Attentat de Nice : portrait d’une victime sur les murs de la ville

Attentat de Nice : portrait d’une victime sur les murs de la ville

Un mur peint dans une rue de Nice. Dessus, un visage, celui d’une adolescente tuée il y a maintenant deux ans lors de l’attentat de Nice du 14 juillet sur la promenade des Anglais, qui a fait 86 morts et 458 blessés. Des stigmates encore présents chez les proches des victimes, surtout en cette période, à l’approche des commémorations.

On allait aux feux d’artifices, voir ces étoiles de pas longtemps” chante Calogero dans un de ses derniers titres. C’était il y a deux ans : un camion fonçait sur la foule rassemblée là pour regarder les feux d’artifices du 14 juillet. Une artiste, Nicola Antonia Schmid a décidé de revenir sur cet événement en faisant sur un mur de la ville un portrait géant d’une des victimes de l’attentat, Amie Vimal, qui avait 12 ans.

“Cette histoire m’a rendue muet”

“Au départ, c’est une raison très personnelle. J’étais en Allemagne quand les attentats ont eu lieu à Nice. C’était tellement loin que ça ne me concernait pas. La probabilité que je connaisse quelqu’un qui soit concerné était faible. C’est alors que je reçois un mail d’une amie, où elle me disait que sa fille était morte. J’étais effondrée.

J’ai arrêté de lui parler, de lui écrire. J’ai installé une distance pendant un an, une barrière, pour me protéger. L’événement m’a rendu muet. J’étais incapable de parler à une femme à qui est arrivé la pire chose qui peut arriver à un être vivant.”

“Une déclaration d’amour à la vie, et un appel à la liberté : un garde mémoire”

“J’ai fait une demande à la ville de Nice qui m’a été accordée. J’ai donc dû recontacter la mère de la victime. Dès le début, les parents ont dit oui pour le projet et ils en sont très heureux. On s’est rencontrés à nouveau devant le mur: ça fait des vagues… Le portrait fait une taille considérable en plus. Je ne veux pas installer de tristesse ou de lourdeur. Cette peinture est une déclaration d’amour à la vie et un appel à la liberté. Un garde mémoire.

Faire cette peinture m’a coûté très cher en émotion. Il y a eu des moment hauts et d’autres très bas. C’était un vrai plaisir de pouvoir m’étaler sur un mur. Et puis quand je me suis aperçu de ce que je faisais, que je peignais le portrait d’une morte et que c’était le maximum de ce que je pouvais faire, je me suis sentie faible et incapable. J’ai même dû arrêter. J’ai pris une semaine à faire la peinture, entre le 2 et 6 juillet.” 

Contacté, le père d’Amie nous a raconté son ressenti après avoir vu le portrait 

“J’aime bien la voir en street-art. Le côté urban, rock’n’roll, symbolique… J’ai posé la main dessus, c’est dur et rugueux, j’ai bien aimé. Après, voir la tête d’Amie en grand comme ça sur un mur public, tu te dis “comment ça se fait ? Il s’est passé quelque chose ? Elle a gagné The Voice ? Ah mais non putain, elle est morte en martyre et c’est pour ça”.”