[Affaire Benalla #2] La majorité s’agite, l’État s’enfonce

[Affaire Benalla #2] La majorité s’agite, l’État s’enfonce

« La République est inaltérable », avait prononcé le Président de la République après les premières révélations. On le sait, Emmanuel Macron pèse chacun de ses mots, et s’il n’en a pas dit plus c’est qu’il n’y a pas assez réfléchi. 

Il lui aura fallu une semaine pour mettre en place ses premières déclarations. Entre-temps, c’est à la majorité et au gouvernement de faire le travail de communication.

Le mot d’ordre de la majorité : des “éléments de langage”

Christophe Castaner, chargé des relations entre le gouvernement et le Parlement, ouvre le bal. « Personne n’est protégé dans ce pays, quel que soit son statut » (CNews, 19 juillet). La phrase fait immédiatement réagir le syndicat de police Alliance, qui dénonce des « sanctions à deux vitesses », affirmant que « les policiers ne bénéficient jamais d’une quelconque clémence ».

Du côté de la majorité parlementaire, Richard Ferrand, président de la majorité LREM qui les dirige d’une main de fer, donne ses consignes. Les députés LREM ont pour ordres de reprendre des « éléments de langage » à communiquer aux médias. Pour détourner l’attention, ils doivent accuser « l’opposition [d’être] dans une alliance complice […] pour troubler et interrompre les débats ». Ces consignes ont été transmises dans un document rendu public par Le Figaro.

Le patron des députés LREM dirige le groupe d’une main de fer.  Crédit photo: AFP

Le Premier Ministre, entre les ordres du Président et les questions du Parlement

Le 20 juillet, les présidents des groupes d’opposition de l’Assemblée Nationale réclament que le Premier Ministre, Édouard Philippe, s’explique sur l’affaire devant le Parlement. En effet, l’article 49 de la Constitution dispose que « le gouvernement est responsable devant le Parlement ». Seulement, à la demande personnelle d’Emmanuel Macron, le Premier Ministre refuse de s’exprimer et dénonce à la place, comme sa majorité, une « obstruction parlementaire » de la part de l’opposition.

C’est lors de la séance de questions au gouvernement du 24 juillet que le Premier Ministre sera finalement contraint de s’exprimer. Les députés de la majorité prennent la défense du gouvernement et blâment l’opposition. 

Une opposition remontée à bloc

L’opposition, plus qu’à son habitude, s’est lancée sans retenue durant cette séance. Olivier Faure (Nouvelle Gauche) a remis en cause l’irréprochabilité de la République de Macron. En guise de réponse, Édouard Philippe a détourné le sujet sur une affaire qui, du temps des socialistes, avait mis des mois à voir se mettre en place une commission d’enquête.

André Chassaigne (Gauche Démocrate et Républicaine) met en cause Emmanuel Macron et sa pratique du « pouvoir concentré en un homme qui affaiblit l’État de droit ». Il propose également de réécrire la Constitution pour rendre son pouvoir « au Peuple ». 

Jean-Luc Mélenchon (France Insoumise) enfin, demande que le Président de la République se rende devant la Commission, car il s’agit du seul à connaître « toute la vérité ». Il demande ensuite au Premier Ministre les mesures qu’il compte prendre autour de lui pour « rétablir la vertu ». 

Le président du groupe FI a été le premier à réclamer une commission d’enquête. Crédits photo : AFP

Macron a parlé !

Le Président de la République a finalement décidé de s’exprimer. C’était le 24 juillet au soir, à la Maison de l’Amérique Latine. Sans médias et devant un cercle restreint de fidèles, il s’est exclamé « le responsable, c’est moi », avant d’ajouter « qu’ils viennent me chercher ! ». Ce discours a été très bien accueilli au sein de sa majorité… mais c’est tout.