Feydeau, l’intemporel

Feydeau, l’intemporel

Jusqu’au 19 août 2018, la Compagnie Acquaviva, du nom de son metteur en scène Raymond Acquaviva, présente deux pièces d’un acte chacune de Georges Feydeau : Feu la mère de Madame et Mais n’te promène donc pas toute nue !. La succession de ces deux pièces permet au metteur en scène et sa troupe de traverser les époques et d’explorer l’intemporalité des textes classiques telle que la ressent le metteur en scène.

La représentation commence – avec Feu la mère de Madame – dans un appartement du début du XXe (cadre initial des premières représentations des pièces de Feydeau). Un homme (Mathias Marty), ayant oublié ses clés, réveille sa femme Yvonne (Aurore Medjeber) en pleine nuit. La pièce est un vaudeville. L’arrivée de Lucien en costume de Louis XIV dans la chambre de sa femme, sa confusion due à une soirée animée et la rage énergique de la jeune femme permettent une immersion instantanée et délicieuse dans le comique du dramaturge.

Une performance réussite de l’art du vaudeville

Le théâtre de Feydeau est réglé comme du papier à musique. Le rythme des répliques et le jeu des comédiens demandent donc une certaine rigueur et une énergie. Celles-ci sont déployées avec éclat et réussite dans cette représentation de la Compagnie Acquaviva. Aurore Medjeber est animée d’une énergie communicative. Elle complète et renforce son interprétation par les nuances qu’elle donne à son personnage. Cela permet ainsi une dynamique dans les échanges avec les autres comédiens. Les quiproquos du couple, ponctués par les plaintes d’une servante ensommeillée et à bout de nerfs (Juliette Storaï), nous font rire de bon cœur.

Crédits – Matthieu Camille Colin

Vers une réinterprétation singulière

La transition vers la deuxième pièce de la représentation — Mais n’te promène donc pas toute nue ! — révèle la singularité de l’interprétation de Feydeau par la Compagnie Acquaviva. A la fin de la première pièce, les comédiens se lancent eux-mêmes dans la transformation du décor. Les panneaux amovibles de papier peint à fleurs donnaient du relief à l’appartement 1900. Ils révèlent un revers dans les teintes grises et modernes. Les comédiens accompagnent alors leurs mouvements de chansons sur les femmes ; d’abord les hommes face public pendant que les comédiennes redécorent l’intérieur, puis l’inverse, embrassant l’audience de regards malicieux et pétillants.

L’évolution subtile du décor de la chambre début XXe nous emmène dans un salon d’appartement contemporain. L’intrigue, transposée en 2018, tend à prouver l’intemporalité des pièces de Feydeau. Une altération des noms des politiciens évoqués est réalisée dans cette deuxième pièce (Deschanel devient Alexis Corbière et Clémenceau, Mélenchon). Néanmoins, le texte reste majoritairement respecté. Il prend vie et sens dans cette interprétation transposé dans notre propre contemporanéité. Le comique, les quiproquos et situations du théâtre de Feydeau n’ont pas d’époques. C’est cette intemporalité qu’incarnent la mise en scène Raymond Acquaviva et le jeu de ses comédiens.

Crédits – Matthieu Camille Colin

Face à la complexité de jouer les personnages de Feydeau dans leur sincérité et énergie explosive, la comédienne Aurore Medjeber explique : « La comédie c’est un rythme, c’est de la musique » et cela, elle l’a appris avec Raymond Acquaviva ; « c’est le maestro ». Avec sa troupe intégralement composée de comédiens issus de son école de théâtre (Le Cours Acquaviva/Ateliers du Sudden), le metteur en scène privilégie le sens des textes sur leur forme et époque de création initiale, dans une défense et démonstration de leur pertinence qui traverse les âges. L’oreille musicale et le travail de cet homme de théâtre attentif à la rythmique des textes influence et singularise la représentation. Feydeau faisait répéter ses comédiens au rythme d’un piano. Ainsi, cette qualité du metteur en scène est une promesse de respect d’une énergie caractéristique et voulue par le dramaturge.

Les classiques au présent

Contemporaines à l’époque de leur écriture, devenus classiques par l’épreuve du temps, les vérités humaines et émotions que les textes classiques véhiculent sont pertinentes au présent. Comme l’explique Raymond Acquaviva, les costumes d’époques pour des pièces d’époques peuvent donc créer l’illusion d’une distance entre la représentation théâtrale et l’audience. La manière de dire le texte est également fondamentale. Dans le respect des mots initiaux écrit par les dramaturges classiques, la diction et le jeu du comédien, dans une interprétation contemporaine, peuvent ainsi réaffirmer le sens des textes pour une audience que risque de perdre une représentation dictée par la fin d’un vers.

Une belle soirée empreinte de talentueuse légèreté dans la redécouverte de l’univers de Feydeau !

Feu la mère de Madame / Mais n’te promène donc pas toute nue ! de Georges Feydeau, mise en scene Raymond Acquaviva. Avec et en alternance : Maxime Béhague, Aurélie Frère, Marion Jadot, Jérémie Laure, Mathias Marty, Aurore Medjeber, Quentin Morant, Florent Mousset, Juliette Storaï et Michaël Zito.

Informations complémentaires :

  • Jusqu’au 8 juillet 2018, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 17h
  • du 11 juillet au 19 août 2018 du mercredi au samedi à 20h, dimanche à 17h.
  • Tarif réduit (11 euros) pour les moins de 26 ans.
  • Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris. www.lucernaire.fr

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