Six bande-dessinées pour comprendre les luttes féministes d’aujourd’hui

Six bande-dessinées pour comprendre les luttes féministes d’aujourd’hui

Ces derniers mois, la parole des femmes s’est libérée. Sur vos timelines défilent à chaque nouveau scandale des sujets comme le harcèlement de rue, la représentation des femmes et la culture du viol. Dans les commentaires on voit des points partout, c’est illisible. On parle du test de Bechdel, mais aucune idée de ce que ça peut être. Voici six bande-dessinées pour décoder tout ça.

  1. Un peu d’histoire : Le féminisme, d’Anne-Charlotte Husson et Thomas Mathieu.

Pour bien commencer et avoir le contexte historique : le féminisme de « la petite bédéthèque des savoirs ». Le principe de cette collection est simple, mais efficace : un ou une experte vulgarise un sujet de non-fiction. En 22 tomes ils ont couvert de nombreux thèmes, dont celui du féminisme. Anne-Charlotte Husson y résume les différents mouvements féministes en partant de slogans, le tout illustré par Thomas Mathieu. Une bonne clé d’entrée.

  1. Le harcèlement de rue : Les Crocodiles, de Thomas Mathieu.

Sorb’on en parle ici.

Au milieu de tous les témoignages #metoo, le harcèlement de rue est beaucoup revenu. Un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles est en cours en France. Il inclut notamment une potentielle amende contre les auteurs d’« outrage sexiste et sexuel ». C’est un sujet d’actualité brûlante. Cependant, on en parlait déjà bien avant. En 2012, Sofie Peeters sort son documentaire : « Femme de la rue ». En caméra cachée, elle filme ses trajets, montrant ce que vit une femme dans la rue. Thomas Mathieu voit ce film, et commence à se renseigner sur le sujet. Le Projet Crocodiles est né.

Des histoires liées au sexisme ordinaire, celles de ses amies ou d’internautes, mises en dessins et publiées sur son blog. En 2014, il sort la bande-dessinée. Il donne la parole à des militantes, leurs textes concluent la bd. Il reprend des témoignages du blog, et sa note sur les stratégies à adopter. Pour les victimes, pour les témoins, mais aussi les crocodiles. Autrement dit, les harceleurs. En effet, c’est à eux qu’est surtout adressée cette bd, ceux qui proclament que ça n’existe pas, que tous les hommes ne sont pas comme ça. Le harcèlement de rue, c’est un problème de société, pas seulement quelques cas isolés.

  1. La représentation des femmes dans la fiction : Commando Culotte, de Mirion Malle.

Quelqu’un vous a sorti que votre film préféré ne passait pas le test de Bechdel. Kézako ? Le test de Bechdel a pour but d’évaluer le sexisme d’une œuvre de fiction. Et il est extrêmement simple. Trois étapes : Y-a-t-il au moins deux personnages féminins nommés ? Se parlent-elles ? Et parlent-elles d’autres choses que d’un homme ? Cela ne suffit bien sûr pas à démontrer qu’un film n’est pas sexiste, mais permet de mettre en valeur la présence et l’implication des personnages féminins d’une œuvre de fiction. Sur le site du Bechdel, plus de 7000 films ont passé le test, et seulement 57% l’ont réussi. Montrant un gros problème dans notre façon de représenter des personnages féminins. Mirion Malle, dans son blog Commando Culotte, critique des œuvres de pop culture. De Love Actually, à Harry Potter, elle partage son amour pour ces œuvres tout en dénonçant le sexisme ordinaire qu’elles contiennent, le tout avec humour. Commando Culotte est sorti en bande-dessinée papier en 2016, mais tous les post sont toujours disponibles sur l’internet.

Dans son billet sur la saga Harry Potter, elle parle entre autres du gâchis du personnage de Ginny dans les films.

