La montée du protectionnisme : bonne ou mauvaise chose ?

La montée du protectionnisme : bonne ou mauvaise chose ?

Les annonces successives de l’élévation des tarifs douaniers aux États-Unis relancent le débat sur le protectionnisme. Après avoir annoncé une hausse des barrières douanières de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium le 2 mars, le président Trump s’est attaqué aux produits chinois. Il a menacé le 5 avril de taxer près de 100 milliards de dollars de biens chinois, entraînant ainsi une escalade pouvant aboutir à une véritable guerre commerciale. Doit-on donc craindre cette fulgurante remontée du protectionnisme pour notre économie ?

Le président américain a bien une stratégie. Il s’agit de faire craindre une montée des taxes douanières pour renégocier à son avantage les traités commerciaux avec ses partenaires. Il avait, en effet, fixé la deadline du 1er mai à ses partenaires commerciaux pour leur permettre de renégocier les traités et leur accorder des exemptions de taxes douanières. Cependant, cette date limite semble être finalement trop courte et pourrait, selon les sources de la CNBC ce 27 avril, être prolongée.

Une incroyable remontée du protectionnisme aux États-Unis

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis d’Amérique a largement contribué à la remontée du protectionnisme. Il n’est pas qu’économique, mais également territorial, avec la construction du mur séparant les États-Unis du Mexique. Trump a, dès sa prise de fonction, abrogé le Traité Transpacifique. Celui-ci visait à ouvrir davantage les échanges commerciaux avec près de 11 pays dont l’Australie, le Canada, le Japon, le Mexique. Aujourd’hui, sans les États-Unis, il englobe 18 % du PIB mondial. Cet accord aurait pu avoir encore plus d’impact si les États-Unis l’avaient signé et ratifié. Il aurait en effet englobé près de 25 % du PIB mondial.

Trump ne s’est pas arrêté là puisqu’il a aussi menacé l’industrie automobile européenne et celle de son propre pays. C’est Ford, figure emblématique de la réussite économique américaine, qui en a fait les frais. L’entreprise envisageait en effet de construire une nouvelle usine au Mexique. Elle a finalement fait marche arrière le 20 juin en s’engageant à conserver sa production aux États-Unis. Finalement, il y aura bien délocalisation d’une partie de la production en 2019, non au Mexique mais en Chine.

Plus récemment, c’est l’industrie mondiale de l’acier et de l’aluminium qui a subi les foudres protectionnistes de Trump. En déclarant vouloir augmenter les taxes douanières de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium, le président américain s’est attiré de virulentes critiques de la part de toute la communauté internationale et notamment de la France. En effet, les exportations françaises à destination des États-Unis d’acier et d’aluminium s’élèvent à près de 441 milliards d’euros. Une hausse des tarifs douaniers américains représenterait donc une perte considérable pour la France.

Pourquoi la stratégie américaine peut faire débat ?

Ce protectionnisme peut faire débat sur plusieurs points. Effectivement, ce n’est pas forcément une stratégie payante. Mettre en place des barrières protectionnistes ne suffira pas à redynamiser l’économie américaine. Il faut d’abord se demander à qui profite cette élévation des barrières douanières.

Premièrement, le protectionnisme ne bénéficie pas à tous les citoyens américains. Plus précisément, elle profite aux industriels américains en perte de vitesse et à l’État qui voit ses recettes gonfler. Les industriels étrangers, plus compétitifs et donc proposant des produits à un prix plus faible voient leur prix augmenté par les taxes douanières. Ils ne bénéficient ainsi plus d’aucun avantage en matière de compétitivité-prix sur leurs concurrents américains. Les produits des industriels américains peuvent eux davantage se vendre puisqu’ils sont désormais « au prix du marché ». Les consommateurs sont donc lésés : ils payent un produit plus cher qu’ils ne le devraient si l’économie était totalement ouverte à la concurrence. Les Américains perdent alors en pouvoir d’achat. Or, la consommation étant un moteur de l’économie, le protectionnisme pourrait freiner l’économie tout entière.

Néanmoins, le protectionnisme est censé inciter les industriels à produire sur le sol américain, générant ainsi des emplois et permettant une baisse du chômage. C’est le pari que fait Donald Trump avec la mise en place de mesures protectionnistes. En effet, les industriels n’ont plus d’intérêt à produire à l’étranger pour diminuer leurs coûts de production puisque ces derniers sont renchéris par les taxes douanières aux portes des États-Unis. Ainsi, il peut être plus intéressant pour eux de produire directement sur le sol américain. Cela boosterait les emplois et contribuerait à dynamiser l’économie. Cependant, il faut que les taxes douanières soient suffisamment élevées pour générer ces incitations. Les résultats du protectionnisme sont donc ambigus ce qui justifie aujourd’hui le débat américain.

Les dangers pour l’économie mondiale

Le protectionnisme n’est donc pas forcément un remède miracle à la crise et peut de surcroît générer de nombreuses tensions au niveau international. C’est notamment ce qui est en train de se produire avec les dernières annonces du président Trump. Les dirigeants européens et chinois se sont ainsi levés face à ces « attaques » commerciales. Ils ont notamment menacé le président américain de représailles commerciales équivalentes sur les importations de produits américains en cas d’application effective de ces taxes douanières. Une escalade protectionniste est donc à craindre, ce qui pourrait être néfaste pour l’économie mondiale.

Les relations internationales pourraient donc être largement affectées par le protectionnisme américain. Seul le dialogue peut venir à bout de ce problème grandissant, afin de trouver des accords économiques et commerciaux convenant à chaque parti. La rencontre entre Emmanuel Macron et Donald Trump aux États-Unis la semaine passée peut être la prémisse d’un apaisement des tensions commerciales entre l’Europe et les États-Unis.

Crédit photo : Les Echos