Boris Johnson : le parcours contrasté d’un eurosceptique

Boris Johnson : le parcours contrasté d’un eurosceptique

On le qualifie d’excentrique et on voyait en lui le prochain Premier ministre britannique. Il est actuellement le secrétaire d’État aux Affaires étrangères de Theresa May. Sorb’on dresse pour vous le portrait de l’ambitieux, mais ambigu Boris Johnson.

Boris Johnson, 53 ans, ne laisse personne indifférent. Sa personnalité atypique lui vaut autant de sympathie que de détestation. Ses différentes candidatures à des mandats électoraux ont jusqu’à présent été couronnées de succès, témoignant d’un soutien populaire réel. À l’inverse, il dérange au sein du Parti conservateur. Cela ne l’empêche pas de réussir à gravir les échelons. Nombreux sont ainsi ceux qui attendent, avec espoir ou crainte, sa candidature au poste de Premier ministre. Possibilité que Johnson n’écarte jamais définitivement.

Avant le Brexit : du journalisme à l’ascension chez les Conservateurs 

Impossible aujourd’hui de ne pas se figurer Boris Johnson à l’évocation de son nom, son physique atypique, parfois comparé à celui de Trump, et ses sorties de piste régulières. Si sa célébrité au-delà des frontières est relativement récente, il est depuis longtemps installé dans le paysage politique national. Sa vie publique commence par une carrière de journaliste, notamment au Daily Telegraph comme correspondant à Bruxelles en charge des questions européennes. Dès cette période, il émet des critiques assez fortes à l’encontre de la Commission européenne et en particulier de son président Jacques Delors. En 2004, il produit un documentaire The Dream of Rome. Il y dresse des parallèles entre l’Empire romain et l’Union européenne, et montre comment le premier a su unifier son territoire par la culture contrairement au second. Il dénonce notamment l’absence d’harmonie entre les pays.

 Jusqu’en 2008, il reste éditorialiste pour le journal The Spectator tout en démarrant une carrière d’homme politique en tant que membre du parlement pour la circonscription de Henley, près d’Oxford, sous l’étiquette Conservateur. Cette époque est aussi marquée par sa présence comme secrétaire d’État dans le cabinet fantôme — l’opposition officielle à la majorité travailliste — à la Culture puis à l’Éducation supérieure.  Il abandonne sa carrière journalistique et son poste à Henley en devenant maire de Londres en 2008. Cette fonction lui assure définitivement une exposition médiatique importante. Il publie en 2014 une biographie de Churchill dans laquelle il dresse des parallèles avec sa propre histoire.

Le Brexit et le poste de Premier ministre

Encore maire de Londres, mais sans volonté de se représenter, Boris Johnson se présente de nouveau aux élections générales de 2015 et devient membre du parlement pour la circonscription de Uxbridge, dans le Grand Londres. Certains y voient la preuve de sa préparation à des ambitions politiques plus grandes. On soupçonne le maire de Londres de vouloir remplacer le Premier ministre de l’époque, David Cameron. L’opportunité semble toute tracée : Cameron s’est engagé, en cas de victoire aux élections de 2015, à soumettre un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne au vote populaire.

Engageant sa responsabilité, il met sa démission dans la balance en cas de vote en faveur de la sortie de l’Union. Johnson s’est lui très vite affirmé comme un leader du vote en faveur du « Leave ». Cette posture a été analysée comme une décision stratégique en vue de l’accès au poste de Premier ministre. Cela en particulier après la découverte de trois articles écrits par Boris Johnson : l’un défendant le Remain, l’autre le Leave et un dernier, le seul publié volontairement, qui affichait sa position officielle.

Au terme de la campagne, le Leave l’a emporté. La plupart des analystes attendaient que Boris Johnson se propose comme candidat à la succession de David Cameron. Il déclare pourtant, le 30 juin 2016, qu’il ne sera pas candidat. Cette décision survient peu après que son principal allié, Michael Gove, a lancé sa propre candidature en le désavouant. Johnson assure alors ne pas penser être capable d’être la personne qui saura regarder l’horizon post-Brexit avec une vision globale.  C’est finalement Theresa May, Secrétaire d’État à l’Intérieur sous Cameron, qui accède au poste de Premier ministre.

Johnson, ministre des Affaires étrangères

Désireuse de s’en tenir à sa promesse « Brexit means Brexit » (Brexit veut dire Brexit), May nomme Johnson au poste de Secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Ce rôle le met au cœur des relations qu’entretient le Royaume-Uni avec les autres pays.

Dans le même temps, il se positionne comme un « Hard Brexiter », partisan d’une coupure nette avec l’Union européenne. Il rappelle à de multiples occasions la grandeur du pays et sa capacité à tirer profit d’une telle décision. Cette défense d’un « Brexit libéral » autant que libéré, le met en porte-à-faux avec la ligne de Theresa May, plus modérée. La Première ministre a ainsi dû rappeler plusieurs fois à l’ordre ses ministres « querelleurs ». Ce faisant, Johnson se place en alternative potentielle à cette dernière à la tête du gouvernement. Après les élections générales de 2017, il a pourtant assuré qu’il ne serait pas candidat à la tête du parti avant mars 2019, date de sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cette affirmation ne l’empêche pas d’avancer ses pions.

Son portefeuille de ministre lui permet notamment de se doter d’une stature internationale qui lui faisait défaut. Il a notamment apporté son soutien à l’offensive saoudienne au Yémen et à plusieurs décisions de la Turquie, un allié stratégique contre l’Union européenne. Pour autant, ses nombreuses gaffes continuent de lui jouer des tours, comme lorsqu’il a récité en Birmanie un poème de Rudyard Kipling sur la nostalgie d’un soldat de l’Asie coloniale britannique dans l’enceinte d’un temple bouddhiste. Ce genre de frasque suffit à éclipser ses vraies prises de position. Toujours en Birmanie, il a su envoyer un message fort aux Rohingyas. C’est donc une double dynamique qui anime Johnson, suffisamment respectueux de la Première ministre pour garder son poste et suffisamment contestataire pour s’affirmer comme une alternative possible.

Pour autant, affirmer que Boris Johnson sera candidat à cette succession est une gageure. BoJo a en effet pris soin de souffler le chaud et le froid sur ses intentions réelles. De quoi donner le tournis à n’importe quel analyste politique.