Sorb’on à Avignon #4 : Olivier Py, « Pur présent »

Sorb’on à Avignon #4 : Olivier Py, « Pur présent »

Directeur, depuis 2013, du Festival d’Avignon, Olivier Py présente pour la 72édition du Festival une création. Celle-ci – Pur présent – se divise en trois parties intitulées : « La Prison », « L’Argent » et « Le Masque ». Quand le contenu est ancré dans des problématiques sociales et politiques contemporaines, le texte de cette pièce tire sa poésie d’une maîtrise soutenue de la langue du dramaturge, et de sa subtile utilisation de l’alexandrin.

Crédits : Christophe Raynaud de Lage

Une « tragédie de notre pur présent »

Au centre d’un grand entrepôt – théâtre éphémère de la Scierie le temps du Festival – se dresse une scène. Les spectateurs sont déployés en face, côté cours et côté jardin de cette estrade. Une peinture représentant une scène de combat dans une Cité forme la toile de fond. Contre cette scène, il y a un piano sur lequel l’interprétation, par Guilhem Fabre, de grands titres de la musique classique accompagnera l’action scénique, accentuant sa tension et exacerbant son tragique.

Pur Présent se compose ainsi de trois courtes scènes d’une petite heure chacune. L’intimité gagnée par le dramaturge et metteur en scène avec les tragédies d’Eschyle depuis une décennie et son travail dans des prisons se ressent donc dans l’intensité palpable de la pièce. Les trois comédiens enchainent confrontations et situations d’une violence extrême dans les mots autant que dans la tension constante des corps.

Crédits : Christophe Raynaud de Lage

Alternant les rôles au fur et à mesure des scènes, les comédiens Nâzim Boudjenah (jouant d’abord un caïd de centre pénitencier, puis un banquier sans scrupule) et Joseph Fourez (aumonier, fils, ministre) sont les deux figures incarnant le plus ces oppositions et conflits qui divisent la société. Ces moments sont d’une puissance exceptionnelle dans la dimension profondément viscérale de leur interprétation. Dali Benssalah nourrit ces joutes dans ses rôles de prisonnier et d’employé de banque mais surtout – et avec une puissance qui transcende le public – lors de ses plaidoyers qui informent l’audience de vérités sociales et politiques actuelles et alarmantes. Cette pièce est notre présent, purement notre présent, et l’urgence qu’elle démontre force l’éveil des consciences sur sa dimension tragique.

Crédits : Christophe Raynaud de Lage

Une problématique intemporelle et irrésolue ; comment vivre dignement ?

La pièce explore et expose alors le déterminisme social, le pouvoir de l’argent, le désir de dignité, la question de l’âme et de justice. Les conflits entre les personnages se complexifient de conflits internes chez les personnages que différentes aspirations divisent. Leur réalité est complexe, douloureuse, et leur évidente humanité renforce la puissance de la représentation.

La dernière scène de cette trilogie tragique – « Le Masque » – est ponctuée d’un leitmotiv chaque fois plus terrible que le désespoir du comédien masqué (Dali Benssalah) grandit : « Je voulais seulement vivre plus dignement ! »

Quel est donc la place des mots dans ces débats personnels et publics ? Sont-ils des images, des outils, des « êtres vivants » ? Ceux qui nous sont dits, hurlés, suppliés, dans la poésie musicale et magnifique du texte et de son interprétation nous touche au plus profond de notre être. Il n’y a pas de retour en arrière après Pur présent. Cette tragédie est la nôtre mais dans laquelle nous avons, toujours, le choix.

  • Pur Présent, texte et mise en scène par Olivier Py.
  • Avec Dali Benssalah, Nâzim Boudjenah (de la Comédie-Française), Joseph Fourez et Guilhem Fabre (piano).
  • Le texte de la pièce est publié aux éditions Actes Sud-Papiers.

Crédits : Christophe Raynaud de Lage