Fanfiction : « Voldemort : Origins of the Heir » ou comment lire entre les lignes

Fanfiction : « Voldemort : Origins of the Heir » ou comment lire entre les lignes

Voldemort : Origins of the Heir est un moyen-métrage de 52 minutes qui dévoile les origines de « Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ». Ce fanfilm, disponible sur Youtube depuis le 13 Janvier dernier, est un véritable succès ! Mais quel en est l’intérêt ?

Entièrement financée, réalisée et produite par des assidus des aventures de Harry Potter, la vidéo a déjà cumulé plus de quatre millions de vues en ligne.

Un grimoire de silence

L’idée du scénario éclôt lors de la relecture du sixième livre de la saga de J.K Rowling, Harry Potter et le prince de sang mêlé. « Qu’est-ce qui a poussé le personnage de Tom Jedusor à devenir le sorcier le plus détesté et craint du monde ? » se demandent les réalisateurs du moyen-métrage. Si quelques indices sur l’adolescence du futur Seigneur des Ténèbres parsemaient déjà les livres, ces derniers n’ont jamais été transposés à l’écran. Pour ces passionnés, trop d’éléments restaient inconnus. Le projet naît, et ces véritables « Potterheads » (du nom donné aux fans de la série) entendent restituer l’énigmatique transformation de l’étudiant brillant et réservé de Poudlard en maître de la Magie Noire.

L’angle choisi ? Une enquête, celle de Grisha McLaggen. Il s’agit d’un personnage secondaire vaguement connu des fans. Elle est d’ailleurs présentée comme étant une descendante de Godric Gryffondor, un des quatre fondateurs de Poudlard. Celle-ci tente d’élucider la disparition de son ancien condisciple Tom Elvis Jedusor, descendant de Serpentard et son implication dans le meurtre d’Hepzibah Smith, descendante de la famille Poufsouffle. C’est donc une brèche peu développée par J.K Rowling que les fans ont décelée et nourrie pour rendre la saga éternelle.

Le fanfilm, un genre qui fait de l’ombre

Les fanfictions, les fanarts foisonnent et cartonnent sur la toile. Ces auteurs amateurs s’inspirent des récits initiaux de leurs histoires préférées et les prolongent au grès de leurs fantasmes. De nombreux produits culturels autour de l’univers d’Harry Potter existent déjà. Néanmoins, ce moyen-métrage, d’origine italienne, se différencie par son aspect visuel. Mais le fanfilm pose problème, et les détenteurs des droits des franchises à succès ne l’ont pas toujours bien accueilli. Les majors se méfient de ces fictions amateurs qui peuvent parfois faire de l’ombre à leurs propres longs-métrages ou en altérer l’image.

En effet, Warner Bros., qui détient les droits des adaptations cinématographiques de Harry Potter, s’en était pris au projet. Il avait notamment demandé, en juillet dernier, son retrait de la plateforme de financement participatif Kickstarter. Après multiples négociations, le studio indépendant Tryangle Films est parvenu à un accord. Celui-ci poste alors le moyen-métrage sur YouTube et ne génèrera pas de profit. En effet, dès le générique, les rôles sont identifiés : « Ce film est une production non commerciale réalisée par les fans pour les fans et n’est pas approuvé, affilié ou associé avec Warner Bros. ou J. K. Rowling ».

Un court-métrage amateur mais prometteur

La pratique est devenue courante et les fanfilms sont de plus en plus travaillés. Certains n’ont plus rien de la petite production artisanale. Avec un modeste budget de 15 000 euros, récolté par la campagne de crownfunding, et deux ans de travail acharné, le résultat vaut le détour. La force de ce moyen-métrage : la mise en scène. Les costumes, les décors, les images ainsi que les effets spéciaux reproduisent, fidèlement, l’atmosphère ensorcelante de la saga. Le scénario est de bonne qualité autant sur la reprise de la quête des Horcruxes, que sur des passages inédits comme l’affrontement entres les héritiers des Quatre Maisons et l’évocation du premier amour de Lord Voldemort.

Si Voldemort : Origins of the Heir n’est pas exempt d’imperfections – des effets de mise en scène trop appuyés ou encore des dialogues enregistrés en studio – c’est sur le plan du récit que la fanfiction s’essouffle. Les flashbacks sont légèrement décousus et survolent la psychologie des personnages. Ainsi, l’élément déclencheur de la radicalisation de Tom Jedusor n’est pas vraiment cernée. Mais ces approximations n’enlèvent rien au charme de ce projet qui mériterait, pourquoi pas, une suite !

Vous trouverez d’ailleurs une critique faite par l’un des rédacteurs de La Gazette du Sorcier, mais attention aux spoilers !

Crédits photo : Tryangle Films