Blocages, manifestations et violences: les étudiants vont-ils trop loin?

Blocages, manifestations et violences: les étudiants vont-ils trop loin?

Un mouvement contestataire étudiant est né cette année. Se réclamant héritier de Mai 68, ce tout nouveau « Mai 18 », cinquante ans plus tard, mobilise de plus en plus. Cette mobilisation est hostile aux réformes étudiantes du gouvernement, et notamment à sa loi Orientation et Réussite des Étudiants (ORE). Petit à petit, les universités sont bloquées et la discussion s’organise. Retour sur un mouvement phénomène qui entrera peut-être dans l’histoire. 

Né il y a plus de 3 mois à l’université Paris 8, le mouvement a connu de nombreux échos. De nombreuses autres universités se sont jointes au mouvement. On pense au campus Tolbiac de Paris 1, à Lille, Toulouse, Strasbourg, Rennes, Nanterre, Bordeaux ou encore Montpellier. Une semaine après l’embrasement du mouvement étudiant, la mobilisation se poursuit. On y conteste parcoursup, mais aussi la loi asile-immigration et la politique du gouvernement. Après les violences de Montpellier, le mouvement national étudiant ne semble pas faiblir. On assiste au contraire à une nouvelle galvanisation des mobilisations. Et pour cause : les Assemblées Générales de Paris et Toulouse ces derniers jours ont reconduit l’occupation.

 

Un cycle de violences entre étudiants

Les premières violences ont vu le jour le 16 mars dernier. C’était lors d’une expédition punitive au Lycée Autogéré de Paris. Sont mises en cause une dizaine de personnes se réclamant du Groupe Union Défense (GUD, une organisation étudiante d’extrême-droite). L’attaque a fait plusieurs blessés. À Montpellier, c’est en revanche une quinzaine d’individus armés et cagoulés qui ont pris d’assaut l’université occupée. C’était dans la nuit du 22 au 23 mars. Les nombreuses victimes de cette agression ont dénoncé des attaques fascistes. Après ouverture d’une enquête, l’ex-doyen et un professeur de l’université occupée sont placés en garde à vue. Tandis que ces attaques décantent, d’autres violences se déchaînent à Lille et à Strasbourg. Et le mouvement n’en est que renforcé.

Répression à Lille

Le 26 mars dernier, à l’université Lille 2, des étudiants ont été agressés par « un groupe militant d’extrême droite », selon l’UNEF (Union nationale des étudiants de France). Un groupe aurait circulé autour de la faculté de droit alors qu’il s’y tenait une Assemblée Générale. D’après Sullyman Bouderba, les étudiants auraient été « attaqués par ces groupes d’hommes cagoulés au fur et à mesure qu’ils sortaient de l’AG ». La police a bien confirmé avoir été appelée en renfort, sans pour autant confirmer le nombre de blessés. Le lendemain, un rassemblement se tenait devant la faculté, avec plus de 200 étudiants dénonçant ces violences et pointant du doigt des militants d’ultra-droite.  La maire Martine Aubry parle d’une poignée d’identitaires et appelle à une sanction. Alors que l’attaque a été revendiquée via twitter sur le compte d’extrême droit « Red Lille » qui se déclare « aucunement affilié à la mouvance identitaire »,  trois plaintes ont été déposées.

Attaques à Strasbourg

Le 28 mars, de nouvelles agressions avaient lieu sur le campus de Strasbourg. L’attaque aurait eu lieu alors que des étudiants décollaient des affiches de l’organisation identitaire du Bastion social. Les pompiers parlent de 4 jeunes qui auraient subi des coups de pied, de poings et de parapluie, mais rien de grave selon un premier bilan. L’Assemblée Générale des étudiants de Strasbourg parle quant à elle de 6 victimes pour une quinzaine d’agresseurs. Une enquête a été ouverte bien qu’aucune plainte n’ait été déposée. Si ces violences semblent se multiplier, elles mettent toutes en cause des manifestants contre la loi Vidal et des groupes cagoulés plus ou moins affiliés à un mouvement identitaire ou d’extrême droit. Et tandis que la mobilisation est appelée à se poursuivre, un autre conflit se joue entre les anti-fascistes et les groupuscules d’extrême droit.

Guerre de la toile

Facebook déchaîne les passions. Les communiqués pro-occupation des facultés sont souvent assaillis de propos injurieux et d’incitations à la violence. Sous l’appel au soutien des victimes de la faculté de Montpellier, on peut lire « une bonne raclée à la vermine gauchiste » en commentaire. Sur Twitter, les propos ne sont pas plus doux. Sous les tweets concernant l’occupation de certaines facultés, on suggère par exemple « un bon coup de pied au cul » pour ces étudiants. Du côté des étudiants mobilisés, l’idée n’est pas de rester des victimes. À Tolbiac, le comité en charge du blocus envisage même des « cours » pour apprendre à se déplacer en petit groupe dans la rue avec vigilance et être capable de répliquer en cas d’attaque. À la lumière des récents événements, nous pouvons alors nous demander si ces mesures ne feront pas que déchaîner une escalade de la violence déjà vigoureuse autour de cette mobilisation.

Crédit photo : Sud Ouest