Clinton : Une biographie Twitter qui fait « tâche »

Clinton : Une biographie Twitter qui fait « tâche »

À l’occasion du festival littéraire « Pen World Voices », qui s’est clôturé le 22 avril dernier, l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie a interpellé Hillary Clinton. Un détail de la biographie Twitter de cette dernière l’a visiblement « vexée ».

Lors du festival, les deux femmes ont eu l’occasion de parler de féminisme, de la censure ou encore de la carrière de l’ex-candidate démocrate à la présidentielle. Néanmoins, malgré son merveilleux CV, l’auteure de Americanah ne comprend pas pourquoi la biographie Twitter d’Hillary Clinton la présente d’abord comme une « épouse ».

Un détail qui dérange

Chimamanda Ngozi Adichie semble apprécier Hillary Clinton. Elle la qualifie même de « auntie Clinton » (« tante Clinton ») tant elle a une réelle admiration pour elle. Il est vrai que l’ancienne Secrétaire d’État, véritable symbole de réussite, n’a aucunement besoin de se définir avant tout par son rôle d’épouse. Pourtant c’est ainsi qu’elle commence sa biographie Twitter, « Epouse, mère, grand-mère… » pour finir sur son statut de candidate à la présidentielle de 2016. Au milieu de tous ces mots, sa fonction de Secrétaire d’État (qu’elle a tenue de 2009 à 2013) paraît anecdotique.

Chimamanda N.A ne désirait probablement pas que Mme Clinton se définisse en premier lieu comme une femme de pouvoir. Si elle avait commencé par « Mère », elle n’aurait peut-être pas été choquée, et ceux qui partagent sa stupéfaction non plus. L’auteure ne semble pas concevoir le fait que, malgré sa carrière, la plus grande réussite d’Hillary Clinton soit celle d’être une épouse.

Dans ce qui peut être considéré comme un détail, il y a en réalité le cœur de la controverse féministe. En effet, pour certains le débat de la biographie Twitter est superflu. Néanmoins, il serait naïf de penser que se qualifier comme « épouse » avant tout est anodin. La romancière a ainsi voulu savoir si c’était elle qui avait fait le choix de se définir d’abord par rapport à son mari. D’autant plus que parallèlement, ce dernier ne mentionne aucunement son rôle d’époux.

De son côté, l’ancienne Secrétaire d’Etat a réaffirmé la possibilité pour les femmes de combiner réussites professionnelle et personnelle. Selon elle, « ça ne devrait pas être l’un ou l’autre ». Elle poursuit sur le fait que de nombreuses femmes souhaitent combiner les deux : s’impliquer dans leur relation conjugale tout en ayant une bonne carrière. Car l’un n’empêche pas l’autre, et Hillary Clinton assume le choix de mettre en lumière cet aspect de sa vie. Elle conclut néanmoins en souriant, disant qu’elle changera sa biographie — ce qu’elle a d’ailleurs fait récemment.

« Le féminisme est en effet une question de choix »

L’auteure de l’essai We should all be feminist (« Nous devrions tous être des féministes ») a récemment répondu aux critiques, dans un message posté sur Facebook. Elle se défend ainsi en énumérant toutes les actions qui ont fait d’Hillary Clinton une icône du féminisme. Par exemple, elle rappelle que l’ancienne « FLOTUS » a longtemps souhaité garder son nom de jeune fille (Rodham). Cela a d’ailleurs été « son crime ». La romancière poursuit en disant qu’Hillary Clinton se considérait comme « égale partenaire de son mari ». Elle n’avait pas l’intention d’être « purement une épouse ». Preuve de la contradiction avec sa biographie Twitter : Hillary Clinton n’a cessé de vouloir briller par elle-même et casser l’image de la Première Dame « potiche ».

Si pour Chimamanda Ngozi Adichie « Le féminisme est en effet une question de choix », certains choix peuvent être orientés. Ils ne sont « jamais fait dans le vide », comme celui de choisir d’être avant tout une épouse.

« Certains choix ne sont pas toujours des réels choix » ajoute l’essayiste.

En somme, Chimamanda N.A explique que le problème n’est pas d’inclure « épouse » dans sa biographie Twitter. Le problème est d’avoir donné une certaine primauté à ce statut. Cela ouvre un plus large questionnement, celui du rôle des femmes dans la société. Un débat sans fin et controversé. Il reflète un des écueils du féminisme, celui de penser le mouvement de manière manichéenne. Être féministe empêche-t-il le fait de choisir d’être une « simple » épouse ? Choisir d’être une « simple » épouse, n’est-ce pas cela le féminisme ?

Crédit photo : Vanity Fair

Hits: 142