Sorb’on à Avignon #2 : Sujets à Vif, Programme B 

Sorb’on à Avignon #2 : Sujets à Vif, Programme B 

Huit nouvelles performances, huit nouvelles créations commandées à dix-sept auteurs et artistes conjointement invités par le Festival d’Avignon et la SACD. Sujets à Vif, une expérience entre l’incandescence et la prise de risque mais toujours dans une créativité pleine et entière.

Depuis plus de vingt ans, les Sujets à Vif se renouvellent sans cesse et démontrent chaque année la passion qui anime les artistes, les auteurs, toujours partants pour susciter, provoquer, séduire, interroger… et finalement surprendre le public. Telle est l’introduction du programme du Festival Officiel à ces représentations des « Sujets à Vif ». Celles qui nous concernent, le « Programme B », se divisent en deux scénettes ; l’une déconcertante, et l’autre d’une drôle et émouvante sensibilité.

« 4 », la mise en scène du geste et de l’absurde

Le Jardin de la Vierge est divisé, pour cette représentation, en deux espaces de même envergure. La scène, à un mètre du sol, en occupe une partie alors que de l’autre s’élèvent d’étroits gradins, le tout en plein air. Le décor de cette première scène est simple mais intriguant, un mur de papier carton se dresse devant lequel on a posé deux tréteaux soutenant une planche de bois parsemée de clous de différentes tailles et de deux marteaux. Le déconcertement commence à l’apparition d’un homme, en slip, grosses chaussures noires, et tête de kangourou (Claudio Stellato). Alors commence un acharnement en crescendo visant à enfoncer dans le bois ces clous. D’abord mécanique, cette tâche devient presque musicale.

Cette entreprise achevée, il se dessine dans le mur arrière – à la scie électrique – un dessin abstrait duquel des bras et des jambes émergent un à un avec lenteur et effort, et en emportent un pant telle une porte animée (Nathalie Maufroy). Derrière ce morceau de mur sur jambes, se découvre un homme en slip et grosses chaussures noires cette fois couvert de polystyrène une scie dans chaque main (Mathieu Delangle). La notion d’importance portée au mouvement plutôt qu’à sa finitude commence à apparaître.

Crédits : Christophe Raynaud de Lage

Cette scène ne raconte pas d’histoire. Les personnages sont plutôt des protagonistes fantastiques dévoués à une tâche absurde. Cette tâche exploite toutefois des outils de notre quotidien ici mis en scène au profit d’une représentation artistique. La représentation de ces corps dénudés, mis en tension par l’effort du geste mécanique, tend à un questionnement quant au sens de nos mouvements du quotidien. Il reste toutefois difficile d’engager avec cette représentation par son manque profond de contenu. Ce qu’il se passe sur scène nous reste hermétique, sinon la gêne quand l’homme kangourou échoue dans sa tentative de diviser la barre de bois clouté en deux. La contraction des muscles et la rougeur du corps attire la commisération et les rires gênés du public, finalement décontenancé par la scène.

« Toc toc en toc »

Emma la clown (Meriem Menant) arrive sur le plateau avec chapeau melon, costume d’écolière, et nez rouge (dont la couleur est atténuée par une couche de maquillage blanc) alors que le décor de la scène précédente est en déconstruction. Titillant les ouvriers, les encourageant à s’activer tout en éteignant l’aspirateur d’une technicienne, la jeune femme crée instantanément contact avec le public. En interpelant quelques-uns, ses blagues sont drôles et gentilles. Les mimiques dont elle ponctue ses phrases – tirage de langue et moues – participent à son humour.

Une table et une porte sont disposées côté jardin de la scène et Sophie (Sophie Bissantz) arrive. Soulagement d’Emma ! Sophie est bruiteuse et va accompagner Emma dans ses mimes. Créant ensemble des situations, elles nous emmènent dans une forêt quand Sophie fait entendre, à chaque pat d’Emma, crisser les feuilles sous ses pieds. La clown s’émerveille autant que nous de cette magie et la complicité des deux jeunes femmes est emplie de tendresse. Quand Emma se sent un peu perdu dans ces univers qu’elle mime « tous ces possibles ça m’effraie », elle appelle à l’aide Sophie qui la guide d’une voix chaude et rassurante. Elles créent, se taquinent, mêlant le public à leurs univers. Nous rions de la candeur d’Emma et des farces, dans ses bruitages, que lui fait Sophie.

Crédits : Christophe Raynaud de Lage

Finissant assises toutes les deux sur le devant de la scène, Emma chantant et Sophie jouant sur un piano en bois minuscule, c’est une vague de douceur qui submerge le public. Au delà de leur performance joyeuse, c’est la complicité bienveillante émanant des deux femmes qui singularise le moment passé avec elles.