Endométriose : des photos pour parler sans tabous

Endométriose : des photos pour parler sans tabous

La photographe Georgie Wileman est atteinte d’endométriose, et ne le cache pas. Au contraire, elle l’expose. Au travers de son art, acclamé de tous, elle immortalise et montre le quotidien d’une maladie répandue et pourtant peu connue. Coup d’oeil sur sa série « Endometriosis », œuvre emprunte d’un réalisme touchant.

Il est souvent difficile de parler de la maladie, quelle qu’elle soit. Mais plus encore quand elle touche l’intimité de la femme, les règles, sujet tabou par excellence. S’il est difficile pour les femmes de s’exprimer à ce sujet, ce n’est pas impossible pour autant. Il suffit de trouver des alternatives, comme l’art. Ici c’est Georgie Wileman qui s’y attèle en photographiant son quotidien mais surtout la dure réalité de l’endométriose au travers d’une série visible sur son site.

Photo 1 nommée « 2014-2017 » (Georgie Wileman)

L’Endométriose, cette maladie peu connue

L’endométriose est une maladie chronique récidivante qui touche 1 femme sur 10.  Il y a néanmoins en moyenne un retard de diagnostique de cinq ans. Cette maladie se caractérise par la présence d’endomètre, tissu qui tapisse l’utérus, hors de la cavité utérine. Il peut se déplacer sur tous les organes périphériques comme les ovaires, les intestins, la vessie et beaucoup d’autres. Cet endomètre va se gonfler au moment des règles. Sur le long terme, il laisse lésions et kystes sur les zones concernées. Il est à l’origine de toute une série de douleurs, de légères à insoutenables lors des règles, comme en dehors.

Car la maladie, contrairement aux idées reçues, n’impacte pas que les règles mais aussi le quotidien. Plusieurs associations comme EndoFrance se mobilisent pour informer et faire avancer la recherche. Il arrive parfois que les professionnels de santé eux-mêmes ne connaissent pas ou pas suffisamment la maladie, d’où le retard de diagnostique voire son absence totale ainsi que de réponses concrètes.

Immortaliser un quotidien

Photo 2 (Georgie Wileman)

Comme elle l’explique dans son blog, le but de ces photos est de montrer la maladie comme elle est : peu glamour et affreusement invalidante. Elle souhaite mettre en avant le combat quotidien que cela peut être, un quotidien dicté par la douleur, l’incapacité, les opiacés et l’hôpital.

La photo « 2014-2017 », exposée à la National Portrait Gallery de Londres et acclamée de tous, est la plus saisissante de la série. L’on y voit son ventre cartographié par les cicatrices des opérations successives au cours des années. Et les dates, les années, toutes inscrites. Pas une seule année sans opération. Cette photographie est sûrement la plus saisissante mais pas la plus dure. Il suffit de faire défiler la page consacrée au projet pour se rendre compte du caractère quotidien et pesant de l’affection. Les passages à l’hôpital ; une chambre avec de la vaisselle, des médicaments, la bouillotte et le joins dans la couverture ; les bleus ; la table du cabinet médical ; le journal des médicaments avalés. Le simple visage épuisé et désabusé de Wileman suffit à résumer l’endométriose.

Bien souvent les images parlent d’elles-même. Wileman l’a bien compris et s’en sert pour sortir la maladie de l’ignorance. En taisant les maux, en étouffant les mots, nous banalisons une souffrance et empêchons la recherche, pourtant nécessaire.