La réforme du bac: qui aura peur de ce “monstre organisationnel”?

La réforme du bac: qui aura peur de ce “monstre organisationnel”?

Jean-Michel Blanquer a révélé les contours de la réforme du baccalauréat lors du conseil des ministres le mercredi 14 février. Cette réforme concerne les élèves actuellement en classe de seconde et sera donc mise en place pour la session de 2021.

Le ministre de l’Éducation nationale s’est appuyé sur le rapport remis par Pierre Mathiot, ancien directeur de Science Po Lille. Désigné comme un « monstre organisationnel » dans le rapport, la réforme du baccalauréat semble nécessaire pour le gouvernement afin de procéder à des économies et préparer aux mieux les élèves à l’enseignement supérieur, trop souvent source d’échecs en 1ere année de Licence.

La suppression des filières générales S, ES et L

Les filières classiques S, ES et L seront supprimées, mais pas la filière technologique comme le prévoyait le rapport Mathiot.
Pour les élèves en filière générale, ils suivront un tronc commun : français (en première), philosophie (en terminale), histoire-géographie, LV1, LV2, EPS, enseignement moral et civique et une grande nouveauté : une matière intitulée « humanités scientifiques et numériques » dont les mathématiques font partie.
Le volume horaire global sera de 16 heures en première et 15 h 30 en terminale.

L’instauration de « spécialités »

À ce tronc commun s’ajoutent alors les « spécialités ». Pour donner un choix plus large à l’élève, il choisira dès la classe de première trois « spécialités » parmi 10 combinaisons possibles (arts ; histoire-géographie, géopolitique, sciences politiques ; langues ; mathématiques ; SVT ; physique chimie sciences économiques et sociales et des nouveautés comme : écologie, agronomie et territoires ; numérique et sciences informatiques ; humanités, littérature et philosophie). Ce qui ferait en tout 30 choix possibles de spécialités selon le ministre.

En terminale, l’élève devra choisir 2 « spécialités » parmi les trois étudiées en première. 12 heures seront consacrées à l’enseignement de ces spécialités.  Jean-Michel Blanquer a  également mis l’accent sur 1 h 30 par semaine consacrée à l’orientation.

Le choix des enseignements facultatifs restera libre par les élèves avec comme nouveauté en terminale : « mathématiques expertes », « mathématiques complémentaires » et « droit et grands enjeux du monde contemporain ».
L’organisation de l’année restera trimestrielle et non pas semestrielle comme l’envisageait le rapport Mathiot.

5 épreuves finales, dont un grand oral

La répartition de la note finale se fera entre le contrôle continu à hauteur de 40 % et 60 % sur les épreuves dites terminales et anticipées. Dans ces 40 % : 30 % dépendront des résultats aux épreuves communes dont les sujets seront issus d’une banque commune d’épreuves.

Toutes les matières du tronc commun seront validées au cours de la classe de première et de terminale. Ces épreuves communes seront similaires aux bacs blancs actuels. Les copies seront anonymisées et non corrigées par les enseignants des élèves. Les bulletins de notes de première et de terminale compteront pour 10 % de la note.

Le reste, soit 60 % de la note finale, dépendra des résultats aux épreuves finales : en première, l’épreuve de français et en terminale : les épreuves sur les deux spécialités choisies par l’élève au retour des vacances de printemps, l’épreuve de philosophie et le grand oral en juin.

Par cette nouvelle répartition, ¾ des résultats pourront être mis sur la plateforme d’admission Parcoursup, comme l’énonce Pierre Mathiot. Ce qui servira d’indicateur pour les écoles et universités où l’élève souhaite être admis.

Et grand soulagement, le rattrapage du bac est maintenu en dépit des préconisations du rapport Mathiot. Il prévoyait de se baser sur l’évaluation des bulletins scolaires de première et de terminale de l’élève pour déterminer l’obtention du baccalauréat de l’élève en rattrapage.

Le grand oral : le mot qui effraie les lycéens

Le grand oral comptera pour 15 % de la note, ce ne sera donc pas une épreuve à négliger. L’élève se retrouvera devant un jury de trois personnes dont 2 seront des professeurs de leur lycée. Il présentera un sujet pluridisciplinaire sur un thème issu d’une liste nationale liée à ses enseignements de spécialités. Présentation de dix minutes et dix minutes d’échanges sur le projet d’orientation de l’élève ou sur ses connaissances. Le sujet sera préparé dès la première et validé définitivement au début de la terminale. Cet exercice est mis en place pour évaluer le niveau d’expression orale des étudiants.

Pourquoi ça fait débat ?

Comment seront mises en place toutes ces combinaisons ? L’inégalité entre les élèves pourra être renforcée car les trente combinaisons possibles ne pourront pas être mises en place dans tous les lycées et notamment ceux défavorisés. L’incertitude est toujours de mise sur les moyens alloués à ces lycées défavorisés pour mettre en place la réforme. De plus, Jean-Michel Blanquer souhaite que les classes ne regroupent que des élèves de la même spécialité. On peut s’interroger sur l’homogénéisation des classes dans certains lycées.
L’introduction du contrôle continu met à mal le principe d’anonymat et d’égalité des élèves face aux épreuves du baccalauréat. Dénoncé par les syndicats, on se retrouverait avec un « bac Henri IV » ou un « bac Saint-Denis ». En effet, avec la prise en compte de 40 % du contrôle continu dans la note finale, le baccalauréat n’aurait pas la même valeur si on sort d’un lycée favorisé ou non.

Comme l’affirme Clara Jaboulay, présidente de l’UNL (Union nationale lycéenne) dans une interview sur France Culture : « Les 10 % de contrôle continu sur les bulletins de première et de terminale c’est créateur d’inégalités parce que cela veut dire qu’il y a 10 % de la valeur de notre baccalauréat qui va dépendre du lycée dans lequel on a étudié ».
Un gros problème reste l’organisation pratique de la validation des épreuves de tronc commun. L’organisation de ces épreuves dans les lycées pourrait alors réduire le temps de cours. Et une fois les épreuves validées, il peut y avoir des problèmes d’absentéisme.
Il reste que pour les nouvelles spécialités comme « écologie, agronomie et territoires » ou « numérique et sciences informatiques », on ne sait pas encore quels professeurs dispenseront ces cours ou même si les professeurs ont été formés pour enseigner de telles disciplines.

Crédits photo : Digischool