Sorb’on à Cannes : “Le Festival de Cannes, c’est présenter le monde au monde”, entretien avec Pierre-Wiliam Glenn

Sorb’on à Cannes : “Le Festival de Cannes, c’est présenter le monde au monde”, entretien avec Pierre-Wiliam Glenn

Vous avec certainement du vous en rendre compte, Sorb’on est au Festival de Cannes. À cette occasion nous avons pu rencontrer Pierre-Wiliam Glenn, directeur de la Commission Supérieure Technique (CST) du Festival.

Que pensez-vous de la sélection de cette année ? Quelle thématique en ressort ?

Je pense que la sélection est très gonflée cette année, elle est très rajeunie avec des réalisateurs qui n’ont pas forcément beaucoup tourné, il y a même un premier film ! Ce sont des gens de 30 à 40 ans, hommes femmes bien mélangés, de tous horizons. Je pense que cette sélection est dans la tradition très anticonformiste du Festival de Cannes de choisir des films qui présentent le monde au monde comme le faisaient les opérateurs Lumière, c’est-à-dire de présenter l’état du monde dans un cadre qui semble riche et privilégié. Il y a même une blague là-dessus qui est assez connue :

Vous savez la différence entre le football et le Festival de Cannes ? Bah le football c’est des pauvres qui viennent voir des riches jouer au foot, et le Festival de Cannes c’est des riches qui viennent voir des pauvres.

C’est la tradition cannoise de présenter des films extrêmement difficiles, le film égyptien Yomeddine par exemple est absolument génial, mais c’est effectivement une descente dans les bas-fonds du sous-prolétariat du monde, c’est assez bluffant. Présenter un lépreux comme personnage principal d’un film très émouvant et très bien filmé, c’est vraiment tout l’honneur de Cannes.

Avez-vous un favori ? Ou un coup de cœur ?

Non. Je répondrais éventuellement à cette question le 19 mai lorsque j’aurais vu tous les films en compétition, je n’en ai vu que 5 sur les 21 pour le moment, là je ne peux pas vous répondre.
J’ai cependant une grande tendresse pour Jean-Luc Godard, donc je le souhaiterais pour lui, mais il n’a pas besoin de cette notoriété. Je souhaiterais que son film soit aussi intéressant que ce qu’il a fait jusqu’à maintenant, je mise beaucoup sur lui. (La critique de la rédaction sur Livre d’Image de Jean-Luc Godard est à venir très vite sur Sorb’on !)

Depuis combien de temps venez-vous à Cannes ? Avez-vous constaté une évolution au fil des années ?

Je suis venu pour la première fois en 1973, donc ça fait maintenant 45 ans. Je trouve que le festival est de plus en plus technique. C’est de plus en plus difficile de le gérer comme il y a de plus en plus de monde, de plus en plus d’organisation nécessaire, et aussi des problèmes de sécurité depuis 3 ans pour les raisons que vous connaissez.
Mais je pense que l’idée du plus grand festival du cinéma du monde va perdurer. L’’idée de la qualité des projections image et son ici à Cannes, elle, perdure. Je suis content quand les Américains viennent nous dire « on ne verra jamais de films comme ça, de cette qualité, chez nous en Amérique » et c’est tout à fait régulier, presque récurrent.

L’indépendance d’esprit de Gilles Jacob a fait des sélections extrêmement gonflées, des scandales formidables. La Grande Boucle par exemple, ou les films de Kechiche pareil, scandales formidables. On ne parle pas de la qualité des films, mais du principe de refuser la norme bienséante et bien pensante, ça c’est une grande qualité du Festival de Cannes. Nous avons un délégué général qui est un homme de caractère pour lequel l’artistique doit être au premier rang. Ça, il n’a jamais transjuger là-dessus, il a une grande force de caractère. Ça peut sembler autoritaire, mais il est obligatoire par rapport à l’impression des vendeurs de popcorn, de défendre l’autonomie et l’existence du cinéma indépendant.

Une édition vous a-t-elle particulièrement marqué ?

Non pas vraiment. Mais je tiens à rendre hommage à Pierre Rissient, qui était le gourou de Cannes. C’est lui qui a amené le cinéma asiatique, le cinéma de Hong-kong ainsi que des grands noms comme Jerry Schatzberg, Clint Eastwood ou Quentin Tarantino. Il allait chercher les gens, tout le cinéma coréen par exemple… Toutes les découvertes ont été faites par un type qui s’appelait Pierre Rissient qui est mort vendredi dernier. Le festival lui rendra hommage la semaine prochaine.

Sinon j’ai toujours été intéressé par le festival, je vois tous les films de la sélection officielle, je ne peux pas en voir plus de 25 avec toute l’activité jours et nuits lors de la quinzaine. Mais je n’ai pas de déception du Festival de Cannes, c’est un festival qu’il faut défendre et renforcer  ; défendre ses prérogatives, une présentation du cinéma mondial ici, et la diversité, l’idée de la diversité culturelle qui est la base de notre réflexion à tous, à vous aussi je l’espère.

Hits: 76