« Le Monte-plats » : l’absurde revisité

« Le Monte-plats » : l’absurde revisité

Etienne Launay présente au Théâtre du Lucernaire une mise en scène audacieuse du Monte-plats d’Harold Pinter.Vous avez  jusqu’au 20 mai pour vous y rendre ! Situation absurde et dialogues banals, ce cocktail mis en valeur par la créativité du metteur en scène fonctionne à merveille. Il fait rire, mais aussi et surtout réfléchir !

Ben et Gus, tueurs à gages, attendent dans un sous-sol leur prochaine mission. Coupés du reste du monde, ils discutent de tout et de rien : faits divers, matchs de foot, souvenirs… Leur seul lien avec l’extérieur ? Le monte-plats par lequel arrive des commandes culinaires !

Un huis clos absurde

Au premier abord, les dialogues semblent insensés, ou plutôt dénués d’intérêt. Ben et Gus parlent de foot, évoquent leurs missions précédentes, se disputent pour savoir s’il faut dire allumer « le gaz » ou « la bouilloire ». Si les sujets sont triviaux, c’est que le dramaturge, à la manière d’Eugène Ionesco ou de Samuel Beckett, ne révèle pas directement le sens précis de son texte pour en laisser l’interprétation ouverte au spectateur.

Pourtant, le public se laisse gagner par les conversations ponctuées de traits d’humours efficaces. On s’attache à ces gangsters trop ordinaires pour leur métier et on arrive au bout de la courte représentation – une heure de performance – avec l’étrange sentiment d’avoir apprécié la pièce sans en avoir nécessairement saisi toutes les subtilités. Le Monte-plats regorge de détails anodins en apparence mais dont le sens est double. Une dualité habillement mise en valeur par la mise en scène.

Une mise en scène audacieuse

Comment Harold Pinter, dont le texte d’origine ne comprend que deux personnages, aurait-il pu se douter qu’un metteur en scène aventureux, Etienne Launay, le ferait interpréter par quatre comédiens ? Le tour est si bien exécuté qu’on le croirait simple : un rideau noir étendu sur le sol scinde la scène en deux, de chaque côté duquel sont symétriquement placés un lit de camp et une chaise. Deux comédiens incarnent chaque personnage, alternant leur présence scénique : lorsque l’un sort par la gauche, l’autre rentre aussitôt par la droite pour le remplacer.

Cette prouesse scénographique permet une division des personnages qui reflète la complexité de leur psychologie cachée derrière une simplicité d’apparence. L’espace se divise également pour multiplier le sens ambivalent de l’œuvre, malgré la contrainte que cela impose aux acteurs. Le pari d’Etienne Launay est réussi : les transitions sont fluides et déroutantes.

Cette nouvelle mise en scène originale est interprétée par de jeunes acteurs talentueux — Benjamin Kühn, Simon Larvaron, Bob Levasseur, Mathias Minne. Cela offre une redécouverte de qualité de l’œuvre classique du dramaturge britannique. N’hésitez plus, foncez au Lucernaire !

Infos complémentaires :

Pour en savoir plus, rendez-vous ici

  • Théâtre du Lucernaire, 53 Rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris
  • Jusqu’au 20 mai
  • du mardi au samedi à 18h30,
  • le dimanche à 15h.
  • 11€ la place pour les moins de 26 ans.