Critique Call Me By Your Name

Critique Call Me By Your Name

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Sorti dans les salles françaises le 28 février, Call Me By Your Name a reçu l’Oscar du meilleur scénario adapté. Réalisé par Luca Guadagnino et mis en scène par James Ivory, le film au succès international relate l’histoire passionnelle entre deux jeunes amants tirés du roman d’André Aciman.

La dernière réalisation de Luca Guadagnino nous plonge au cœur d’un cadre idyllique. C’est dans une villa italienne du XVII ° siècle, au nord de l’Italie champêtre, à l’été 1983, qu’Elio (Timothée Chalamet), âgé de 17 ans, vient passer ses vacances avec sa famille. C’est l’occasion pour lui d’osciller entre lecture, musique, baignade et jeu de séduction avec son amie Marzia.

L’éducation vigoureuse et l’esprit vif d’Elio laissent transparaître une maturité précoce malgré la présence d’une certaine ignorance, preuve d’une innocence adolescente. Comme chaque été, son père, M.Perlman (Michael Stuhlbarg), professeur spécialiste de la culture antique accueille avec sa femme un étudiant afin de l’assister dans ses recherches. Cette année, c’est Oliver (Armie Hammer), jeune étudiant américain au charisme et à la stature d’Apollon, qui est choisi pour passer l’été dans la demeure des Perlman. Malgré le ton arrogant et l’apparence hautaine de ce dernier, Elio et lui développent rapidement une relation intellectuelle. Un relation qui ne tarde pas s’érotiser sous les rayons du soleil italien et à muer en une romance rhapsodique.

Call Me By Your Name ne raconte pas seulement avec beauté la découverte de l’homosexualité d’un adolescent. Il dépeint l’immission d’une nouvelle passion, la genèse d’un premier amour. Il en décrit les rouages, le souvenir inoubliable et la douleur qu’il laisse. C’est une histoire à laquelle tout le monde peut se rattacher, que tout le monde peut s’approprier.

Un succès international…

Armé de son 35 mm, Luca Guadagnino a su achever avec brio le dernier chapitre de sa trilogie sur le désir après Amore (2009) et A Bigger Splash (2015). Sorti le 24 novembre 2017 aux USA, le film avait déjà conquis le public avant de débarquer en France. En Angleterre, il a été classé dans une chronique du journal The guardian comme « meilleur film de l’année 2017 ». Même en France, le film faisait déjà preuve d’encensement. En octobre, présenté en avant-première dans la compétition du Festival international du film de La Roche-sur- Yon, il recevait le prix spécial du jury international. Le mois suivant, il était primé du Grand Prix lors du festival du film LGBT de Paris Chéries-Chéris.

… Mais aussi critiqué

Toutefois malgré ce succès fulgurant, Call Me By Your Name fut l’objet de vives critiques même si minoritaires. Certains n’ont pas apprécié le caractère homosexuel du film comme en Tunisie, pays où les pratiques homosexuelles restent punies de 3 ans de prison fermes par le Code pénal et où l’hostilité sociale vis-à-vis des personnes LGBT se fait ressentir. Le visa d’exploitation du film y a été refusé par le ministère tunisien de la Culture.

D’autres, en revanche, n’apprécient pas l’écart d’âge entre les deux amants. Dans un tweet, l’acteur américain James Woods condamne avec férocité l’aspect « pédophile » de l’œuvre. Pour lui, le film dépasse les limites de la décence. (« As they quietly chip away the last barriers of decency. #NAMBLA. »). Il termine son tweet par le hashtag « NAMBLA » en référence au « North American Man/Boy Love Association », une association pédophile. Mais n’est-ce pas une erreur de s’attarder sur la question de l’âge dans cette histoire ?

Entre passion et douleur (Attention SPLOILER !)

Le scénariste a fait le choix de ne pas raconter l’histoire de la même façon que dans le roman d’André Aciman. Dans ce dernier, Elio y narre, plusieurs années après, cette folle histoire d’amour qu’il a partagée avec Oliver. À l’inverse, la caméra retrace l’histoire au présent, sans voix-off, en suivant de près le personnage emblématique d’Elio. D’assez près pour qu’on puisse suivre son obsession grandir pour Oliver et découvrir avec lui son attirance naissante pour l’étudiant blond.

Toutefois, on y retrouve cette même douleur qui signe la fin de cet amour de vacances lorsqu’Oliver doit rentrer en Amérique après une douce escapade à deux en Lombardie. On est émus par ses larmes qui coulent à foison sur le chemin du retour. On est touchés, aussi, par la discussion qu’il a plus tard avec son père au courant de leur relation. Loin de s’y opposer, il l’aide à accepter cette douleur et le pousse à ne pas oublier cette histoire et toute la joie qu’elle lui a procurées à travers un discours fidèle à celui du roman. Cette scène accentue le passage du jeune garçon vers un âge nouveau.

Enfin, le film se termine en beauté avec un plan figé sur Elio pleurant un amour impossible. L’esthétique est soutenue par la douceur du compositeur Sufjan Stevens. Il nous invite à joindre nos larmes à celles d’Elio.

Lors de la cérémonie des Oscars, Luca Guadagnino a annoncé la préparation d’une suite du film qui pourrait sortir d’ici 2020. En collaboration avec André Aciman, le film devrait se dérouler cinq ou six ans après. Dans ce dernier, Oliver et Elio voyageraient à travers le monde.

Article rédigé par Léna Cardo