Les derniers Star Wars

Les derniers Star Wars

{ Attention, risque de vous faire légèrement spoiler ! }

Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine. La Résistance a détruit Starkiller, mais le Premier Ordre la poursuit désormais à travers toute la galaxie…

Cette « postlogie » de Star Wars a décidément de bonnes inspirations qu’elle s’ingénie à gâcher. La franchise, la marque ont pris le pas sur l’œuvre : plutôt qu’une suite audacieuse et inventive, dont les ingrédients existent, Disney assène une succession de scènes convenues. Cette galaxie, si vaste, tourne aujourd’hui en rond. Le charme n’opère plus, Yoda se prend à brûler des livres et Maître Luke s’en est allé… Et pourtant !

Un dernier épisode qui laisse en suspens

Le scénario a pris de l’épaisseur. Il essaie de construire une trame honnête, il attise notre curiosité mais sans jamais éveiller d’appétence. Les malheurs de Kylo Ren, son appel à « laisser mourir le passé » sont intéressant (ou pourraient l’être) mais avant d’ériger ce personnage au rang de principal antagoniste, encore eût-il fallu corriger son interprétation, et faire de lui un adversaire digne de ce nom. Au moins a-t-il abandonné son casque !

Rian Johnson amorce une première approche critique de la société galactique à travers Finn qui découvre l’hypocrisie des conflits armés dans l’univers feutré de Canto Bight – on regrettera, las, la ressemblance avec le kitsch de « Valerian ». Toutefois, ce n’est pas rien au royaume du manichéisme « lucasien » ; implicitement, il montre aussi l’essoufflement de la franchise au cinéma et son besoin de renouveau : personne ne répond plus à l’appel de détresse de la Résistance, engluée dans une guerre sans fin. Mais une nouvelle génération, nourrie du souvenir des aventures passées, lève les yeux au ciel, attendant son heure. Trois séquences-clés, message subliminal donné au spectateur comme un nouvel espoir.

Une nouvelle trilogie (Star Wars) qui cherche son renouvellement dans la lignée de la saga

La première trilogie a pour elle d’être épique. La seconde s’appuie sur une épaisseur politique. Celle-ci choisit le fatalisme, hésite à verser dans l’ésotérisme. La retraite de Skywalker, son abandon des Jedi et le constat qu’il fait de leur échec ouvrent une porte audacieuse, une quasi réflexion refermée aussitôt (frustration) par une avalanche de séquences d’arrière-plan inutiles au récit. Starkiller, fossoyeur de l’Étoile noire, Phasma, pâle copie de Boba Fett : toute la trilogie originale doit, hélas, trouver son équivalent. Peu importe que l’histoire en pâtisse : c’est la version 2.0 d’une guerre des Étoiles bien terre à terre.

Beaucoup, convoquant George Lucas et son inspiration de Joseph Campbell, diront que Star Wars n’est que répétition depuis son origine. Et c’est vrai. Pourtant, comme les variations musicales d’un opéra, la répétition doit être subtile avant d’avoir un sens. S’inscrire dans un nouveau contexte. R2-D2 sauve la mise à chaque fois, mais avec une finesse inconnue de BB-8 aujourd’hui. Il y a loin de réparer discrètement le câble d’hyperdrive à dompter un TR-TT ! Ici au contraire, la répétition n’est qu’impression de déjà-vu. George Lucas a toujours dit qu’il voulait élargir l’univers qu’il avait créé, développer sa culture et son esthétisme. Emprunter des nouveaux chemins. Créer. Imaginer. Et pendant quarante ans, des auteurs passionnés ont nourri sa volonté, léguant des dizaines de livres et de bandes dessinées, autour de 25 siècles d’histoire.

Une suite qui peine à convaincre qui peine à convaincre de ses choix malgré une performance inattendue de la part de Mark Hamill

Loin de cette ambition, il y a l’inutilité, presque vulgaire, d’un énième piratage de codes cryptés, la fuite incessante (et lassante) de résistants qui ne se cachent plus d’être des rebelles, des planètes identiques qui se couvrent grossièrement de sel à défaut de neige… Et Leia elle-même, la princesse, qui n’agit plus que mécaniquement, d’une bataille à l’autre, sans passion ni projet. Qu’il est loin le temps de Timothy Zahn ! Facilité commerciale, trop d’action – action éculée – noie des personnages secondaires à peine effleurés. Par ailleurs, si l’expérience visuelle est globalement réussie (saut suicide à couper le souffle en hyperespace, soleils jumeaux de l’épilogue), elle n’est pas exempte de l’échec majeur des couleurs criardes et saturées du palais de Snoke. Snoke ! Personnage prometteur… Et promesse manquée.

Reste la performance de Mark Hamill, la meilleure sans doute  depuis celle d’Alec Guiness en 1976. Il y a fort à parier que sa sortie entre au panthéon des meilleures scènes de la saga. C’est là le vrai point fort du film : l’écho de l’échec d’Obi-Wan, le même désespoir qui l’avait envahi, l’acceptation du destin, avec fatalité, mais sans renoncement. Un personnage complet, mûri, travaillé qui tire dignement sa révérence. C’est peu dire de Luke qu’il a porté le film. Un film qui pouvait être bon, et qui ne l’est pas, parce qu’il sacrifie son imagination à la pression de l’enjeu, parce qu’il flatte la nostalgie au lieu d’explorer l’avenir. Parce qu’il renonce aux étoiles.

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