Three Billboards : on est tombés dans le panneau !

Three Billboards : on est tombés dans le panneau !

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, est le troisième film de Martin McDonagh, après le remarqué Bon baisers de Bruges en 2008 et Sept psychopathes en 2012. Trois panneaux pour se venger et une mosaïque d’émotions. On vous en parle.

Dénonciation et vengeance

Une vengeance douce-amère au pays des faiseurs de justice. Si le scénario tient en quelques lignes, le film ne doit pas pour autant être réduit à son ambition de film de vengeance. Il présente ainsi l’équilibre fragile d’une ville américaine moyenne bouleversée par les actions de Mildred Hayes. Cette dernière ayant perdu sa fille réclame justice. Elle dépose alors trois panneaux publicitaires à l’entrée de la ville pour dénoncer l’inactivité des forces de l’ordre…

Le film se concentre ainsi sur le désir de vengeance. Cependant il est bien plus vaste et s’étend à d’autres sujets: le deuil, la compassion ou encore la solitude. Plus qu’un récit de vengeance, c’est un tableau de l’instant.

Briser les codes

Le casting rassemble des acteurs américains familiers qui ont déjà fait leurs preuves : on retrouve ainsi Frances McDormand (Fargo), Woody Harrelson (True Detective, Hunger Games) et Sam Rockwell (Moon). Par ailleurs, il a déjà reçu de nombreuses récompenses avec quatre Golden Globes et le prix du Meilleur scénario à la Mostra de Venise. Cependant, il n’est pas un film “formaté” aux oscars.

En effet la patte de McDonagh est bien présente : cynique, grinçante, profondément dramatique en passant par le registre pathétique. Il s’agit sûrement de son film le plus profond tant par le sujet qu’il traite mais aussi par sa maîtrise technique. L’œuvre prend ainsi son temps livrant parfois le spectateur à des instants de contemplation, sans temps mort.

Audacieux et dérangeant

Fidèle à son style qui se veut décomplexé, quelque part entre Tarantino et les savoureux dialogues des frères Coen, le réalisateur se plaît à jouer avec le spectateur, passant d’un registre à un autre en quelques secondes.

Une œuvre dont le caractère protéiforme constitue sa force et sa limite. Ainsi, le film fait et défait les codes. Il prend à contre-pied le spectateur dans un scénario qui n’emprunte pas le chemin attendu. Beaucoup l’ont ainsi décrits comme étant “dérangeant” puisque, à la suite d’une scène bouleversante, peut survenir une action totalement absurde. Les émotions sont totales et se confrontent. La salle retient son souffle pendant plusieurs minutes puis explose d’un rire franc ou libérateur, on ne sait plus trop. S’il y a bien un fil conducteur, c’est celui de la perdition. C’est d’ailleurs la sensation qui nous retient lorsque la séance est finie : on est conscient d’avoir vécu quelque chose de fort avec ce film mais on ne sait pas quoi.

Profondeur et subtilité

On développe une certaine complicité à l’égard des personnages  évoluant en vase clos dans cette ville du Missouri. Violents pour la plupart et brisés chacun à leur manière, on découvre des êtres aigris par la vie, méprisants mais surtout empreints d’une grande tristesse. Dans ce registre, Sam Rockwell excelle en incarnant un flic violent, raciste, pathétique et à la fois profondément attachant (Golden Globe et nomination aux Oscars pour sa performance). Ainsi bien que la trame du film se dessine autour de la vengeance de Mildred Hayes, le réalisateur choisit de s’attarder sur ses personnages qui semblent condamnés à l’immobilisme.

L’enjeu du film se révèle alors : permettre aux personnages d’avancer. Il s’agit d’une histoire de deuil et d’acceptation. La vengeance n’est qu’un besoin matériel vite dépassé et c’est en cela que le film laisse une sensation douce-amère. Le spectateur tombe dans le panneau et y prend goût.

Crédits photo : Century Fox

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