La Montagne d’Or : une solution miracle pour la Guyane ?

La Montagne d’Or : une solution miracle pour la Guyane ?

En forêt guyanaise, un projet pour construire la plus importante mine d’or de France provoque des tensions au sein de la population. L’exploitation commencerait en 2022 et durerait 12 ans. La future mine serait située dans l’ouest du département. Le projet est porté par la Compagnie minière Montagne d’Or qui rassemble le Russe Nordgold et le Canadien Colombus Gold.

En mars 2016 plus de 10 000 personnes sont descendues dans les rues de Cayenne : 20% de la population est au chômage (c’est deux fois plus qu’en métropole) et ce chiffre double pour les 15-24 ans. Montagne d’Or serait une sérieuse source d’emplois directs et indirects, mais aussi un désastre écologique.

La mine s’étendrait sur plus de 15 km² et serait située entre deux espaces naturels protégés. 57 000 tonnes d’explosif, 46 000 tonnes de cyanure et 195 millions de litres du fuel seront nécessaires pour l’extraction. A elle seule, la fosse fera 2.5 kilomètres de long, 400 mètres de large et 220 mètres de profondeur. En 12 ans, 54 millions de tonnes de minerais seront extraits, soit 85 tonnes d’or. Cela représente 3 milliards d’euros.

Les problématiques autour de l’extraction minière

L’équivalent de 820 terrains de football devra être déboisé. Mais de nombreuses espèces rares ont été identifiées sur ce site. La Guyane concentre 80% de la biodiversité européenne. Elle inclut une partie encore intacte de la forêt amazonienne. Plus de 2 000 espèces végétales et animales y sont répertoriées, dont 127 espèces protégées. En pleine sixième extinction de masse, ces déboisements sont très critiqués.

Il y a la pollution chimique des sols et de l’eau. Selon Greenpeace, « le cyanure et les métaux lourds rejetés lors de l’extraction de l’or vont polluer les cours d’eau et les nappes phréatiques. Les conséquences sur la santé des populations locales seront désastreuses : les 3 500 mines de l’Hexagone, aujourd’hui fermées, font toujours l’objet de plaintes de riverains, atteints de cancers, de leucémie, de déficiences cognitives… ». Il est à noter que les députés européens ont demandé sans succès à la Commission européenne via deux résolutions en 2010 et en 2017 d’interdire le cyanure dans l’industrie minière des États membres. Néanmoins l’Allemagne, la Slovaquie, la République Tchèque et la Hongrie l’ont interdit dans leurs législations. Les pollutions sonores et visuelles seront aussi très présentes.

Consommation et risque du projet

La mine consommera 470 000 litres d’eau par heure selon une étude réalisée par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (disponible ici). Les besoins électriques représenteront 20% de la consommation électrique totale guyanaise selon France Nature Environnement. La mine augmenterait les émissions de gaz à effet de serre de la Guyane de 60%.

Les risques d’éboulement et de glissement de terrain sont aussi à craindre dans un contexte de réchauffement climatique. Les accidents de ce type ne sont pas rares. Selon l’ONG Sauvons la forêt, « il y a eu au moins 25 ruptures de digues minières dans le monde depuis 2000 ». On peut citer par exemple la mine Baia Mare en 2000 en Roumanie. C’est le plus grand désastre écologique européen après Tchernobyl. Plus récemment en 2015 il y a eu la coulée de boue toxique d’une mine au Brésil. Elle a été surnommée le « Fukushima brésilien ».

La compagnie assure, quant à elle, qu’elle « s’inscrit dans le projet de charte de mines responsables » et qu’elle veut « rassurer la population pour que la mine soit perçue comme une industrie d’avenir, respectueuse de l’environnement, qui a des impacts, certes, mais maîtrisés ».

Des prises de position

Ce projet minier est défendu par la majorité des élus locaux, par le MEDEF et par le Président de la République Emmanuel Macron : « On va tout faire pour que ce projet voit le jour ». 750 emplois directs sont en jeu. Mais Pascal Canfin, directeur de WWF France, indique que « les subventions dont bénéficierait le projet Montagne d’Or s’élèveraient à 420 millions d’euros sur la durée du projet, ce qui reviendrait à un coût de près de 560 000 euros pour chacun des 750 emplois créés. Un montant astronomique pour un projet en outre limité dans le temps. Une meilleure utilisation de cet argent public est possible en Guyane en l’investissant ailleurs ».

Des responsables politiques ont aussi pris position contre le projet Montagne d’Or comme Nicolas Hulot, Christiane Taubira ou encore Yannick Jadot.

En Guyane, le collectif Or de question a fédéré en un an une centaine d’associations. Il a obtenu le 18 novembre 2017 le prix de la Fondation Danielle Mitterrand. A la fin de 2017, selon un sondage IFOP ; ¾ des Guyanais estiment ce projet comme un risque important pour l’environnement. Plusieurs pétitions ont été lancées. Du 7 mars au 7 juillet 2018 a eu lieu une grande consultation publique dont le compte rendu va bientôt être publié.

Interview de Christophe Pierre, Konbini :

Interview Christophe Pierre par Hugo Clément

57 000 tonnes d’explosif, 46 500 tonnes de cyanure… Une future mega mine d’or menace les terres amérindiennes en Guyane. Christophe Pierre, porte-parole de la Jeunesse Autochtone, explique à Hugo Clément pourquoi il se bat contre ce projet

Publiée par Konbini sur Jeudi 28 juin 2018

Crédits photo : WWF