  1. L’absence des femmes : Les Culottées, tome 1 et 2, de Pénélope Bagieu.

Festival d’Angoulême 2016. Scandale, aucune nominée pour le Grand Prix. Le collectif des créatrices de bande-dessinées contre le sexisme appelle au boycott. On prétend qu’il n’y a simplement pas de créatrices dignes d’être récompensées. On voit fleurir sur les réseaux de nombreux palmarès personnels mettant en avant des autrices de talent ignorées. Ce problème de visibilité n’est ni nouveau, ni restreint qu’au domaine de la bande-dessiné. Au même moment, sort le blog de Pénélope Bagieu hébergé par Le Monde : Les Culottées. Une promesse : « Chaque lundi, une femme qui ne fait que ce qu’elle veut ». 30 portraits publiés sur le blog, puis en deux bande-dessinées papiers. Actrice, astronaute ou bien gynécologue, ces femmes viennent de toutes les époques et de tous les endroits du monde. Elles ont dû bravé les normes sociétales pour réussir, ou même simplement pour survivre. Cependant, elles ont été oubliées par l’Histoire.

Si après ça vous n’avez pas eu votre compte de portraits de femmes badass, Pénélope Bagieu a consacré tout un album à la vie de Cass Elliot, la chanteuse du groupe The Papas and the Mamas : California Dreamin’.

  1. Injonctions et stéréotypes liées à la sexualité : Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels, d’Ovidie et Diglee. 

Vous avez peut-être vu passer un des derniers titres de Milan : « On a chopé la puberté ». Probablement plein de bonnes intention, l’éditeur a pourtant publié un ouvrage sexiste rempli d’injonctions malsaines. Rien de bien nouveau, on ramène les jeunes filles à des objets sexuels. Mais cette fois, ce n’est plus accepté. Une pétition a poussé l’éditeur à retirer cet ouvrage de la vente. À côté de ces ouvrages malsains, on a le livre de Diglee et d’Ovidie. Ovidie est une ancienne actrice porno, autrice et réalisatrice de documentaires dont A quoi rêvent les jeunes filles. Diglee est une autrice de bande-dessinée. Elles signent un ouvrage mi-écrit, mi-dessiné, drôle, ludique et déculpabilisant. Sans injonctions aucunes, elles parlent de sexualités et de thèmes si peu abordés, comme les règles ou le clitoris, si tristement oublié. De plus, elles traitent du rapport au poids, de la représentation du corps des femmes ou de l’âge.

Sur le même sujet, on a la série Le vrai sexe de la vrai vie de Cy. En manque d’une représentation de la sexualité bienveillante, et inclusive, Cy a commencé à publier des planches dessinées à partir de témoignages de lectrices.

  1. L’écriture inclusive : Féministes, Vide Cocagne.

Il y a quelques mois, l’Académie Française alarmait la France contre l’aberration que représentait pour eux l’écriture inclusive. Des membres du corps professoral ont déclaré qu’ils n’enseigneraient plus la règle d’accord au masculin. Sorb’on en parle ici.

« Féministes » est un ouvrage collectif supervisé par Marie Gloris Bardiaux Vaïente, autrice et membre du « Collectif des Créatrices de BD contre le sexisme ». 16 autrices, 16 militantes, et de nombreux sujets abordés. Le harcèlement de rue, la culture du viol, la sexualité et la représentation des femmes y sont repris. Mais on retrouve aussi l’intersectionnalité, la transidentité, la prostitution, la grossesse, et le langage inclusif. Dans sa contribution, Morgane Parisi explique que la volonté de masculiniser la langue française n’a que deux siècles. Que des grammairiens ont choisi d’éliminer les noms de métiers féminins, comme autrice ou professeure. Qu’ils ont choisi d’éliminer la règle d’accord par proximité au profit de l’accord au masculin. Ce n’étaient que des raisons idéologiques. Elle montre également l’influence qu’une langue sexiste a sur notre façon d’appréhender le monde. Si vous ne deviez ouvrir qu’une seule bande-dessinée de cet article, que ce soit celle-là. Elle est riche, complète, touchante et juste.

A vos lectures !

Voilà ma sélection. Il y a un peu plus de six titres. Malgré ça, elle n’est pas complète. De nombreux titres auraient pu être rajoutés. Plus de sujets, auraient pu être abordés, mais ça vous fait déjà une bonne sélection. Qu’elle puisse vous accompagner toute l’année.

Crédit photo: Pernelle Rd