Allemagne : « dégenrer » l’hymne national, une fausse bonne idée

Allemagne : « dégenrer » l’hymne national, une fausse bonne idée

Kristin Rose-Möhring, déléguée ministérielle à l’égalité hommes-femmes au sein du Ministère fédéral de la Famille, n’a pas trouvé de soutien. Que ce soit sur le plan politique ou dans l’opinion publique, personne n’a souhaité donner suite à sa proposition visant à remplacer toute forme de domination patriarcale dans l’hymne national allemand. 

L’Allemagne est depuis longtemps passée à l’écriture inclusive. Si bien que la polémique française à la fin de l’année 2017 a provoqué l’étonnement outre-Rhin, notamment face à sa tardiveté. Pourtant, certains monuments allemands semblaient avoir échappés à ce « dégenrement ». À l’image de l’hymne allemand, contre lequel seulement quelques voix s’étaient élevées afin de voir les mots à dominante masculine disparaître.

Une revendication isolée

La déléguée l’égalité hommes-femmes a considéré que le 8 mars 2018, Journée internationale des droits des femmes, serait une opportunité à saisir pour lancer un débat sur la question. D’après les informations du tabloïd Bild, elle a adressé le 2 mars une circulaire à tous les collaborateurs du Ministère fédéral de la Famille, dirigé par le SPD. « Pourquoi ne pas “dégenrer” notre hymne national, la Deutschlandlied ? » avait-elle proposé dans son courrier interne.

Kirstin Rose-Möhring pensait sûrement que sa proposition serait acceptée comme elle l’a été ailleurs. Ainsi, en 2012, l’Autriche délaisse ses « grands fils » au profit de ses « filles et fils ». Plus récemment, début février, c’est le Canada qui a préféré la formule « Un véritable amour de la patrie nous anime tous » à « Un véritable amour de la patrie anime tous tes fils », rendant son hymne neutre de tout genre.

Deux modifications dans un même paragraphe

Souvent, on se rappelle que la mélodie est celle du compositeur Joseph Haydn. Cependant, le texte est en réalité un poème d’August Heinrich Hoffmann von Fallersleben. Il est écrit en 1841 et utilisé dès 1922 comme hymne. Ensuite, on décide en 1991 que seul le troisième couplet le composerait désormais. En effet, les deux précédents rappelaient trop le vocabulaire utilisé pendant la période nazie.

Kirstin Rose-Möhring suggérait donc dans ce couplet deux changements. Tout d’abord, à la place de Vaterland, « la patrie du père », elle propose Heimatland, véhiculant également l’idée de patrie, mais sans connotation masculine. Ensuite, Brüderlich, le deuxième terme concerné, « fraternellement » serait remplacé par couragiert, « courageusement » donc. (n d l r : qui a dit que l’allemand était une langue difficile ?)

« Non, je ne suis pas favorable à l’idée de changer les paroles »

Le quotidien Saarbrücker Zeitung a interrogé le président de la République fédérale allemande  Franz-Walter Steinmeier, issu des rangs du SPD. Ce dernier a déclaré qu’il n’était pas favorable à ces changements. Angela Merkel, réélue pour un quatrième mandat, a fait connaître son avis. Ainsi, par la voix de son porte-parole : elle se déclare « très satisfaite de l’hymne dans sa version actuelle ». Rose-Möhring a également été lâché par son propre camp. À l’image du porte-parole du Ministère de la Famille. Ce dernier a qualifié cette idée de « personnelle » de la part de la déléguée.

Si on en croit un sondage réalisé sur le site du tabloïd Bild, l’opinion publique à une opinion très tranchée sur la question. 95 % des lecteurs sont contre un changement de paroles. Ils estiment que « l’hymne est une œuvre d’art et un bien culturel. » qu’il est intouchable et inadaptable à l’écriture administrative. Ce sera donc le texte de 1841 que les joueurs de la Mannschaft chanteront fièrement lors de leur premier match de Coupe du monde le 17 juin à Moscou, face au Mexique.

Source de l’image : AFP

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