[Affaire Benalla #4]: En Marche (vers un conflit ouvert)

[Affaire Benalla #4]: En Marche (vers un conflit ouvert)

À l’heure où une nouvelle vidéo montre d’autres violences d’Alexandre Benalla au jardin des plantes, la majorité En Marche peine à rester crédible face à une opposition désormais unie dans ses dénonciations.

Après l’échec de la commission d’enquête dans l’affaire Benalla, l’opposition est entrée dans une démonstration de force avec deux motions de censure et de nombreuses critiques.

Vives tensions chez les élus

C’était la goutte d’eau. Le 26 juillet dernier, la présidente En Marche de la commission d’enquête a refusé d’accéder aux demandes du co-rapporteur, Guillaume Larrivé (LR). Celui-ci demandait à ce que «toute la chaîne hiérarchique» soit entendue par la commission, et notamment le secrétaire général de l’Élysée Alexis Kohler.

Son refus a fait bondir toute l’opposition. Guillaume Larrivé a fait part à la commission d’enquête d’un véritable ras-le-bol, dénonçant une « parodie » de cette commission par la majorité LREM. « Est-ce que l’Élysée souhaite torpiller nos travaux ? Je le crois », a-t-il accusé avant de « suspendre » sa participation à la commission d’enquête, entraînant son groupe Les Républicains derrière lui.

Ce fut ensuite au tour de la France Insoumise d’abandonner la salle. Le député Eric Ciotti a, quant à lui, parlé d’un « enterrement de première classe » de l’affaire par l’Élysée et sa majorité. Du côté des socialistes, Olivier Faure a dénoncé l’attitude de la majorité en soutenant que «les dés sont pipés». La commission d’enquête, volée en éclats, a échoué.

Une opposition de plus en plus médiatique

Puisque la commission d’enquête s’est révélée inefficace, l’opposition s’est lâchée sur les médias.
Ce qui ne leur a pas plu, c’est lorsqu’Emmanuel Macron a prononcé un discours à huis clos devant sa majorité, au lieu de venir s’exprimer devant l’Assemblée nationale ou sa commission d’enquête.

Sur Twitter, Guillaume Larrivé parle d’un « fan-club » de Macron pour désigner la majorité, tandis qu’Eric Ciotti mentionne une véritable « caste ». Alexis Corbière (France Insoumise), lui, dénonce « l’ivresse des cimes » dont le Président de la République serait atteint. Sur internet comme sur les plateaux télé ou radio, tous les bords politiques de l’opposition ont fustigé la majorité En Marche et son « obstruction » de la commission d’enquête.

De leur côté, les syndicats de police sont montés au créneau pour dénoncer les vices que révèle l’affaire. Yves Lefèvre, secrétaire général du syndicat unité-sgp police FO, n’a pas mâché ses mots. Il parle d’un Benalla qui « faisait régner la terreur », « sous la crainte et la menace verbale ». Pour le syndicat de police Alliance, Benalla était « exécrable ». Autant de comportements longtemps passés sous silence qui sont peut-être révélateurs d’un manque chronique de confiance entre les services de police et leur hiérarchie.

De la critique à la motion

À droite, les Républicains l’avaient annoncé, ils auraient déposé une motion de censure contre le gouvernement. Bien que leur souhait n’était pas de le renverser, ils voulaient néanmoins contraindre le Premier Ministre à s’expliquer devant l’Assemblée. La gauche, à son tour, s’est unie en dépassant les divisions des divers partis pour déposer elle aussi une motion de censure.

La motion LR a aussi été votée par une partie de la gauche, arrivant à 143 voix. La motion des gauches a réuni quant à elle 74 voix autour de son texte. Une motion qui dénonce entre autres « la dérive autocratique et [le] sentiment d’impunité qui prévalent au plus haut sommet de l’État ». Pour la défendre, le président de la France Insoumise s’est exprimé à la tribune de l’hémicycle : « Nous n’avons pas fini de détrôner les monarques », sans aucun doute à l’intention d’Emmanuel Macron.

LREM, dépassée, tire ses dernières cartouches

La majorité En Marche, de son côté, continue de crier à l’instrumentalisation de l’affaire Benalla par l’opposition. Sur BFMTV, la députée LREM Claire O’Petit a dénoncé une «affaire qui permet à l’opposition […] d’exister de nouveau, de manipuler les médias». Elle a voulu rassurer quant au déroulement des enquêtes: «vous avez tout qui est mis en place pour qu’on sache qui, quoi, est-ce qu’il y a».

Du côté du Gouvernement, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, continue de tout nier. Il a prétendu, une fois encore, en apprendre « tous les jours ». Du côté de la Justice, pour suivre l’affaire Benalla, un nouveau Procureur de Paris sera nommé dans quelques semaines. Le paradoxe : c’est Nicole Belloubet, ministre de la Justice et proche de Macron, qui choisira le nouveau Procureur.

Crédits photos: AFP