Fleurs d’éloquence : Les nouveaux adeptes de Cicéron

Fleurs d’éloquence : Les nouveaux adeptes de Cicéron

Paris, mercredi 2 mai. Dans le petit auditorium de la Bibliothèque Nationale de France, se déroule un évènement des plus particuliers : la finale de l’édition 2018 du concours Fleurs d’Éloquence. Quatre candidats, étudiants des différentes écoles du groupe Sorbonne Universités, s’affrontent pour remporter le précieux titre, devant une assemblée plus que comble. Ils achèvent ainsi ici une aventure unique, dans laquelle ils auront grandi  dans l’apprentissage de l’art oratoire.

Fleurs d’Éloquence est un programme lancé en 2012 par le Service culturel de la l’Université de la Sorbonne. Sa mission : apprendre à des étudiants à s’exprimer en public, à défendre une position, et à convaincre un auditoire. Pour cela, ceux-ci sont invités à participer à une formation d’une vingtaine d’heures. Différents intervenants les initient alors aux préceptes de l’art oratoire.

Cette formation est alors divisée en deux parties. La première concerne les concepts théoriques. Elle couvre les notions de base à maîtriser pour construire un discours et les différents types d’arguments à utiliser. Ceux-ci s’appuient en grande partie sur les théories développées deux millénaires plus tôt par le Romain Cicéron, un des pères fondateurs de la discipline.

Cours inaugural de l’édition 2018 de Fleurs d’Eloquence à la Sorbonne

La seconde partie se concentre exclusivement sur la tenue, la gestuelle et la voix adoptée par l’orateur lors d’un discours. Cette partie, dénommée actio, est enseignée par des personnes issues du monde du théâtre.

Le concours

À l’issue des vingt heures de formation, un concours est organisé en trois tours. Lors de chacun d’entre eux, les étudiants sont invités à répondre, durant dix minutes, par l’affirmative ou par la négative, à des questions dichotomiques comme « Peut-on être seul contre tous ? », « Peut-on parler pour ne rien dire ? » ou encore « Le féminisme a-t-il besoin de l’art ? ».

Cette année, une soixante d’étudiants se présentèrent lors du premier tour qui s’est tenu au Centre universitaire Malesherbes. Là-bas, ce sont des discours sans micro, dans des petits amphithéâtres à moitié vide, qui sont tenus. En effet, seuls le jury et quelques curieux sont présents pour apprécier les différents candidats.

Après une grande matinée, les résultats sont annoncés : 10 candidats sont sélectionnés afin de participer au second tour. Pour ce dernier, la difficulté est toute autre. Les 10 candidats n’ont que cinq heures pour écrire le discours qu’ils doivent présenter dans la majestueuse salle Louis Liard de la Sorbonne, remplie par un public de curieux, intéressés de voir les fameuses Fleurs d’éloquence en action.

Discours de Jules Farjas, dans la salle Louis Liard de la Sorbonne

Lors de chaque passage, l’attente est à son maximum. Le but ici n’est donc pas forcément de convaincre et de répondre le plus efficacement à la question qui est posée. Mais plutôt de créer un lien de symbiose total avec le public. Un grand discours est la rencontre entre une personne et une foule, une âme et un public. Pour ce faire, les candidats doivent accomplir les trois devoirs du rhéteur tels qu’établis par Cicéron : delectare (concilier l’auditoire), movere (émouvoir l’auditoire) et enfin docere (instruire l’auditoire). Une fois que ce lien est fait, une fois que cette relation de confiance est construite à travers l’accomplissement de ces trois missions, le reste découle alors naturellement pour l’orateur.

La finale

De ces dix candidats, quatre sont finalement sélectionnés pour la finale. Grande déception pour les six autres, dont le talent n’est certainement pas moindre.

Comme lors des précédentes années, cette finale se tient à la Bibliothèque nationale de France. Lana, Loïc, Johan et Jade ont donc une semaine pour écrire un discours qu’ils doivent déclamer devant deux salles remplies au-delà de toute espérance. Après le passage des quatre candidats et la délibération du jury, le nom du vainqueur est annoncé comme une évidence, presque sans surprise : Johan. Sa réponse positive à la question « L’océan est-il pacifique ? » fut très certainement un grand moment d’éloquence. Un de ceux qui valent ainsi la peine d’être écouté, regardé, et apprécié, encore et encore.

De gauche à droite : Loïc Fotso, Johann Huber, Lana Mestdagh et Jade Robin finalistes de l’édition 2018 de Fleurs d’Eloquence

Pour Johan et les autres, cette très belle aventure s’arrête là, sans doute avec un peu de mélancolie mais surtout avec le sentiment d’en sortir grandi. Pour d’autres, elle commencera à nouveau l’année prochaine. En tout cas, Cicéron peut être content. Plus de deux mille ans après Divisions de l’art oratoire, ces préceptes continuent toujours autant d’attirer de nouveaux adeptes, à la recherche de grands loisirs et de prestigieuses conquêtes.

Toutes les photos présentes ici sont celles de Céline Rabaud et du Service Culturel de la Sorbonne. Elles sont à retrouver sur le site internet officiel (ici).

Article rédigé par Loïc Fotso