Snoop Dogg et le gospel : un parti pris étonnant dans la carrière de l’artiste.

Snoop Dogg et le gospel : un parti pris étonnant dans la carrière de l’artiste.

Le rappeur Snoop Dogg s’apprête à sortir un album gospel. Inédit dans sa carrière, le projet intitulé Snoop Dogg Presents Bible of Love est prévu pour le 16 mars. Analyse de la nouvelle direction artistique du rappeur.

Snoop Dogg est un pionnier du hip-hop. En vingt-six ans de carrière et quinze albums, il n’a plus rien à prouver au rap aujourd’hui. Si l’annonce de cet album gospel peut sembler quelque peu abrupte, ce changement d’horizon artistique démontre néanmoins une des grandes qualités de l’artiste. En effet, il fait de la musique par passion, sans se soucier des tendances, critiques ou ventes.

Les débuts avec Dr. Dre 

Lorsque l’on pense à Snoop Dogg, on pense d’abord à Dr. Dre. En effet, c’est lui qui a lancé la carrière du rappeur nonchalant au physique animalier.

C’est en 1993 que sort le premier album de Snoop Dogg : Doggystyle. On a alors l’image d’un jeune rappeur californien, mêlant gangsta rap et influences funk. Avec Dr. Dre aux manettes, Doggystyle se hausse à la tête des charts. Il devient le premier album hip-hop à atteindre la première place du Billboard 200 dès sa sortie. Doggystyle se pose ainsi comme témoin d’une génération montante. Dès lors, Dr. Dre et Snoop Dogg deviennent les étendards de cette jeunesse de la côte ouest, qui parvient à s’imposer au sommet de la scène mondiale. L’album est donc un raz-de-marée. Il est porté par des singles notables dont « Gin and Juice » et « Who Am I (What’s My Name) ? », premier clip de l’album. Ce clip apparaît alors comme un concentré de la personnalité du rappeur. Humour, réalisme et pauvreté du ghetto, héritage funk… Tout y est. Snoop Dogg est alors une superstar.

Cet album est aujourd’hui un classique. Il est considéré par beaucoup comme un bijou du rap west coast et comme le meilleur opus du rappeur.

Vers plus de funk

Mais si Snoop Dogg et Dr. Dre ont marqué une génération, les enfants des années 1990 connaissent davantage le rappeur pour son travail avec Pharrell Williams. Avec un producteur au sommet de son art, les deux artistes ont composé de nombreux tubes. On retiendra « Beautiful », « Drop It Like It’s Hot » ou encore « Let’s Get Blown ». Les rythmes audacieux de Pharrell associés au phrasé unique de Snoop Dogg ont bercé toute une génération, friande de l’alchimie entre les deux acolytes.

L’alliance avec Pharrell Williams introduit finalement un Snoop Dogg plus mainstream, pop, et surtout funky. Cette transition musicale s’accompagne alors d’un changement du personnage de Snoop Dogg. Exit le jeune gangster de Long Beach, et bienvenue dans l’ère du rappeur crooner, caricature du pimp.

L’image de Snoop Dogg est très importante, quand on sait qu’elle a grandement contribué à son succès. Grâce à son charisme et son sens de l’humour, le rappeur a su se muer en personnages atypiques et attachants tout au long de sa carrière. Cela participe ainsi au mythe et à la notoriété de l’artiste.

Un rappeur polyvalent

La carrière de Snoop Dogg est donc rythmée par deux albums charnières : Doggystyle et R&G (Rythm & Gangsta) : The Masterpiece. Mais cela ne nous fait pas oublier les multiples albums du rappeur où celui-ci s’est prêté à divers avatars et genres musicaux. G-Funk, electro pop, reggae, funk… La liste est longue mais pas des moindres.

En fonction de l’âge de son public, Snoop Dogg n’a donc pas la même image ni le même impact. Il parvient à se transformer, tout en restant actuel et présent dans l’esprit de chacun. Sa polyvalence n’est donc pas un défaut, mais un signe d’audace et de plaisir. Et aujourd’hui Snoop Dogg fait ce qu’il veut : il s’amuse, profite, et ça marche. Il est en ce sens un modèle de réussite, de longévité et de plénitude musicale. Il s’autorise une grande liberté de création, tout en respectant les codes de chaque genre. Snoop Dogg fait la musique qu’il aime, et c’est très gratifiant.

Traduction du tweet : Snoop Dogg a la carrière la plus polyvalente de tous les temps. Il débute comme gangsta rapper accusé de meurtre, pour ensuite faire du rap mêlé à de la pop avec Mariah Carey et Katy Perry, du reggae en Snoop Lion, et finalement traîner avec Martha Stewart. Et maintenant, il fait un album gospel. C’est une véritable légende.

Un projet gospel à contre-courant des tendances

Snoop Dogg n’est pas le premier rappeur à s’essayer au gospel. De nombreux artistes hip-hop s’y sont prêtés avant lui. On peut penser à M.C. Hammer, ou Chance The Rapper avec Coloring Book. Ce mélange n’est donc pas nouveau. Cependant, il contraste avec l’image et le mode de vie controversé du rappeur.

Si ce revirement musical en fait rire certains, il s’avère néanmoins judicieux et bienvenu. Cet album amène une fraîcheur nouvelle à la discographie de l’artiste, et s’annonce de qualité.

Un album légitime

L’opus comporte 32 titres et s’accompagne de la création d’un label de gospel : All the Time Entertainment. Sur ce projet, on retrouve des artistes gospel et R&B de renom. Faith Evans, Tye Tribbett ou encore B. Slade. Ces featurings semblent ainsi garantir d’emblée la cohérence de l’album et lui donner plus de légitimité.

En attendant la sortie de l’album, huit titres sont déjà disponibles en libre écoute. C’est le cas de « Words Are Few ». Ce premier clip nous dévoile un Snoop Dogg apaisé, porté par une volonté de rédemption. Le single nous plonge dans les belles heures de la néo-soul avec les influences très marquées de D’Angelo et R. Kelly. Mais c’est précisément B. Slade qui vient donner le coup d’éclat à la chanson. Empreint de profondeur et de subtilité, « Words Are Few » nous apparaît sincère et touchant.

Les autres extraits de l’album sont quant à eux plus gospel. Snoop Dogg n’est pas présent sur tous les titres. Il cède souvent la place à ses invités et semble davantage superviser les morceaux. A l’instar d’un producteur, il laisse la spiritualité de chaque artiste s’exprimer pleinement.

Ce projet promet donc d’être riche et étonnant. S’il peut dérouter les fans de la première heure du rappeur, l’opus propose cependant de beaux singles, de quoi nous convaincre d’acheter l’album le 16 mars.

Hits: 171