[Affaire Benalla #3] L’État Macronien ne s’en sortira pas

[Affaire Benalla #3] L’État Macronien ne s’en sortira pas

On y croyait encore au début. Macron voulait une « République irréprochable ». Il avait pour ambition de « moraliser la vie publique » et donner l’exemple aux Français. C’était sans compter sur Benalla.

Aujourd’hui, dépassée par cette Affaire d’État, la Macronie voit son rêve de République irréprochable s’effondrer.

L’Intérieur et la police : de mauvaise foi ou défaillants ?

Il y a d’abord eu l’audition de Gérard Collomb. Il a dit et redit qu’il ne « savait rien ». Le ministre de l’Intérieur, c’est le numéro 2 du gouvernement et le numéro 3 de l’État. Or, s’il ne « sait rien », soit il cache quelque chose, soit il a manqué à son devoir.

Ensuite est venu Delpuech, le préfet. Lors de son audition, un député lui a fait remarquer que Benalla disposait d’un véhicule avec gyrophare et marques de police. Delpuech s’en est étonné, il a dit ne pas être au courant et a affirmé qu’aucune demande de disposer de ce véhicule n’avait été faite à la Préfecture. Il semble y avoir eu un très grave dysfonctionnement au sein de son service. On ne donne pas une voiture de police à n’importe qui. En France, la Constitution prévoit une séparation des pouvoirs. Ce ne sont pas aux équipes du Président de faire respecter l’ordre public.

La Présidence : muette et laxiste 

L’Élysée, de son côté, a prétendu avoir usé d’une « sanction adéquate » envers Benalla : sa mise à pied de deux semaines. Mais au gré des auditions, on se doute que la mise à pied n’a pas été respectée. En effet, tant Delpuech que Gibelin ont laissé entendre que Benalla était en fonction pendant sa période de suspension. Ce laxisme envers les proches des plus hautes fonctions de l’État est peut-être révélateur de la toute-puissance que Macron tire de la Constitution de la Ve République. Et on s’étonne que ça fasse scandale.

De plus, Benalla n’a été licencié que le 20 juillet, soit deux jours après les révélations, et presque trois mois après les faits. Macron a parlé, c’était un « comportement choquant », des faits « inacceptables » qui n’admettront pas « d’impunité ». Mais Macron savait. Et ce depuis le 2 mai. Pourquoi avoir réagi si tard, et surtout après les révélations ? Certains députés ont dénoncé une réaction tardive qui n’est là que pour calmer l’opinion publique, et pas pour faire respecter l’État de Droit. L’Elysée perd en crédibilité. 

Benalla sort du silence

Le principal intéressé s’est exprimé, d’abord au travers de ses avocats. Il s’est dit « abasourdi par l’utilisation médiatique et politique de son action du 1er mai ». Il considère par ailleurs que les manifestants qu’il a violentés étaient « deux fauteurs de trouble qui agressaient les policiers ». Et s’il est intervenu, c’était pour « prêter main-forte » aux gardiens de la paix. 

Le 25 juillet, il a livré un entretien au Monde. Il explique, entre autres, que Macron a mis en place autour de lui un système de cour qui admet des faveurs. Surprenant ? Bienvenue dans la Ve République Macronienne.

L’ancien responsable de la sécurité de Macron a déclenché une véritable tempête médiatique… et un silence radio du côté de l’Élysée

Que chacun prenne ses responsabilités

Si ces violences du 1er mai ont une si grande portée, c’est qu’il y a eu impunité, que ça s’est su, et que ça n’a pas plu. Cela révèle les rouages d’une République présidentialiste dure avec les uns et laxiste avec les autres. Le premier coupable, dit l’opposition, ce n’est pas Benalla, mais Emmanuel Macron. À travers Benalla, c’est l’État qui a failli.

En France, Macron a perdu sa crédibilité. À l’étranger, on considère qu’il est dans sa pire “crise”. L’image du Président jeune et entrepreneur est ternie définitivement. Cette affaire entachera désormais ses futures réformes et tout ce qu’il tentera d’entreprendre.

Face à ces évènements, on est tenté de voir en Emmanuel Macron le profil-type du grand chef d’entreprise qui fuit et nie tout en bloc lorsque le micro inquisiteur d’Élise Lucet vient révéler ses zones d’ombre. La République irréprochable est morte sans dignité.