La fondation Louis Vuitton, écrin de choix pour les trésors du MoMa

La fondation Louis Vuitton, écrin de choix pour les trésors du MoMa

Depuis octobre dernier, la Fondation Louis Vuitton expose 200 chefs-d’œuvre du musée d’art moderne de New-York. Une exposition éclectique, qui donne à voir le meilleur de cette institution ayant fait le pari de l’avant-gardisme depuis 1929.

Oiseau dans l’espace, Constantin Brancusi (1923)

Le MoMa transposé dans le nuage transparent de Franck Gehry. Les chefs-d’œuvre du musée new-yorkais dans les galeries d’un bijou d’architecture. La rencontre de deux mastodontes, figures de proue de l’art moderne et contemporain des deux côtés de l’Atlantique. Il n’en fallait pas plus pour signer un exploit. Après le record d’affluence avec la collection Chtchoukine en 2016 (plus de 1,2 millions de visiteurs), il a fallu redoubler d’efforts pour proposer une exposition à la hauteur.

Il faut y venir affamé pour digérer le nombre impressionnant d’affiches, de peintures, de sculptures, d’installations, qui ne laisseront aucun visiteur sur leur faim. L’indigestion est évitée, car le commissaire d’exposition, Quentin Bajac, a joué d’inventivité. Chaque œuvre exposée rend compte du fabuleux travail des artistes qui ont marqué l’histoire de l’art moderne et contemporain des Etats-Unis.

Retour dans le passé

Divisé en 11 galeries, le parcours s’ouvre sur la première décennie du MoMa. Un coup d’oeil et l’éventail d’œuvres s’ouvre en grand : Le baigneur de Paul Cézanne fait suite à L’atelier de Picasso et à Oiseau dans l’espace, de Constantin Brancusi. De l’impressionnisme, du cubisme, une sculpture… Un film, aussi, Lime Kiln Club Field Day, réalisé en 1914 par T.Hayes Hunter et Edwin Middleton. Le casting est entièrement composé de noirs. Une première, à l’époque.

Cette approche sociologique rejoint celle des tirages de Walker Evans, acquis par l’institution américaine en 1938. Celui qui a photographié l’Amérique profonde pour le compte de la Farm Security Administration (FMA) aurait sans douté mérité davantage que quelques clichés sous vitre. Mais il est là, et ces premières collections révèlent la volonté originelle du MoMa, celle « dépasser les limites étroites de la peinture et de la sculpture » en proposant à son public une pluridisciplinarité hors du commun. Du jamais vu !

 Beaucoup de monde dans la toute première salle.
Il faut jouer des coudes pour lire les cartels, écrits en tout petit.

Et dans une seule salle seulement, sur des murs gigantesques, où parfois trône en majesté une seule œuvre, la Fondation Louis Vuitton offre un panorama de ce qu’était le MoMa au début du siècle dernier. C’était un temple de l’avant-garde s’ouvrant au design, au graphisme, mais aussi à la photo, très prisée par l’institution américaine. Les rayogrammes de Man Ray et les documentaires d’Eugène Atget font ainsi partie du voyage.

Mention spéciale à la galerie numéro sept, entièrement consacrée au travail de Cindy Sherman. À la fin des années 70, elle appartenait à une génération d’artistes américains qualifiée de « Pictures generations », car obsédée par les images et les médias dans la culture populaire. Dans sa série Untitled Film Stills, l’artiste se met en scène, évoque l’âge d’or hollywoodien en multipliant les stéréotypes féminins : la bibliothécaire, la starlette, la femme au foyer.

Un morceau de building exposé

Dans la section d’après-guerre, Pollock et Willem de Kooning attirent tous les regards. À leur suite, un dialogue beaucoup plus classique, entre la peinture, l’architecture, la sculpture et la photographie incarné par le « minimalisme » et le « pop art ». On se régale, comme à l’accoutumée, d’Andy Warhol et de Lichtenstein. Le plaisir, aussi, de découvrir Diane Arbus et ses clichés de personnes sortant tout droit d’un Freakshow. On est interloqué, enfin, face à un véritable morceau de la façade du Secrétariat des Nations-Unies, un des premiers bâtiments au style international. « Comment ont-ils fait pour le porter jusqu’ici ? ».

Willem de Kooning – Woman I (1950 – 1952)

Un épisode de Black Mirror ?

Au Panthéon des œuvres participatives, celle de Felix Gonzales-Torres, qui prend la forme d’un tas de bonbons emballés dans de la cellophane aux couleurs du drapeau américain. Au début hésitant, le spectateur comprend qu’il a un rôle à jouer : il faut manger l’œuvre. Au sens littéral du terme. De toute façon, la voilà vouée à disparaître.

Les visiteurs se ruent sur les bonbons de Felix Gonzales-Torres – Untitled (USA Today), 1990

Ce regard introspectif jeté sur la société américaine, on le retrouve chez des d’artistes comme Romare Bearden ou encore Juan Downey. La dimension politique pointe alors le bout de son nez. Sur l’autel de l’art, les inconstances de l’histoire et ses périodes troublées sont mises à nue. Un panorama vertigineux, qui se termine au dernier étage sur des œuvres contemporaines du monde entier, acquises par le MoMa au cours des deux dernières décennies.

Une sélection qui témoigne des tendances du marché de l’art, dicté par un monde globalisé, et où coexistent numérique et analogique au service d’une introspection constante dans le domaine de l’imaginaire. À l’heure où la technologie et les réseaux sociaux tendent à dépasser l’homme, l’exposition se boucle sur une projection de Ian Cheng, qui a recourt à des logiciels de simulation pour générer des structures narratives se succédant en temps réel. C’est inquiétant, comme un excellent épisode de Black Mirror. C’est du génie, qui rappelle combien le MoMa a servi l’art moderne et contemporain depuis près d’un siècle.

Les nouvelles-technologies s’immiscent de plus en plus dans le monde de l’art.
Le dernier étage réserve en cela bien des surprises.

Article rédigé par Laszlo Gelabert

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