Bretch revu par la Compagnie à l’Affût, entre théâtre social et politique

Bretch revu par la Compagnie à l’Affût, entre théâtre social et politique

Les 1er, 2 et 3 juin, la Compagnie À l’Affût présentera son adaptation de la pièce de Bertolt Bretch Têtes rondes et têtes pointues. Ce conte horrifique des années 1930 raconte la mise en place d’une terrible doctrine, celle des Tchouches et des Tchiches, qui divise le pays en deux ethnies. C’est une troupe intergénérationnelle qu’ont choisi de faire jouer Julie Clot et Amélie Weyeneth, les deux comédiennes et metteuses en scène. Entre théâtre social et politique, Sorb’on a rencontré Julie Clot.

 Est-ce que vous pourriez vous présenter ? Votre parcours, votre métier… 

Julie Clot : Je m’appelle Julie Clot, j’ai 34 ans, je suis comédienne depuis douze ans à peu près et je travaille avec la Compagnie A l’Affût depuis quatre ans, je crois, en tant qu’intervenante en théâtre. Avec la compagnie on a différentes actions : on anime des ateliers de théâtre amateur, des ateliers de pratique artistique, pour les enfants, les adolescents, les adultes. La compagnie propose aussi des ateliers de théâtre forum, et d’autres actions aussi sont mises en place. Là, pour le sujet qui nous intéresse, c’est l’animation des ateliers adolescent et adulte. Moi je suis principalement une comédienne de théâtre et je suis aussi intervenante.

Vous adaptez une pièce de Brecht pour la compagnie. Pouvez-vous nous dire ce qu’elle raconte et pourquoi vous avez choisi de l’adapter aujourd’hui ? 

Cette année on souhaitait mettre en place un projet intergénérationnel, c’est-à-dire fusionner les troupes adolescente et adulte pour qu’elles fassent un spectacle ensemble. Il fallait donc qu’on cherche un spectacle où il y avait beaucoup de personnages et beaucoup de comédiens sur scène. J’avais proposé Têtes rondes et têtes pointues de Brecht, parce qu’il me semblait que c’était une pièce qui était toujours vraiment d’actualité, qui traite de sujets assez universels : le fossé qui existe entre riches et pauvres dans notre société, et aussi la discrimination. Là en fait il y a deux ethnies, les “têtes rondes” et les “têtes pointues” et le gouvernement en place dans le pays va essayer de détourner l’attention du peuple qui est très mécontent, qui crie famine, des vraies problématiques : ce fossé qui existe entre riches et pauvres. Il va essayer de trouver un bouc émissaire et inventer une catégorie de la population sur qui on va rejeter tous les maux de la société, les têtes pointues, les Tchiches. Et bien sûr, au final, on se rend compte que cette idéologie avait été mise en place pour essayer de détourner l’attention du peuple. Les vieilles catégories se remettent en place à la fin de la pièce, il n’y a plus de Tchouques, plus de Tchiches, de têtes rondes ni de têtes pointues, juste toujours cette distinction entre pauvres et riches. Il faut savoir que Brecht a écrit cette pièce en 1933, pendant l’avènement du nazisme, avant la mise en place du IIIe Reich.

Est-ce que vous avez été confrontées à des contraintes particulières dans l’adaptation de la pièce ? 

Oui (rires). A la base, c’est une pièce qui dure 2h50, donc bien sûr on ne pouvait pas proposer une pièce aussi longue, donc a dû faire énormément de coupes. C’est très compliqué vu qu’il y a beaucoup de personnages et qu’il fallait toujours bien sûr réussir à garder le sens et un certain rythme dans le texte. On a essayé de ramener le spectacle à environ 1h45, ce qui est déjà beaucoup pour un spectacle amateur. Au départ, on avait aussi peur que le texte, décrit par Brecht comme un “conte horrifique” – c’est vrai qu’il peut paraître assez noir même s’il y a de l’humour derrière – ne parle pas aux adolescents, qui ont finalement été très intéressés par le texte.

C’est une troupe intergénérationnelle. Pourquoi vous avez choisi de jouer avec plusieurs générations et qu’est-ce que cela apporte à la pièce ? 

En fait, il y a toujours eu trois troupes dans la compagnie A l’Affût : une troupe enfant, une troupe ado, une troupe adulte. C’est vrai que c’était des troupes qui se croisaient uniquement pendant les festivals qui étaient organisés en fin d’année et on voyait bien qu’il y avait des interactions super intéressantes entre eux, mais malheureusement, elles apparaissaient uniquement pendant trois-quatre jours pendant le festival, et ensuite tout le monde retournait à ses ateliers et ne se rencontrait plus. Donc on avait vraiment envie de se faire rencontrer différentes générations qui ne sont pas forcément en contact dans la vie de tous les jours. Les ados, à part leurs parents, ils n’ont peut-être pas énormément d’interactions avec des gens de 45-50 ans. On s’est dit que ça pouvait être un moyen aussi de faire dialoguer ces deux générations, de les faire prendre du plaisir ensemble sur une scène.

Vous adaptez la pièce avec la Compagnie A l’Affut qui permet aux habitants des quartiers populaires du 13e de participer à différents ateliers artistiques. Comment la compagnie fonctionne ? Qui peut y participer ? 

Tout le monde peut y participer, même si vous n’habitez pas dans le 13e, mais c’est vrai qu’en général, on donne la priorité aux habitants du quartier. On a la chance d’avoir différents profils, surtout dans la troupe adulte, des gens d’horizons totalement différents : il y en a qui sont, certes en difficulté, mais le but c’est de les amener vers l’univers du théâtre. Ce sont des gens qui n’auraient pas forcément eu l’occasion de participer à des ateliers. On essaye de rendre la culture, et le théâtre en particulier, accessible à tous, et essayer de faire oublier que c’est quelque chose qui peut parfois apparaître comme élitiste.

Ce sont des gens qui viennent notamment grâce à la promotion au niveau du quartier ? 

Oui, voilà, on participe en début de saison à des portes ouvertes, et caetera, et on travaille beaucoup avec des centres sociaux du 13e, notamment le centre social Chevaleret et le centre social Toussarego. Ils ont un certain public et nous amènent des personnes qui participent déjà à d’autres ateliers qu’eux mettent en place dans leur centre.

J’ai vu aussi que vous proposiez du théâtre forum… 

Alors, moi je ne m’occupe pas forcément de la partie théâtre forum, mais c’est un petit peu dans l’idée du théâtre outil, c’est-à-dire utiliser le théâtre comme un outil social pour aborder certaines problématiques. Par exemple la Compagnie organise des ateliers débats autour de thématiques comme la parentalité, la laïcité… à travers le théâtre, essayer d’aborder, et pourquoi pas de résoudre, certains problèmes que les gens peuvent rencontrer au quotidien.

Quelque chose à ajouter ? 

Venez, venez, étudiants de la Sorbonne, on sera heureux de vous accueillir ! (rires)

Informations pratiques :

  • 1, 2 et 3 juin au théâtre Aleph (30 rue Christophe Colomb, Ivry – M7 Pierre et Marie Curie)
  • Vendredi 1 et samedi 2 à 20h30 et dimanche 3 à 18h
  • Tarif plein 10e, réduit 8e (chômeurs, étudiants etc.)
  • http://www.compagniealaffut.com/

Crédits photo : Olivier Lacanal