Se cultiver avec les médias : fantasme ou réalité ?

Se cultiver avec les médias : fantasme ou réalité ?

 

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Doit-on attendre des médias qu’ils nous cultivent ou qu’ils cultivent en nous le désir de se cultiver ? Les médias dans leur ensemble obéissent à une double logique qui est industrielle et commerciale. Par leur recherche du profit maximal à court terme, les médias ne mettent-ils par la culture en péril ?

Le rôle des médias dans la socialisation des individus est incontestable, et cela dès le plus jeune âge. Autrefois, l’éducation des enfants passait par trois catégories : la famille, les groupes de pairs et l’école. Aujourd’hui nous vivons au milieu des téléviseurs, des ordinateurs et autres écrans.

Dans la loi de 1964 créant l’ORTF, le devoir de la télévision est décrit en ces termes : informer, éduquer et divertir. Néanmoins, les contraintes technique et commerciale prennent de l’ampleur. On reproche alors de plus en plus aux médias de favoriser le « fast-thinking ». C’est-à-dire, la diffusion essentiellement des savoirs à courts termes : articles de presse ultra-synthétiques, vidéos courtes, divertissements au dépend de l’information … Les médias sont en pleine mutation et il serait de plus en plus difficile de s’y cultiver. Mais qu’en est-il réellement ?

Les médias : une industrie culturelle soumise aux lois du marché

Theodor Adorno et Max Horkheimer, philosophes allemands et membres de l’Ecole de Francfort, sont les premiers à reprocher publiquement en 1940 la « standardisation » de la culture sous l’effet des contraintes imposées par l’industrialisation de celle-ci. Selon eux, cette standardisation entraîne un conformisme de la pensée. A cette époque, on considère encore les médias comme tout-puissant. Désormais, les enquêtes du sociologue Lazarsfeld ont remis en cause cette influence. Dans ses travaux, il étudie l’influence qu’exercent les médias sur la décision des électeurs. Il démontre que des relais disposant d’un pouvoir de persuasion important influencent davantage les comportements et la pensée des individus. Ces relais font souvent partie de l’entourage proche, familial ou professionnel.

On pourrait donc expliquer l’influence des médias sur les individus par le fait que les réseaux sociaux relayent leurs contenus. Par exemple, vous serez plus influencé par la lecture d’un article partagé sur la page Facebook de votre ami qu’à la lecture d’un article sur lequel vous tomberez au hasard en vous baladant sur le net. En résumé, il est difficile de vous intéresser à une culture qui diffère à celle de votre entourage, même sur le web !

La consommation maximale : l’avènement de la culture de masse

Dans son ouvrage La crise de la culture, la philosophe-politologue Hannah Arendt évoque le danger de la dissolution de la culture dans le divertissement. L’audimat, appareil connecté aux téléviseurs afin d’enregistrer les périodes d’allumage et qui permet de choisir les programmes en fonction des indications fournies par les mesures, devient rapidement le symbole du déclin de la culture. La culture est avant tout un marqueur du statut social. Il existe une culture plus légitime, une culture dont les contenus et les références culturelles sont valorisés dans la société et dont la maîtrise donne un certain pouvoir et un certain prestige. La culture de masse est celle qui touche la plus large audience. Son essence même est d’être à la disposition de monsieur et madame tout le monde. Sa maitrise n’est donc que très rarement valorisée puisqu’elle ne requiert pas la maitrise de savoirs spécifiques.

Il semble donc évident que se cultiver par les médias n’est pas aussi facile d’une personne à une autre. Néanmoins, il faut prendre en compte la diversité des médias, ce que l’on nomme « culture de masse ». Culture issue des médias et de l’économie marchande, elle doit finalement se trouver dans un juste équilibre avec des productions uniques. Les médias offrent une pluralité de vecteurs de diffusion. Ils permettent à la culture de se propager et au grand public d’apprendre. Et avec internet, c’est aux utilisateurs eux-mêmes de propager celle-ci.

Les médias sont des outils qu’il faut savoir maîtriser. L’usager doit être actif et non passif dans son utilisation des médias. Pour vous aider, l’UNESCO a mis à disposition gratuitement sur son site un kit d’éducation aux médias (rendez-vous ici).

Dans un prochain article, nous publierons une interview du sociologue Nicolas Framont, rédacteur de la revue Frustration. Il traitera du rôle des médias dans la transmission des savoirs et de la culture.

Article rédigé par Coline Piera

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