Sorb’on au Festival de Cannes : Donbass, à l’Est rien de nouveau

Sorb’on au Festival de Cannes : Donbass, à l’Est rien de nouveau

Cette semaine, le Festival de Cannes est à l’honneur sur Sorb’on, et c’est depuis la Croisette qu’on vous écrit ! Premier film à passer sous notre œil avisé : Donbass, un film plongeant dans le réel de la guerre de séparation qui déchire l’Est de l’Ukraine depuis plus de quatre ans maintenant.

« Un guide pratique de l’enfer », c’est ce que nous promet Sergeï Loznitsa dans ce film en compétition dans la catégorie un Certain Regard. En deux heures, le réalisateur ukrainien nous met face à la réalité de la guerre en mettant en scène des bouts de vie rythmant le quotidien de ce conflit. Entre patriotisme, corruption, mensonges et violence, les personnages sont voués à subir leur condition.

Une plongée dans le réel

Séparatistes et milices pro-russes tiennent la région du Donbass d’une main de fer. Avec ce projet politique de créer la “Novo Rossia”, ils affrontent les « fascistes » de l’Occident.

Pour montrer ce chaos quotidien, le réalisateur nous propose une succession d’histoires nous plongeant dans une tension permanente. Elles ne sont reliées entre elles que par une chose : la guerre ; mines qui explosent, familles vivant planquées dans des caves délabrées ou encore dirigeants corrompus.

Au fil des séquences, la guerre devient peu à peu le terrain de jeu de la folie des hommes. Les soldats se battent pour une mère patrie passant avant leur propre famille, des innocents du peuple finissent par se salir les mains à travers un lynchage public, un journaliste est considéré comme un nazi pour sa nationalité allemande.

Le Donbass est une zone usée par la guerre, enclin à la haine et la misère, ne vivant que dans l’acceptation de son sort.

Le cinéma plus fort que les médias ?

Derrière la fiction, le film est un documentaire montrant ce qui est impossible d’expliquer par le seul prisme des médias.

Le réalisateur nous propose des images brutes dépassant le récit. Il y a peu de jugements de valeurs, seulement une observation scénarisée de la guerre du Donbass. On pourrait presque croire qu’il s’agit d’un documentaire par moment. Sergueï Loznitsa a fait le choix de diversifier les types de prise de vue pour immerger le spectateur dans le Donbass. Par exemple, il filme de manière subjective l’explosion de mines près d’un bus. On a aussi à faire au reportage lorsqu’un enfant nous présente ses conditions de vie. Des longs plans ponctuent le film pour laisser place à l’interprétation du spectateur. Un film brut, qui nous laisse le temps d’observer.

Le rôle des médias détient une part importante dans le récit du film, qui lui réussit là où les médias échouent. On découvre la difficulté d’un reporter de guerre à communiquer avec des soldats hostiles à son égard. Les médias sont aussi l’arme du pouvoir pour se faire entendre et déguisent les machinations du gouvernement. Le spectateur observe les dessous d’un reportage télévisé ce qui crée une mise en abyme et un niveau supplémentaire au dévoilement de cette réalité.

Entre médias internationaux impuissants et médias locaux au service de la propagande, Sergueï Loznitsa nous propose par le cinéma un panorama de ce conflit, utilisant la fiction comme une loupe du réel. Le choix est de montrer l’humain subissant la guerre et son chaos.
Il est difficile de comprendre l’inexplicable, la guerre et son calvaire, mais le cinéma comme le montre la programmation du festival cette année, peut se faire l’écho d’une dure réalité.

Du côté de la rédac : C’est un grand oui ! Une belle surprise pour ce début de festival, un film poignant promis à un bel avenir.

Sa sortie est prévue pour novembre 2018 en France

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