Adoption internationale, l’envers du décor

Adoption internationale, l’envers du décor

On considère qu’il y a trafic d’enfant dès qu’un acte illégal, attentatoire à son état, est commis en vue du transfert de l’enfant d’une personne ou d’une institution à une autre. Dans une société où l’adoption reste un sujet tabou, la limite entre trafic d’enfants et adoption internationale est beaucoup plus floue qu’elle n’y paraît.

Pour répondre à la demande d’adoption occidentale toujours aussi forte, des agences illégales se sont mises en place, profitant de l’instabilité des pays et la précarité des populations. Les enfants en sont les premières victimes. Arrachés à leurs parents, ils deviennent des marchandises.

La mafia de l’adoption

Aux États-Unis, pays où un enfant est considéré comme un objet jetable, l’adoption est un phénomène courant. C’est généralement pour combler un manque personnel que des couples ou des personnes célibataires prétendent « sauver » des enfants, le plus souvent issus de milieux hostiles. Les procédures d’adoption, souvent longues et coûteuses, poussent ces personnes à s’orienter vers des méthodes beaucoup moins onéreuses, vers un marché parallèle, où l’adoption devient beaucoup plus simple, mais à quel prix ? Car ces agences illégales, que l’on pourrait qualifier de « mafia de l’adoption », occultent les manières dont ces enfants sont traités ; certains d’entre eux n’étant même pas orphelins. Ce système illicite entraîne les personnes qui souhaitent adopter dans un piège, où ils deviennent dès lors des complices malgré eux.

Ainsi, une sensibilisation est plus que nécessaire afin d’éradiquer ce trafic saugrenu, et de mettre en lumière le sort bouleversant d’enfants en danger. La vente de mineurs pour combler le désir d’enfants des familles occidentales est un problème bien réel et pourtant, il n’est que trop peu relayé.

Des personnes ont tenté de le dénoncer, à l’instar de Roelie Post, qui travaillait à la Commission européenne pour la protection de l’enfance. Elle a rapidement été réduite au silence. Ce qui rend ces agences encore plus difficiles à démanteler est le fait qu’elles se déplacent de pays en pays, tout en restant impunies. Aussi, l’adoption étant devenue un véritable « marché lucratif », la corruption au sein des gouvernements rend la tâche encore plus difficile.

Le cas congolais

La République démocratique du Congo (RDC) est, surtout depuis la guerre civile qui a laissé de nombreux enfants orphelins, le point chaud de l’adoption frauduleuse. Fin 2013, la RDC avait suspendu les autorisations de sortie du territoire pour les enfants adoptés à l’étranger pendant deux ans, avant d’être rouverte en novembre 2015.

En raison des anomalies rencontrées dans les dossiers d’adoption en RDC, ainsi que pour protéger les enfants candidats à l’adoption autour desquels gravite un trafic illicite, la France a décidé de suspendre les adoptions internationales. Un arrêté de suspension de toutes les procédures d’adoption en RDC, prenant effet au 1er janvier 2017, ainsi que trois autres arrêtés de retrait d’habilitation des trois organismes autorisés pour l’adoption (Vivre en Famille, Chemin vers l’enfant et Enfants du Monde France) exerçant en RDC ont été publiés au journal officiel.

En effet, les agences profitaient du fait que le concept d’adoption soit méconnu dans ces pays. La stratégie était souvent de mentir aux parents en leur disant que leurs enfants partaient en Europe pour étudier, et qu’ils les reverraient à leur majorité. Les parents, souhaitant le meilleur pour leurs enfants, acceptaient, presque naïvement.

Le trafic d’enfants s’est ajouté à la liste des problèmes en RDC, pays déjà meurtri par la guerre civile qui ne semble pas s’essouffler, et par un président corrompu, ne parvenant pas à sortir son peuple de la misère.