Newstorm 2017 : Tonnerre d’innovation au centre de l’information

Newstorm 2017 : Tonnerre d’innovation au centre de l’information

Journalistes, entrepreneurs ou encore sociologues étaient réunis ce jeudi 14 décembre, au Studio 104 de la Maison de la Radio, pour la deuxième édition de « Newstorm : Qui fait l’info ? ». Dans un monde qui se réinvente en permanence, ils sont venus s’interroger sur les nouvelles questions, que pose l’information. Les intervenants nous ont alors offert un panorama intéressant sur le monde d’aujourd’hui, autant que sur celui de demain. Une soirée passionnante, pleine d’espoirs ; Sorb’on y était et vous raconte.

Dans un espace splendide, nos deux journalistes amateurs étaient entourés de professionnels venus se poser les mêmes questions que les intervenants : par qui est produite l’information, pour qui, mais surtout comment est-elle construite pour toucher un public, le plus large possible ? La façon dont nous consommons l’info et les nouveaux formats qui en découlent, seraient ainsi devenus des enjeux centraux, notamment depuis la récente élection de Trump et les différentes affaires politico-médiatiques.

Intelligence artificielle, chatbots et fake news : le point sur l’info

« Qui fait l’info ? » « Des journalistes, des youtubeurs, des robots, des followers, des citoyens » ? Voici ce que semble suggérer la présentation de cet événement. Pour autant, la liste ne s’arrête pas là ! C’est ainsi que cette conférence Newstorm #2 s’ouvre sur le thème de l’Intelligence Artificielle (IA). De simples puces seraient ainsi capables de simuler une certaine intelligence et ainsi de produire de l’info. En revanche, « l’IA ne va pas remplacer les journalistes, et devenir productrice d’information à elle seule, du moins pas à moyen terme » nuance un des intervenants, enseignant-sociologue à Sciences Po.

Dominique Cardon justifie son propos en présentant deux perceptions de l’IA. L’une, proposée par Douglas Hofstadter, considère que la machine, aussi intelligente soit-elle, reste un outil pour l’Homme, un support. L’autre, soutenue par John McCarthy, affirme qu’à terme, la machine deviendra aussi intelligente que l’Homme. Dans tous les cas, le constat est sans appel ! Des algorithmes sont aujourd’hui capables d’étudier nos comportements sur les réseaux sociaux. Ils peuvent alors deviner nos orientations politiques, voire les influencer en modulant par exemple notre fil d’actualité Facebook. Doit-on y voir une atteinte personnelle à notre liberté de penser ?

Au-delà de l’Intelligence Artificielle, l’information peut aujourd’hui être diffusée par des chatbots, en d’autres termes, des bulles de discussion automatisées sur Messenger qui servent d’interface entre un utilisateur et la machine. Leur nombre a considérablement augmenté lors de l’élection présidentielle française au printemps 2017, notamment du fait que les internautes étaient nombreux à s’interroger sur le programme de chaque candidat. Un système automatisé était alors à même de leur répondre, même s’il est important de rappeler qu’il ne s’agit que d’un robot.

L’initiative collaborative « CrossCheck »

Ainsi, dans un monde où les technologies sont de plus en plus performantes à l’instar de l’IA, il convient de ne pas négliger l’importance que prennent les fakes news. Ce constat effectué, Marie Bohner a décidé de lancer il y a quelques mois l’initiative collaborative « CrossCheck ». Elle explique alors avoir réussi à faire collaborer de grandes plateformes technologiques type Twitter avec divers médias et universités, dans le but de lutter en bloc contre la formation de « Fake News ». Elle en présente les potentielles conséquences politiques telles que la montée du Front National sur un fond de « fausses informations », précédée il y a un peu plus d’un an par l’élection de Donald Trump.

Plateforme d’utilité publique, cette innovation devrait selon être amenée à se populariser, notamment du fait de sa relative facilité d’utilisation : une simple question peut être posée à propos d’une potentielle « fausse information », à laquelle les partenaires technologiques, universitaires et médiatiques s’empressent ensuite de répondre, non sans avoir enquêté quelque peu pour étudier sa véracité. Marie Bohner a enfin pu qualifier 2016 d’ « année charnière entre la désinformation en ligne et la vie démocratique ».

Pour en savoir plus, rendez-vous ici.

