Jean-Luc Godard à Cannes, “le livre d’image” – critique

Jean-Luc Godard à Cannes, “le livre d’image” – critique

Jean-Luc Godard est en compétition à Cannes avec son dernier film : « Le livre d’images ». Un collage géant mettant bout-à-bout les souvenirs désorganisés du cinéaste. Sorb’on est allé voir le film et vous propose son « Regards Croisés ».

En sortant de la salle qui s’est vidée de moitié pendant la séance, on entend des spectateurs interloqués, voire indignés. « Si on me demande ce que j’en pense, je répondrai que c’est un navet ! Peut-être il y’en a qui ont aimé… Je ne sais pas, peut-être je n’ai rien compris ». Précisément, ce n’est sans doute pas dans le registre du plaire ou de la raison que le film s’inscrit. Ce film n’est pas à prendre comme tous les films…

Un concept plus qu’un film

Godard travaille plus un concept qu’un véritable film. Pendant 1h30 le spectateur s’ennuie. C’est dans un bazar gigantesque que Godard laisse sa pellicule rapiécée défiler à l’écran. Tout le film est un ensemble de micro séquences, de photos, de reportages, d’images, de sons mis bout-à-bout. Les uns sur les autres. Le spectateur devient un lecteur qui tombe sur un album photo dans le grenier d’une maison inconnue. Il regarde une histoire qui n’est pas la sienne.

Le concept est simple : donner à voir la mémoire à l’état brut, désorganisée, chaotique du vieux réalisateur. Une organisation douteuse qui laisse une seule impression : celle d’un spectateur perdu dans une mémoire traversée par des flashs. Les spectateurs qui sont partis se sont sentis, à raison, de trop dans ces souvenirs qui n’étaient pas les leurs.

Un film complètement hermétique

Le film ne peut pas plaire, c’est un concept. Il intéresse, intrigue, interloque. S’il fallait le juger d’un point de vue narratif, dramaturgique, ce serait un navet. Mais ce film n’est pas à considérer sur le même plan que les autres. Pas au-dessus, mais à côté. Ainsi, le film, si c’en est encore un, renverse le contrat du cinéma, implicitement signé entre le réalisateur et le spectateur. Les réalisateurs se livrent à une opération de partage de l’expression de leur sensibilité pour la rendre accessible à tous. Godard s’en fout. Son film est complètement hermétique. Mais cela semble logique, puisque c’est sa mémoire à l’état brut qu’il déroule. Or, quoi de plus personnel qu’une mémoire ? Ce film est un concept singulier qui devrait faire réfléchir à une nouvelle façon de faire du cinéma. Un cinéma dépourvu de destinataire. La question reste à savoir si cela reste du cinéma.

Un certain regard sur le monde

En vieux soixante-huitard, Godard ne manque pas à l’occasion des 50 ans de mai 68’ de laisser transparaître une certaine lecture du monde. Un monde noir, cru, haché par le regard du cinéaste. En effet, ce dernier pose regard assez cynique sur le monde. Un regard qu’il propose en empilant des scènes de tous les âges, des croisades aux conflits dans le golfe persique d’aujourd’hui. L’homme de Godard ressemble à un monstre violent. Et le film fait trembler le spectateur d’effroi avec des sons de balles, d’explosions, des voix rauques et noires qui se superposent en un sinistre canon.

Enfin, le film se termine, sur la photo, tutélaire d’un Louis Ferdinand Céline qui apparaît à l’écran suivi d’une scène de danseurs, qui tournoient. Un de ces derniers finit par s’effondrer, mort. Une image qui reste en tête et laisse pensif sur la vision du cinéaste sur la vie.

L’avis de la rédaction :

Si vous aimez les films vraiment conceptuels, si vous êtes curieux d’essais, allez-y. Mais si vous êtes encore attachés à une histoire, un scénario, des personnages, tout ce qui fait le cinéma, alors ce film n’est pas fait pour vous.