[Affaire Benalla #1] Auditions: c’est pas moi, c’est lui

[Affaire Benalla #1] Auditions: c’est pas moi, c’est lui

Ça pouvait être un simple incident. Pourtant, laxisme et mutisme des institutions en ont fait une affaire d’État. Celle qui est désormais lAffaire Benalla défraye la chronique et, pour une fois, l’opinion publique est unanime. Les institutions, de leur côté, patinent et se divisent.

La Commission d’enquête de l’Assemblée Nationale enchaîne les auditions de politiques et fonctionnaires, qui restent flous et opaques. Cherchent-ils à protéger leur poste, à couvrir le Président lui-même, ou bien cachent-il quelque chose de beaucoup plus grave?

Gérard Collomb: il ne se mouille pas

Le ministre de l’Intérieur a été auditionné pendant plus de deux heures le matin du 23 juillet. Il a notamment affirmé ne pas connaître Benalla et ne savoir «strictement rien» des fonctions de celui qui assure la sécurité du Président depuis plus d’un an.

À la question de la présence de Benalla le soir du 1er mai dans la salle d’information et de commandement de la Division de l’Ordre Public et de la Circulation (DOPC), Collomb s’est dit surpris de le trouver là.

On lui a rappelé que le lendemain des faits, le 2 mai, lui-même a été informé des actes de Benalla, sans pour autant en avoir informé le parquet. Or, l’article 40 du code de procédure pénale dispose que tout fonctionnaire ou représentant de l’autorité publique au courant d’un crime ou délit a l’obligation d’en informer le Procureur de la République sans délai. Dans sa défense, Gérard Collomb a prétendu s’être «assuré que tant le cabinet du Président de la République que le Préfet de police avaient été destinataires de l’information», et d’ajouter qu’il a pensé que «des mesures appropriées avaient été prises».

On retiendra de son audition d’une part qu’elle a été trop opaque pour en savoir plus, et d’autre part cette phrase qu’il a prononcée en parlant de l’Élysée et de la Préfecture de Police: « C’est à eux de prendre les sanctions et éventuellement d’en informer les autorités judiciaires». En somme, il ne savait rien et la faute est aux autres.

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb est auditionné par la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale le 23 juillet

Michel Delpuech: première erreur

Après le ministre de l’Intérieur, c’est au Préfet de Police de Paris d’être entendu. Auditionné pendant deux heures, il a donné aux députés un air dé déjà vu. Il ne «savait rien» et a affirmé que le ministère de l’Intérieur comme le cabinet de la Présidence, eux, savaient, puisqu’ils avaient vu les images de la Place de la Contrescarpe. Sur la question de l’Article 40, il ne considère pas y avoir manqué, puisqu’il a alerté le Procureur de la République… le 19 juillet, soit le lendemain des révélations du Monde et plus de deux mois après avoir eu connaissance des faits.

Delpuech a en revanche flanché sur un point. Il a prétendu avoir régulièrement croisé Benalla lors de fêtes comme le 14 juillet, après la finale de la Coupe du Monde, et «le 8 mai». Or, comme le lui a fait remarquer la députée France Insoumise Danièle Obono, Benalla, selon la version de l’Élysée, était suspendu du 4 au 19 mai. 

Par ailleurs, il a affirmé ne pas connaître Alexandre Benalla plus que ça. C’était sans compter sur le Canard Enchaîné qui révélait plus tard un document remettant en question ses propos…

Le préfet de police de Paris, M. Delpuech

Alain Gibelin: erreur fatale

Gibelin a également mis à mal la version de l’Élysée en expliquant que Benalla avait participé à des réunions sécuritaires pendant sa période de suspension. Cela n’a pas plu à l’Élysée. En effet, après son audition, il a fait parvenir un communiqué à la présidente de la commission des lois où il revenait sur ses déclarations. S’il a tenu ces propos, dit-il, c’est parce qu’il avait mal compris la question «à cause du bruit dans la salle». Peu convaincant.

Gibelin lors de la Commission d’enquête

Patrick Strzoda: il esquive (presque) habilement

Entendu le lendemain, le directeur du cabinet de l’Élysée, Patrick Strzoda, nie toute faute de sa part. Lorsqu’on lui demande combien gagne Benalla, ça jette un froid. Strzoda, visiblement gêné, enchaîne les périphrases. « Les moyens mis à la disposition de M. Benalla ne son ni privilèges, ni avantages!». Il prétend ensuite démentir des «rumeurs» selon lesquelles Benalla toucherait plus de 10 000€ par mois. «C’est faux!», s’emporte-t-il. Mais lorsqu’un député lui demande clairement de préciser la somme exacte que touche Alexandre Benalla, Strzoda refuse de répondre. Les députés s’énervent, la salle chauffe, la présidente rappelle à l’ordre et ça s’arrête là.

Auditionné le 24 juillet par la Commission d’enquête, le directeur du cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, est resté presque muet

D’autres auditions de responsables ont lieu les jours suivants, sans pour autant révéler quoi que ce soit de nouveau. Les députés de l’opposition sont furieux, et certains députés de la majorité sont perplexes. C’est le cas de Naïma Moutchou (LREM) qui a fini par se demander, en pleine commission d’enquête, si finalement l’affaire n’avait pas été «étouffée» et ses témoins sous «pression». 

Crédits photo: AFP