Sexe sans consentement : céder ce n’est pas dire oui

Sexe sans consentement : céder ce n’est pas dire oui

Le 6 mars dernier, France 2 a diffusé un documentaire qui nous interroge sur le consentement sexuel. Les deux auteures, Blandine Grosjean et Delphine Dhilly, permettent à des femmes de prendre la parole et de témoigner sur un sujet si peu traité. Ces femmes qui ont entre 20 et 65 ans ont toutes connu des rapports sexuels non consentis. 

Qu’est-ce que le consentement ? « À partir du moment où deux personnes sont d’accord » explique un jeune homme au début du documentaire. Cela sonne comme une évidence dans l’esprit collectif et pourtant… La « zone grise » reste une zone trouble. Où se trouve la limite du consentement ? Quand faut-il parler de viol ?

Regards sur la « zone grise »

Cinq femmes racontent leur expérience de cette « zone grise ». Alcoolisées, en soirée ou avec un ami de confiance, la situation leur a échappée. Elles n’ont pas réussi à repousser l’homme avec qui elles étaient, à parler, à faire entendre leur « non ». Elles sont comme paralysées : « Je suis allongée sur le dos et là je ne peux pas bouger, je bouge pas, je dis rien, je fais rien ».

« Il y a un moment, où tu te dis c’est pas grave. Il vaut mieux faire ça vite, après tu t’en vas, oublier que s’opposer ».

Le documentaire met à nu les sentiments de ces femmes : la peur, l’incompréhension ou la culpabilité. La peur que ce soit pire. L’incompréhension de ne pas être entendue ou cernée. La culpabilité d’en être arrivée là : « D’un côté, j’ai pas demandé à être là, à ce qu’il se passe ça, mais de l’autre tu n’avais pas qu’à aller aussi loin, c’est trop tard pour faire marche arrière ». Le doute s’installe également dans le témoignage de ces femmes : « Inconsciemment c’est difficile de se dire qu’il t’a forcée… Il te plaisait. J’avais l’impression d’usurper une place de victime à laquelle je ne pouvais pas prétendre ». Blandine Grosjean et Delphine Dhilly reviennent ainsi sur nos idées préconçues du viol : Non, il n’a pas toujours lieu dans une ruelle ou une rame de métro vide avec un inconnu.

Critique d’un système patriarcal

Ce reportage remet en cause tout un système dont la norme veut que ce soit à l’homme de faire. Dans une interview pour Quotidien, la réalisatrice Delphine Dhilly nous explique que les jeunes filles sont éduquées, encore en 2018, à attendre, à être polies, à prendre sur elles, à faire comme si de rien n’était.  Selon la réalisatrice, pour venir à bout de ce problème sociétal, l’éducation, mais aussi la sensibilisation, la communication et la confiance entre les deux sexes sont nécessaires.

Le documentaire repose d’ailleurs sur le dialogue et met en perspective les témoignages des femmes et les interviews des hommes. Si certains sont conscients de ce que représente le consentement, d’autres alimentent avec le sourire et sur le ton de la plaisanterie la culture du viol : « Dès qu’une femme me dit non, ça me motive encore plus. »

 « Je ne saurais pas me contrôler si je me retrouvais dans le même lit qu’une fille. »

Les chiffres sont alarmants : 63 % des femmes considèrent qu’il est plus difficile pour les hommes que pour les femmes de maîtriser leur désir sexuel. 21 % des français·e·s estiment que lors d’une relation sexuelle, les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcées.

Les dernières minutes du reportage reviennent sur le désir féminin, encore tabou aujourd’hui. Le « oui », considéré comme moins naturel, devrait être dit avec plus de facilité pour que le « non » soit entendu.

Ce reportage est à voir et revoir afin d’affirmer une bonne fois pour toutes que non ne voudra jamais dire oui. Il est en libre accès sur YouTube.

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