Tour de France : au bout de leurs rêves

Tour de France : au bout de leurs rêves

Pendant trois semaines, les coureurs ont rêvé de lever les bras et marquer leur nom à jamais dans l’Histoire, celle du Tour de France. Le grand livre de la Petite Reine a désormais refermé son 105e chapitre riche en victoires et déceptions, avec toujours ce même et unique héros, le maillot jaune.

Les coureurs du Tour de France ont longé les bords de l’Atlantique pour s’élancer sur les pavés de l’enfer du Nord où la poussière s’est mêlée à l’espoir de victoire. Ils se sont ensuite aventurés sur les routes vallonnées et escarpées. Ils ont gravi les pentes des mythiques cols de la Grande Boucle : Alpe-D’Huez, Tourmalet, Aubisque. Une invitation au voyage parfois dans la brume laissant place à l’imagination des coureurs qui font de leur victoire un paradis sur terre.

Une odyssée à deux allures

L’univers du Tour peut aussi être un mirage où les routes se transforment en cauchemar. Entre détresse et désespoir, des coureurs et prétendants au titre final ont vu les routes briser leurs rêves : Vincenzo Nibali, Richie Porte, Mark Cavendish, Marcel Kittel et bien d’autres ont dû poser pieds à terre. Et que dire de ces virages qui peuvent propulser les coureurs au-delà des sentiers battus à l’image de Philippe Gilbert filant dans le gouffre et qui, au courage, finira l’étape. Et de ces coureurs malchanceux comme Lawson Craddock, lanterne rouge du début à la fin, tombé, finissant la première étape en sang sans renoncer à voir les Champs.

Ces imprévus de route n’empêche pas les autres protagonistes de mettre les voiles vers leurs rêves. Quand certains étaient contraints d’abandonner, d’autres ont franchi les paliers un à un. Le maillot vert a rapidement trouvé ses épaules, celles de Peter Sagan. Le maillot jaune a quelque peu hésité avant de trouver sa destination : il a changé d’épaules à plusieurs reprises avant de parer définitivement Geraint Thomas du jaune féerique, dont il rêvait tant dans l’ombre de Chris Froome, et malgré quelques attaques finalement sans conséquence et tardives des autres favoris.

Sur le chemin de l’utopie tricolore

L’an passé, Warren Barguil avait levé les bras par deux fois et glaner le maillot à pois. Comme un remake, Julian Alaphilippe réitère l’exploit. D’abord dans le Top 10, le coureur français a rapidement montré sa soif de victoire. Passant les cols en tête, rien ne semble arrêter le français descendant parfaitement à toute vitesse vers son rêve signant sa première victoire au Grand-Bornand. Dès lors, Julian Alaphilippe revêt le maillot de meilleur grimpeur, son nouvel objectif. Alors, il s’élance en quête de points à travers les cols alpins et pyrénéens, faisant des descentes son terrain de jeu favori tout en consolidant son maillot. Et puis, il y a eu cette descente avec en point de mire Bagnères-de-Luchon, antre de la deuxième victoire du français cette fois-ci avec le maillot à pois sur les épaules qu’il ne quittera plus jusqu’à Paris.

A Paris, un autre français monte aussi les marches à l’arrivée : Pierre Latour, coéquipier de Romain Bardet impuissant cette année et pourtant dans le Top 10, a au fil des étapes, consolidé son maillot blanc de meilleur jeune. Enfin, Arnaud Demare signe sa résurrection : à la dérive en montagne, bataillant avec le temps pour éviter le hors-délais, il passe la ligne en premier à Pau et complète le palmarès tricolore de cette édition.

Un dénouement fantastique

Et puis, les rêves finissent par n’être que souvenirs, les pages se tournant au fur et à mesure que les années passent. Et sur ces quelques dernières lignes, Sylvain Chavanel a écrit ses derniers barouds d’honneur toujours avec passion, échappé parfois seul à l’avant, seul aussi à entrer sur les pavés des Champs-Elysées pour savourer une ultime fois l’adrénaline qu’inspire les milliers de spectateurs acclamant le champion français qui tire sa révérence après dix-huit Tour, un record.

Trois semaines se sont écoulées au rythme rapide des contre-la-montre, de croisière de certaines étapes en ligne, mais toujours marquées par des victoires aux consonances de rêves. Quoi de plus beau que d’inscrire son nom au palmarès du Tour ? Et comme si le songe était déjà prédit, comme l’a si bien dit Laurent Jalabert, le TDF avait trouvé son podium final : le T de Thomas, le D de Dumoulin, le F de Froome, tel est le podium de ce Tour 2018. Comme si finalement tout était écrit à l’avance dans ce majestueux monstre qu’est le Tour de France, et qui pourtant offre toujours a ceux qui le peuvent d’aller au bout de leurs rêves.

Crédits photo: AFP