Kings : Les rois d’un monde qui leur échappe

Kings : Les rois d’un monde qui leur échappe

Avec déjà une nomination au festival du Film de Toronto, Deniz Gamze Ergüven revient au cinéma avec sa nouvelle œuvre Kings. Des stars hollywoodiennes, de jeunes visages expressifs jusqu’alors méconnus du cinéma sont à l’affiche dans ce nouveau film à ne surtout pas manquer !

Après le succès de Mustang, Denis Gamze Ergüven est à l’honneur pour son film Kings. Elle nous présente un apparent parallèle entre le combat actuel de « Black live Matter » et l’évènement Rodney Kings, qui s’est passé il y a maintenant 26 ans dans un quartier populaire de Los Angeles.

Cette affaire est vécue à travers les yeux d’une femme afro-américaine, se nommant Millie. Cette dernière est une mère aussi douce qu’affective avec ses enfants et ceux qu’elle accueille avant leur adoption. Malgré des conditions de vie plutôt précaires, elle se dévoue pour ces jeunes dont l’avenir est incertain au sein d’une Amérique marquée par la peur. Cette année est marquée par le procès Rodney King qui provoque un frémissement, un grouillement, un embrasement sans précédent dans la communauté noire américaine des années 1990. Millie, interprétée par la charmante Halle Berry, mère dévouée, fera tout pour protéger les siens. Film miroir de ce qui se passe actuellement aux États-Unis avec les nombreux morts d’Afro-Américains tués illégitimement par des policiers.

La fureur juvénile

C’est la jeunesse afro-américaine qui est sur le devant de la scène et le ton du film peut être donné en deux mots : amour et haine. La réalisatrice n’a pas manqué d’audace pour mettre en relief ces deux sentiments pourtant opposés. Entre Jesse (Lamar Johnson) qui tombe amoureux, William (Kaalan Walker) animé par un sentiment de haine et de rancœur de ses tensions raciales, ou encore Nicole (Rachel Hilson) tiraillée entre le sage Jesse et l’impétueux William : le brouhaha d’une ville qui se soulève est aussi bruyant et violent dans le cœur de ces adolescents.

Ce trop-plein d’amour et de haine en même temps a poussé Jesse à commettre l’irréparable en tuant son frère adoptif. Acte qu’il a commis d’un geste impulsif après avoir appris la liaison secrète qu’il entretenait avec Nicole, tout en voulant la sauver de la violence de ce dernier. Acte d’amour pour protéger Nicole ou acte de haine de la part de Jesse ? Cette diversité d’émotion marque malheureusement un flou difficile à essuyer.

Cette vivacité et cette fougueuse désinvolture sont aussi présentes dans les personnages des enfants en pleine découverte de la vie. On les voit faire des bêtises et épuiser leur mère Millie au bord de la crise de nerfs. Ils passent par exemple à la télévision où ils sont interviewés en train de piller un magasin lors des émeutes.

Procès Rodney Kings : un bond en arrière

Ergüven réalise ce film au bon moment. En pleine période de controverse liée à de nombreux meurtres d’Afro-Américains innocents par des policiers. On nous montre une histoire similaire qui s’est passée il y a presque 30 ans. Il s’agit de celle d’une jeune fille tuée par balle qui a été soupçonnée d’avoir volé un jus d’orange. Cette histoire eut un fort retentissement et le procès n’a pas rendu justice à cette jeune fille. En effet, les quatre policiers présumés coupables du meurtre ont été libérés et innocentés. Cette injustice a provoqué de nombreuses émeutes et une indignation profonde de la population.

De plus, on ne peut que souligner le talent de la réalisatrice. On le constate notamment dans plusieurs scènes dont une qui rassemble les trois adolescents Nicole, Jesse et William en direction de l’hôpital dans une voiture engouffrée au milieu d’un nuage de fumée. Cette scène met en lumière l’aspect de guerre, d’incendie, et de bataille. C’est une image forte. Les jeunes semblent entrer en plein cataclysme. De plus, la réalisatrice superpose certaines vidéos tournées en temps réel lors de cette émeute de 1992. Cela donne du réalisme à cette œuvre et nous emporte au cœur de l’événement qui a fait trembler l’Amérique. Elle prend également certains plans de haut pour montrer la ville en plein chaos. Les nombreuses scènes plutôt rapides, coupées, et juxtaposées les unes aux autres montrent bien la frénésie de l’instant. Difficile tout de même de suivre ce film malheureusement un peu bancal.

Un film qui emprunte un chemin boueux

Il est contrariant de conclure que ce film est tout de même un peu casse-cou. Il passerait presque pour une comédie dramatique. C’est un film déséquilibré où règnent mauvaises transitions et mariage improbable d’émotions. Il est déstabilisant, mais de la mauvaise manière : on ne sait plus s’il faut rire ou pleurer. Il y a plusieurs juxtapositions de scènes difficiles à corréler. Au dernier tiers du film, on y voit une scène de Daniel Craig et Halle Berry menottés à un lampadaire en pleine rue. La première scène est complètement cocasse, voire comique, et se déroule pourtant dans une rue effrayante et abandonnée comme après un ouragan.

Le film prend alors la tournure d’un téléfilm romanesque complètement ridicule. Et pourtant, un événement bien plus dramatique se juxtapose à cette scène. On y voit Nicole au volant d’une voiture accompagnée par William mort sur les genoux de Jesse en direction de l’hôpital. Difficile donc de s’y retrouver entre romance pittoresque et événement dramatique. C’est à se demander si le film n’aurait pas été mieux si on supprimait l’histoire d’amour des deux acteurs hollywoodiens qui fait tache.

De plus, la réalisatrice tente quelques images sur le ton de l’humour, mais difficilement réalistes. En effet, par exemple les enfants, après avoir fugué, sont dans une situation plus qu’inquiétante. Pourtant ils passent à la télévision le sourire aux lèvres, alors que dehors c’est le chaos total.

Le mot de la fin

Voilà, un film plein de rebondissements que nous propose Ergüven, en traitant la vie d’adolescents qui subissent la pression extérieure en essayant de construire leur vie intérieure. C’est un film qui trouve malheureusement difficilement sa voie en empruntant un chemin épineux.