puis Super U. En 2014, Damien Meslot a refait une liste où j’étais à nouveau présent. Cette fois-ci, nous avons gagné et j’ai pris des responsabilités à la fois à la mairie et à l’agglomération du Grand Belfort. En 2016, on m’a finalement proposé de prendre la succession du député puisque il ne souhaitait pas se représenter en 2017 ».

grâce à l’engagement associatif…

« J’étais bénévole à l’ASMB Foot. J’ai été entraîneur et responsable de la communication pendant 9 ans. Mais j’ai dû abandonner ce poste fin juin, c’était dur de cumuler. Comme je l’ai déjà dit, c’est grâce à cela que j’ai fait mon entrée en politique. Le football c’est beaucoup de rencontres et de partage. J’ai aussi l’habitude de dire que c’est encore l’un des seuls milieux où le chef d’entreprise et l’ouvrier se rencontrent sur le terrain parce que leurs fils jouent dans la même équipe. A ce niveau-là il n’y a pas encore de segmentation ! Il n’y a pas encore de clubs de foot pour riches et de clubs de foot pour pauvres et j’espère que cela n’arrivera pas. En effet, dans beaucoup de secteurs de la société on y est déjà. ».

et surtout grâce à l’éducation

« Moi je suis le fruit de l’école de la République. Je suis issu d’une famille monoparentale et ma mère était secrétaire. Sans l’école de la République, je ne serais pas député. Aujourd’hui, on a un système qui permet, même à ceux qui n’en n’ont pas les moyens, de faire des études : les bourses. J’entends ceux qui disent qu’elles ne sont pas suffisantes ! Ceci étant, il n’y a pas beaucoup de pays qui pratiquent ce genre de dispositif. Il faut donc que l’on parvienne à casser cette reproduction sociale pour donner les mêmes chances à tout le monde. Après il faut quand même être honnête et réfléchir un peu ! Le chef d’entreprise aura toujours plus de chances que le fils d’ouvrier »

L’angoisse d’une campagne

« Honnêtement c’est horrible ! On a fait une campagne pendant un an, sans quasiment aucun jour de relâche car j’ai eu la chance d’être investi par le parti en juin 2016. Honnêtement c’est hyper stressant et on accumule beaucoup de fatigue. Il y a une attente de ceux qui vous ont proposé la place et aussi des militants qui se battent tous les jours sur le terrain pour vous faire élire. Le pire c’est que le stress ne s’arrête pas le 18 juin puisqu’il y en a un nouveau qui commence : celui de savoir si on sera à la hauteur ».

L’atout de la jeunesse…

« La jeunesse c’est parfois un obstacle, parce que les anciens ne veulent pas laisser la place. Il se trouve que dans notre département c’est un peu atypique ! On a un sénateur, Cédric Perrin, qui est l’un des plus jeunes de France. On a un président de département, Florian Bouquet, qui a 40 ans cette année. Il est l’un des plus jeunes président de conseil départemental. Chez nous, dans le territoire de Belfort, la jeunesse n’est donc pas un obstacle. Bien au contraire ! Quand on va à la rencontre des citoyens, j’ai plutôt l’impression que c’est une force. Principalement avec les personnes âgées. Plus elles sont âgées et plus elles ont envie, contrairement à ce que l’on pense, d’avoir des jeunes. C’est plutôt un obstacle chez les gens de trente ou quarante ans, qui auraient voulu avoir la place. Sinon ce n’est pas un du tout ».

Un point positif et négatif sur l’université française ?

« Le point positif c’est que l’université est ouverte à tous sans conditions sociales. Or, ce n’est malheureusement pas vrai dans tous les pays. Ensuite son accessibilité est remarquable. Les frais ne sont pas élevés par rapport à d’autres pays. Le point négatif, c’est qu’elle ne se réforme pas et qu’elle n’est pas assez ouverte sur le champ professionnel. De plus, il faut poursuivre l’autonomie des universités. C’est une réforme qui a permis aux universités d’avoir plus de moyens. De plus, elle avait été initiée par une excellente présidente de région, Valérie Pécresse, anciennement ministre de l’enseignement supérieur. C’est certainement la meilleure réforme universitaire depuis trente ans. Aujourd’hui, il faut une sélection. C’est clair et net. Il n’y a pas assez de places dans les universités et on a été obligé de mettre en place un tirage au sort ! La prochaine réforme sera d’être capable de dire que tout le monde ne peut pas faire du droit, de la psycho, de la sociologie ou STAPS.»

Le problème du manque de place

« Les problèmes de manque de place ne concernent que quelques filières. Si vous venez chez moi à Belfort il y a pleins de filières où il y a de la place. C’est vrai aussi à Besançon ou à Dijon mais c’est faux à Paris. Il faut peut-être aussi promouvoir la mobilité dans les parcours universitaires. Tous les étudiants veulent faire la Sorbonne car cela « fait mieux » sur le CV mais c’est le même diplôme in fine que celui de Besançon. Il faut également travailler sur l’orientation, car en réalité le drame est là. On a beaucoup d’emplois à pourvoir dans les métiers manuels, avec souvent des salaires bien plus élevés que ceux de sortie d’université. Sauf qu’on n’en fait pas la promotion. En France on considère que celui qui veut devenir boucher ne peut pas être un bon élève ».

Et pour l’avenir ?

« J’ai une ambition forte, c’est celle de ne pas décevoir les électeurs qui me font confiance pendant cinq ans. Vous dire que je pense à l’après serait vous mentir. Cela ne fait même pas six mois que je suis là, on verra bien ensuite. De toute façon, les carrières qui se font uniquement en politique, c’est terminé. Je viens du privé et je ne pense pas que j’aurai trop de difficultés à y retourner ».

Merci à Monsieur Ian Boucard, ex-député de la première circonscription du territoire de Belfort, d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

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Entretien co-réalisé par : Pierre PORTIER et Manon MULETTE