Le Centre Pompidou rend hommage au sculpteur César

Le Centre Pompidou rend hommage au sculpteur César

À l’occasion du vingtième anniversaire de la disparition de César, le Centre Pompidou présente une grande rétrospective rassemblant 130 sculptures de l’artiste. Une action qui symbolise la reconnaissance par l’institution de l’œuvre de l’artiste. Une œuvre traversant 100 ans d’histoire de l’art, avec son savoir-faire, ses expérimentations et sa vision décapante de l’art moderne.

Dans la famille des pionniers de la sculpture du 20e siècle, il reste le moins célébré, bien qu’il soit le plus moderniste. Bientôt dix ans que César n’a pas eu les honneurs d’une exposition en France. La dernière remonte à 2008 et s’est tenue à la fondation Cartier à Paris. La rétrospective que lui consacre Bernard Blistène à la tête du Centre Pompidou, a le mérite d’examiner l’ensemble du parcours de l’artiste. A voir jusqu’au 26 mars.

Un art de la récupération

À peine entré dans l’espace d’exposition, L’Esturgeon en fer forgé attire tous les regards. Cette sculpture de trois mètres de large, réalisée à la soudure à l’arc a inauguré sa carrière en 1954. Depuis, il y a toujours dans les propositions artistiques de César une volonté de bousculer les codes de la sculpture classique. Effectivement, l’artiste réalise ses sculptures à partir d’assemblages de matériaux de récupération comme des morceaux de métal (vis, écrous, clous, boulons et tuyaux) ramassés dans les décharges. On assiste à un choc esthétique qu’il faut suivre de près si l’on veut saisir toute l’originalité de son œuvre. Il disait :

« J’ai eu plusieurs vies, plusieurs maisons, plusieurs époques. Je ne renie rien. Je demande seulement qu’il y ait plusieurs lectures : on y trouvera l’Académie, le besoin de renouvellement, le quotidien, le témoignage face à la civilisation industrielle, l’abstraction, la fascination des matières nouvelles, mon désir de remettre de l’ordre, mon besoin de détruire et de reconstruire ».

L’exposition déroule ainsi ses « chantiers » majeurs : les Fers soudés, les Compressions puis les Enveloppages, moins connus. Ceux-ci qui consistent à enrubanner des feuilles de Plexiglas autour d’objets anciens du quotidien (une machine à écrire, un téléphone, une chaussure) recyclés pour l’art. Les fontes de fer composées de recyclage de pièces anciennes sont aussi à découvrir. Puis, les compressions de journaux et d’automobiles viennent donc réaffirmer une revendication forte de l’artiste : « refaire des choses nouvelles » avec de la récupération.

© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

Un génie de la matière

Les différentes séries ne se succèdent pas en ordre linéaire au cours de la carrière de César, ni même au sein du parcours de l’exposition. La galerie ouverte et décloisonnée constitue un espace qui permet de mettre en lumière des pratiques, autant que de croiser les formes et les techniques employées par l’artiste. Les Moulages, les Empreintes Humaines, qui ont précédé et initié les Expansions, apportent alors une dimension nouvelle et inattendue à l’oeuvre de César. Au fer soudé et au métal compressé succèdent la mousse de polyuréthane et autres matériaux que l’artiste expérimente.

L’exposition revient en particulier sur sa parenthèse pop. Période durant laquelle il conçoit des sculptures géantes, de son propre Pouce sous tous les formats et couleurs. L’une a été placée sur le parvis faisant face au musée. On y retrouve aussi un sein taille XXL moulé sur la poitrine d’une des danseuses du Crazy Horse. Plus loin, on s’intéresse à ses Expansions, formes organiques colorées et brillantes. On a l’impression qu’elles n’en finissent plus de se déverser sur le sol. Bien plus qu’un simple sculpteur qui fait du modelage, nous découvrons un artiste qui réinvente la sculpture pour aujourd’hui être reconsidéré comme l’un des précurseurs du minimalisme américain.

 

© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

César et les Trentes Glorieuses

L’art a toujours été le reflet d’une époque, César l’a bien compris. Le parcours de l’exposition s’attache à rendre compte des techniques expérimentées par l’artiste. Mais l’on peut aussi voir, en filigrane, comment César cherche d’une façon très adroite à tendre un miroir à la société de consommation naissante. Il choisit alors de questionner la valeur même de la sculpture par cet emploi de matériaux pauvres, voire déclassés. Cartons, journaux, pièces détachées : César les assemble, les accumule et les superpose. Comme ses compères du groupe des Nouveaux Réalistes, il se saisit en effet de ce monde en pleine transformation en mettant en scène son consumérisme, son gaspillage et ses débordements.

Dès les années 60, César centre en effet son travail autour des automobiles. Des objets qu’il déforme et transforme grâce à une presse hydraulique. Ainsi, naît ses premières compressions intitulées Trois tonnes qui donneront naissance deux ans plus tard à sa célèbre Ricard. César explore cet objet de notre ère industrielle qui n’est pas sans rappeler le Car Crash de Warhol ou encore les « accumulations » d’Arman avec son Long Term Parking. La rétrospective s’achève sur son son ultime série, La Suite milanaise (1998). Elle est composée de 15 Fiat compressées et repeintes en couleurs vives. Comme une manière de proclamer son rapport sans fin à son idéal artistique : le réalisme urbain.

 

Informations pratiques : 

Page de l’exposition à voir ici.

 

crédit photo : © Muriel Anssens, Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain, Nice

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