Opération séduction : Erdoğan jette son dévolu sur quatre pays africains

Opération séduction : Erdoğan jette son dévolu sur quatre pays africains

Algérie, Mauritanie, Sénégal ou Mali? Et pourquoi pas les quatre en une semaine? Recep Tayyip Erdogan est en quête d’affirmation sur la scène internationale.

Si le président turc était en retard pour la Saint Valentin, il a su se rattraper auprès de ses homologues africains. Algérie, Mauritanie, Sénégal ou Mali ? Tel un arnacoeur, Recep Tayyip Erdoğan déligitime les mauvais maris occidentaux pour mieux séduire en retour les épouses.

Un charme indéniable

Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, c’est la troisième fois que le coureur de jupons rend visite à cette jeunette de 55 ans. « Nous voyons l’Algérie comme un îlot de stabilité politique et économique dans la région. Notre premier partenaire commercial en Afrique, c’est l’Algérie », a ainsi pu clamer le Président turc. Le Don Juan semble alors prêt à tout pour entretenir sa belle, quitte à y mettre le prix. Ainsi, tandis que les échanges commerciaux annuels s’élèvent déjà à 4 milliards de dollars , M. Erdogan a estimé que la prochaine « étape [serait celle des] 5 milliards, puis 10 milliards de dollars. » Mais pour cela, il a posé une condition majeure. En effet, il exige que le système de délivrance des visas pour les citoyens turcs soit allégé. Et ce, plus particulièrement pour les hommes d’affaires.

Selon les médias étatiques algériens, près de 800 entreprises turques sont actuellement implantées et emploient plus de 28 000 personnes en Algérie. L’Etat turc investit pour sa part massivement dans les domaines du textile, de la pharmacie et de la sidérurgie. Par ailleurs, il prévoit de soutenir les secteurs des hydrocarbures, de l’agriculture, du tourisme, de l’enseignement supérieur et de la culture. Par culture, M. Erdogan entend cependant aussi bien évidemment religion, et c’est pour cette raison précise que l’écrivain Kamel Daoud l’accuse dans sa lettre ouverte du 24 février, publiée par le Huffington Post, de soutenir les islamistes algériens.

Un « briseur de couples »

Ouvre moi tes frontières, ce sont tes yeux que j’ouvrirai… Voici le discours auquel la Mauritanie semble avoir adhéré deux jours plus tard. « Partager ses expériences » et ce, notamment en matière militaire. La référence au putsch manqué du 15 juillet 2016 est évidente surtout quand M. Erdogan remercie chaleureusement le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, de son soutien dans l’entreprise de lutte contre l’organisation guléniste FETÖ, qualifiée de terroriste par Ankara. Alors, en échange, le bourreau des coeurs est prêt à faire un geste : il annonce dans la foulée qu’il apporte une « contribution de 5 millions de dollars au G5 du Sahel », qui devrait compter 5 000 soldats d’ici la mi-2018.

Sur le plan économique, les deux pays ont pu signer plusieurs conventions. Dans les secteurs de l’agriculture, du tourisme, de la pêche, ou encore de l’éducation. Un conseil d’affaires mauritano-turc a également été créé. Son but est de renforcer les échanges commerciaux interétatiques, en hausse de 20 % entre 2015 et 2017. Ankara s’intéresse notamment au potentiel minier de la Mauritanie. Il rappelle cependant qu’ « il ne s’agit pas de consommer ou d’exploiter les ressources africaines », comme a pu le faire par le passé la France par exemple.
Un moyen comme un autre d’éliminer les potentiels concurrents. Mais aussi une occasion de condamner à nouveau les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Techniques de drague bien rodées

Le Président turc sait en effet se montrer séduisant tant avec son homologue sénégalais que malien. Signatures de contrats de partenariats dans les secteurs des hydrocarbures, des mines et du ferroviaire pour l’un, aide financière dans les domaines militaire, sportif et technologique pour l’autre. Aucune de ses dulcinées ne doit se sentir en reste. Le casanova multiplie alors les cadeaux personnalisés. Il affirme « poursuivre les discussions pour que le Sénégal puisse exporter à terme de l’arachide en Turquie ». Quant au Mali, son président Ibrahim Boubacar Keïta s’agenouille quasiment aux pieds de celui qu’il qualifie de « grand leader ». Notamment lorsque qu’il lui propose de rapidement créer un système de Métrobus opérationnel au sein de la capitale.

En fin de compte, force est de constater que notre bourreau des coeurs n’a pas choisi ses cibles au hasard. En effet, toutes sont membres de l’Organisation de la coopération islamique. Une technique comme une autre pour se racheter aux yeux de l’opinion occidentale…

Crédits photo : Washington Times

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