Sorb’on au festival de Cannes – Regards Croisés autour de Cold War, dernier film de Pawlikowski

Sorb’on au festival de Cannes – Regards Croisés autour de Cold War, dernier film de Pawlikowski

Pawlikowski est en compétition à Cannes avec son dernier film : « ZImna Woyna » alias Cold War. Une histoire d’amour singulière qui commence en Pologne et traversera l’Europe avec la présence écrasante du spectre de l’Est. Sorb’on est allé voir le film et vous propose son « Regards Croisés ». 

La lumière, par Laura Eisenstein

D’entrée de jeu vous serez éblouis par la clarté qui émane d’un dôme détruit d’une église. Un silence laisse le spectateur s’imprégner de l’atmosphère du film qu’il ne connaît pas encore : celle de la passion. Le sentiment  peut être perçu comme rouge et agressif, mais  le réalisateur choisit de donner une autre couleur à la passion, celle de la pureté avec un film en noir et blanc.

Ce qui est particulièrement frappant, c’est cette capacité à illuminer le spectateur par la beauté des images. Des chants traditionnels, une étreinte dans les rues de Paris, un bain dans une rivière. Non seulement, l’image est belle par son cadrage, mais  aussi  par l’émotion qui nous submerge. Le réalisateur provoque ce  sentiment  tout au long du film  par les chants polonais qui nous touchent par leur mélancolie et leur vérité. La voix de Zula rayonne alors dans le film et vient s’immiscer à chaque séquence pour approuver la vérité d’une situation. Elle nous envoûte à tel point qu’elle déclenche l’envie de réécouter ces musiques  à la sortie du film.

Si ces chants sont aussi percutants, c’est qu’ils rythment l’exil de ces deux personnages polonais pendant la guerre froide. En effet, le film met en lumière la dureté d’une époque mais aussi la complexité d’une fuite possible. Ces chants reviennent inlassablement comme pour nous attirer et toucher au plus profond nos propres racines : une invitation au lien indéniable d’un être à ses origines.
« Le pendule écoule le temps » chante Zula en français, la fatalité d’une vie qui aurait pu être autrement. Celle  de deux amants qui n’ont jamais choisi leur temps et le temps pour réussir à être soi-même.

Pawel Pawlikowski nous offre une lumière, celle de la vérité de l’amour : passion et sacrifices. Zimna Woyna, un film qui illuminera votre regard.

Poème, par Lilian Vimal de Murs

Si un poème pouvait se voir sur grand écran il se lirait comme se regarde le dernier film de Pawlikowski. Cold War abandonne la couleur tel qu’un poème se  débarrasse du souci de la narration pour se concentrer uniquement sur une émotivité, épurée et profonde. Il se lit dans l’intimité du cœur, et c’est à lui que le film de Pawlikowski s’adresse.

Un poème c’est d’abord un son. Tout le film est alors traversé par les chansons d’amour ancestrales et populaires de la Pologne. Sur les lèvres du Zula, la personnage principale, une chanteuse à la voix sensuelle et cassée, se goûte un florilège de passions d’un pays violé. Violé, c’est d’ailleurs un mot qui ouvre le film. La protagoniste raconte s’être fait violer par son père et l’avoir poignardé. L’actrice est violée, son pays est violé, ses traditions deviennent le folklore à la botte de l’URSS. Cela constitue alors  le traumatisme originel qui lance Zula dans une fuite en avant permanente. Cet échappement  donne à la jeune chanteuse polonaise — magnifiquement interprétée par Joanna Kulig — tout le relief nécessaire à la naissance d’un grand personnage attachant.

Un poème c’est aussi l’expression pure d’un sentiment. Pawlikoswki de ce côté-là écrira une partition sans fausse note : passionnée et déchirante. Traversée par des chants, une histoire d’amour homérique  fait entrer le spectateur dans le monde des artistes et musiciens en exil qui dépeignent, alcool et cigarettes à la main, un monde coupé en deux.

Pawlokoswki compose un poème tragique et attachant ; expression d’un fou besoin d’existence dans un pays détruit. Dans un univers si fragile, le film donnera une impression d’une  vie qui  prend plutôt des airs de sur-vie. Cela aura alors pour conséquence tous les excès inclus : son expression démesurée, parfois outrancière, mais toujours avec ce je ne sais quoi qui relève du génie.

Coup d’cœur de la rédac, on souhaite et espère un bel avenir à ce film qui a tout d’un grand.

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