Quand l’enseignement supérieur se refait une jeunesse

Quand l’enseignement supérieur se refait une jeunesse

Face à la montée de critiques qu’avait engrangé le portail national d’Admission Post-Bac (APB) à la fin de l’année scolaire 2017, le gouvernement n’avait plus qu’une seule possibilité : réformer entièrement le système, pour des affectations simples, justes et conformes aux choix de l’élève. Cette réforme consiste donc à remplacer la plateforme APB par une autre, ParcoursSup. Cela s’accompagne d’un remaniement touchant cette fois-ci les universités et les parcours qu’elles proposent.

Les rénovations initiées par le gouvernement atteignent-elles leur but, à savoir de permettre à chacun d’intégrer la filière de son choix ? Œuvrent-elles dans le sens d’une plus grande égalité entre les étudiants ?

En quoi consiste la réforme ?

Lors d’une interview sur RTL le 9 novembre 2017la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé une réforme très large avec tout d’abord, la suppression du portail APB, remplacé par un autre, ParcoursSup. Les élèves ne pourront rentrer que 10 vœux maximum. Les réponses des universités s’échelonneront à partir du mois de mai. La ministre a également annoncé la fin du tirage au sort. Il sera remplacé par des attentes, des pré-requis définis au niveau national pour l’entrée dans chaque filière. Les universités pourront ensuite se réserver le droit de les compléter.

La réforme englobe aussi la création de « plusieurs milliers » de places dès la rentrée 2018 pour les filières sous-tensions, dont le nombre de demandes excède les capacités d’accueil. C’est le cas par exemple des filières sport qui demeurent surchargées.

Le gouvernement, comme l’affirme la ministre, essaie d’œuvrer vers toujours plus d’équité et de justice, pour permettre aux élèves de faire des choix cohérents avec leurs résultats scolaires et leur projet professionnel. La réforme mise en place vise une sélection très individualisée à l’entrée des universités, qui veut s’appuyer sur les capacités réelles de l’élève. Ce qui, bien entendu, n’est pas sans soulever divers problèmes dont celui des vocations tardives…

Mais qu’en est-il des élèves dont la maturité intellectuelle se révélerait plus tardivement dans les études ? Peut-on juger de la réussite d’un élève dans une filière à partir de ses deux trimestres de terminale ? Si certains sont décidés dès le départ, ce n’est pas le cas de tout le monde. La refonte du système proposée risque de mettre de côté des élèves qui n’auraient tout simplement pas eu le temps de faire leurs preuves.

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La fin du tirage au sort… Vers une sélection qui ne dit pas son nom ?

C’est un des points sur lesquels les syndicats étudiants ainsi que l’opposition attendent le gouvernement au tournant : la fin du tirage au sort pour l’affectation en parcours supérieurs annonce-t-elle le retour d’une sélection aux entrées des universités ?
C’est un point soulevé par Benoît Hamon, qui confie lors d’une interview pour le journal Libération, le 30 octobre 2017 : « Cette réforme de l’université c’est la remise en cause de la liberté d’accès à l’enseignement. »

Benoît Hamon, à Dunkerque, aux journées d’été d’EE-LV. Photo Richard Baron. Lightmotiv pour Libération.

L’ancien ministre de l’Éducation se pose donc contre la réforme proposée par le gouvernement. Il pointe notamment du doigt un remaniement qui ne se concentrerait que sur « la gestion des flux ». Ce remaniement découragerait alors les élèves en installant des « pré-requis » ou « attendus » pour accéder à telle ou telle filière.

« Sélectionner, c’est une solution de facilité, le degré zéro de l’ambition pédagogique », n’hésite pas à souligner l’ancien candidat à la Présidentielle. Selon lui, une telle réforme ne fera qu’engranger une ségrégation plus grande entre les élèves. Cela les divisera en deux groupes : les bons et les mauvais, les gagnants et les perdants.

Il ne reste donc plus au gouvernement qu’à faire ses preuves afin de convaincre les étudiants que leur projet de réforme est efficace, ou du moins davantage que l’ancien système. Espérons simplement que l’on ne joue pas aux apprentis sorciers avec l’avenir de milliers d’élèves !