La règle du jeu : entre théâtre et cinéma

La règle du jeu : entre théâtre et cinéma

À la Comédie française, Christiane Jatahy propose une adaptation théâtrale de La règle du jeu, film de Jean Renoir de 1939. Cette satire modernisée de la bourgeoisie et de l’aristocratie décadente fait alterner scènes filmées et jouées, mêlant les genres pour proposer au public une expérience très originale.

Faire passer une œuvre majeure du «patron» de l’écran à la scène, et ce à la Comédie française, le défi était de taille!

Du théâtre…

Christiane Jatahy l’a pourtant relevé, tout en donnant aux enjeux de l’œuvre originale un ancrage profondément moderne. Le héros André Jurieux, interprété par Laurent Lafitte, n’est plus un aviateur comme dans le film. Il est ici un navigateur qui sillonne la mer Méditerranée pour secourir des migrants. Christine, la femme du Marquis Robert qu’André convoite, jouée par Suliane Brahim, n’est plus Autrichienne mais Arabe. Ces petits détails qui actualisent les dialogues font de ce scénario une véritable tragi-comédie du 21ème siècle, rappelant alors les pièces de Marivaux et leurs d’amours entrecroisés.

Tout en conservant, à quelques répliques près, les dialogues originaux, la metteuse en scène brésilienne fait fi des règles classiques du jeu théâtral. D’un décor minimaliste — un piano et quelques chaises —  qui tranche avec les costumes cossus, on saisit le contexte social de l’action. La mise en scène, quant à elle, est énergique au possible : les acteurs courent sur scène, dansent, chantent. Ils s’aventurent jusqu’entre les rangs pour offrir des dialogues poignants. On ne doute plus de la réalité du théâtre, il vient directement devant nous prouver son authenticité. C’est qu’il fallait, à la Comédie française, justifier sa transgression des codes par une transformation du style.

… au cinéma

La singularité de La règle du jeu : le mélange de ces deux arts que sont le théâtre et le cinéma. Les scènes d’exposition et de clôture filmées en amont placent l’intrigue et la dénouent avec brio. Les longs plans-séquences marquent une maîtrise de la fluidité des images. Celles-ci s’enchaînent limpidement pour laisser les comédiens démontrer leur talent d’acteur. C’est d’ailleurs par la caméra que s’ouvrent et se ferment les rideaux. Elle est également présente tout au long de la pièce. Les personnages se saisissent à tour de rôle d’un objectif dont les images sont projetées en live sur deux écrans placés sur scène. Ils retransmettent ainsi certains dialogues intimes entre les personnages. Le spectateur suit alors deux intrigues simultanées : une au-devant de la scène et l’autre à l’écran. De cette manière, mensonges, promesses et trahisons se multiplient entre les personnages jusqu’au tragique dénouement de ces amourettes en apparence innocentes.

Néanmoins et malgré d’importants efforts pour marier théâtre et cinéma, la pièce peine parfois à toucher son but. Les prouesses techniques et scénographiques sont occultées par un scénario trop léger. Malheureusement, ses enjeux captent sporadiquement l’attention du spectateur. Ainsi, il ne se sent pas réellement impliqué par les tracas amoureux des personnages. En somme, l’extravagance de la forme est ternie par la superficialité du fond qui laisse l’esprit sur sa faim au sortir de la salle.

1 h 40 sans entracte. Jusqu’au 8 janvier 2018, salle Richelieu de la Comédie française.

Pour plus d’informations, rendez-vous ici.

Crédits photo : L’Officiel des spectacles

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