Nouveaux formats, info éditoriale et mobile : l’innovation à l’heure de l’info

C’est en 1923 que Maurice Vinot présentait le premier journal d’informations parlées en France, émission dont le succès a été complet et qui a su faire concurrence à la presse écrite. Ce schéma se reproduit aujourd’hui avec Brut ou encore Konbini, ces nouveaux « médias » qui concurrencent véritablement les médias historiques français. Guillaume Lacroix, co-fondateur de Brut, le rappelle néanmoins : « Brut ne se pose pas comme concurrence principale des médias traditionnels ». Il reconnaît en revanche, le caractère innovant de son projet fondé sur un tout nouveau format. Les deux jeunes dirigeants confirment alors : l’ère n’est plus à celle de la télévision, aux longs reportages, mais aux storys Snapchat qui permettent d’assembler autant de vidéos souhaitées, sans que l’une ne présente de rapport évident avec l’autre et cela en quelques secondes.

Leur public est jeune, il cherche à consommer de nouvelles marques et formats d’info. Il apprécie par exemple les systèmes de questions/réponses interactifs à l’image du « Fast & Curious » créé par Konbini ou du côté média social et progressiste de Brut. En conséquence, Brut enregistre pas moins d’un milliard de vues sur Facebook en seulement un an. Quant à Konbini, celui-ci revendique six millions de vues cumulées sur le discover de Snap et sur leur articles. Ce sont, aujourd’hui, de nouvelles façons d’usage de l’information. On peut néanmoins se demander comment Facebook, acteur majeur parmi les réseaux sociaux existants, a permis l’émergence de ces deux médias. Rattachés à ce socle dont ils dépendent, Brut n’y voit cependant aucune forme d’aliénation.

Dans tous les cas, Facebook accorde cinq fois plus de visibilité que YouTube, affirme le journaliste Elamin Abdelmahmoud de BuzzfeedCanada. Les utilisateurs, préféreraient ainsi globalement rester sur les plateformes des réseaux sociaux pour pouvoir commenter ou partager directement . Certains médias seraient en conséquence uniquement présents sur Facebook, à l’instar de Brut. Aucune page Internet, non, pour lui, l’information doit être une histoire aux yeux de l’internaute, qu’il racontera à ses amis. C’est ainsi que l’info est consommée aujourd’hui, le lecteur doit pouvoir interagir avec elle rapidement. Néanmoins, une question se pose, celle de la rémunération des journalistes ; en effet, seuls 500$ ont pu par exemple être récoltés alors même que le contenu avait été visionné plus de vingt millions de fois.

L’innovation, enjeu majeur de l’information

Cette conférence s’est close avec la venue de deux intervenants de taille : Benoît Raphaël, expert en innovation digitale/médias, et Ludovic Blecher, directeur du Fonds pour l’Innovation Digital News Initiative Google. L’innovation est pour eux « au coeur d’une dynamique qui bat son plein en ce moment ». C’est pour cela que le fonds Google a déjà contribué à financer dix-sept projets d’innovation depuis sa création. L’un d’entre eux a particulièrement retenu notre attention, le journalisme dit « de solutions ». Il s’agit de créer un média local, publié régulièrement, et qui chercherait des solutions en faveur de la communauté ; un véritable espoir pour une presse locale et régionale aujourd’hui en crise. « L’innovation [serait ainsi] au cœur de notre transformation », afin d’assurer notamment un avenir certain à l’information. Varier les supports, varier les contenus, à l’image de la radio-tv dit “player” Tarmac, affiliée à la radio belge RTBF et venue présenter son projet ce soir-là. Un projet tourné autour de la culture hip-hop pour le moins novateur, jeune et dynamique.

Une conférence rythmée, au contenu enrichissant et nous permettant de dresser le constat suivant : le monde dans lequel circule l’information est en train de changer. Il laisse de plus en plus place à l’innovation des formats. Derrière le « qui fait l’info », se cachaient alors d’autres questions : pour qui est faite l’info ? Et surtout comment ? Il semblerait aujourd’hui que la coopération entre acteurs soit aussi au coeur de l’évolution informationnelle (« CrossCheck ») afin de fair éclater des scandales tels que les Paradise Papers. Cette conférence animée par des journalistes s’est en tout cas close sur une note d’espoir pour notre domaine de métiers. Non ! les experts de l’info ne perdront pas leur place si facilement dans la société. Ils se tourneront simplement davantage vers les médias innovateurs opportunistes que vers les traditionnels « mainstream » !

Pour plus d’informations sur la liste des intervenants, rendez-vous ici.

Hits: 227