« Le Roi Arthur », une histoire celtique aux racines profondément humaines.

« Le Roi Arthur », une histoire celtique aux racines profondément humaines.

Pour cette rentrée théâtrale, Jean-Philippe Bêche offre au public parisien une création fruit d’un travail de quatre ans, « Le Roi Arthur ». Pour cette pièce qu’il a écrite, mise en scène et dans laquelle il incarne le rôle du Roi breton, Jean-Philippe Bêche n’a cherché à s’entourer que de « belles âmes ». Des combats d’épées à la magie noire, rien n’est laissé de côté pour emporter le public dans l’univers légendaire des chevaliers de la Table Ronde.

Joséphine Pruvot-Warin – Que représente « Le Roi Arthur » pour vous ?

Jean-Philippe Bêche – C’est extraordinaire. C’est un rêve qui est en moi depuis très longtemps et à un moment donné le déclic a eu lieu et voilà on le fait.

Pourquoi ce texte sur le Roi Arthur ? Vous dites que vous le portez en vous depuis longtemps.

Je suis passionné par les légendes arthuriennes depuis gamin. Ça me fascine: les symboles très forts et la forme magnifique. C’est un monde sublimé, chevaleresque. Et il y a l’amour courtois de cette époque-là. J’ai beaucoup lu là-dessus et ai été très inspiré par Chrétien de Troyes. Ce que j’aime c’est l’entre-deux-mondes, c’est de passer du monde avec les dieux anciens au monde nouveau qui sera initié avec le Moyen-Age, puis avec le siècle des lumières, l’évolution. C’est aussi une histoire très authentique qui est ancrée dans nos racines, celtiques mais également profondément humaines. Ce que j’aime aussi c’est sa forme aujourd’hui théâtrale qui est très shakespearienne, ses rapports d’amour, de pouvoir, de passions…

Ce côté shakespearien est-ce que vous le créez dans le texte ou l’aviez-vous ressenti de l’histoire ?

Je trouve que c’est déjà là. Je cherchais une pièce et je n’en ai pas trouvé, ça n’existe pas. Il y a énormément d’écris, il y a eu plein de films, plein de choses. Mais de pièce de théâtre. Alors je me suis dit « je vais l’écrire ». J’ai mis assez de temps pour l’écrire, j’ai laissé le manuscrit, j’y suis revenu. Et puis je l’ai fait lire un peu partout, j’ai osé montrer mon bébé et les retours étaient prometteurs alors je me suis dit que j’allais le faire.

Pourquoi cet accent sur la tragédie ?

Parce qu’Arthur, on rigole beaucoup avec ça. Il y a eu des parodies de faites, que j’adore. Mais pour moi Arthur c’est une histoire sérieuse. C’est tragique ; c’est un destin douloureux pour un roi qui essaye de maintenir un équilibre, qui rêve d’un monde beau, mais ce n’est pas si simple. Il m’émeut particulièrement ce roi. Donc j’ai décidé qu’il fallait le monter en tragédie. Il faut que ça soit romanesque et d’une sincérité et authenticité totale pour rendre un hommage magnifique à cette légende-là.

Comment allez-vous travailler ces scènes de batailles ? 

J’ai un maître d’armes fabuleux, François Rostain qui est le meilleur (rires). Et j’ai eu une idée que j’ai mis en place dès la lecture ; je travaille avec un percussionniste, Aidje Tafial. Je veux l’inclure dans l’histoire dans le sens où les percussions vont devenir un langage à part entière dans la narration de la pièce. Ce qui va se passer avec les percussions est indissociable du rythme des répliques, de la narration et du jeu des comédiens. Cela crée un univers et une ambiance forte, puissante.

Vous évoquez la découverte ou redécouverte des personnages, comment allez-vous créer cela ? 

Avec ma vision des personnages, l’amour et l’empathie que j’ai pour eux. Ce que je voulais c’était recentrer l’humain dans tout ça ; c’est-à-dire que ce sont des hommes et des femmes qui se débattent dans un monde qui leur échappe notamment avec la magie et la fée Morgane. Et pour qu’on puisse s’identifier à eux il ne faut pas qu’ils soient loin de nous.

Vous avez écrit la pièce, vous la mettez en scène et vous allez également interpréter le rôle d’Arthur. Comment approchez-vous votre travail dans ces différents rôles ?

C’est le plus difficile. Je ne pensais pas le jouer au départ, et je suis finalement obligé de le jouer, c’est une question de disponibilité de comédien. L’aventure s’est faite très vite à la Cartoucherie. J’ai décidé de le jouer et comme je l’ai vraiment en moi, c’était comme une évidence.

Maintenant c’est le plus difficile parce qu’il faut avoir une très bonne assistante (rires); Catherine Azzola. Je vais avoir besoin de deux regards, j’aurai une partie du cerveau qui contrôle la mise en scène et puis une autre qui doit jouer Arthur. C’est un exercice tout nouveau pour moi. Il faut avoir une équipe solide. Il y a énormément de bienveillance et d’amour dans mon équipe. Et c’est la clé de la réussite dans un spectacle.

Quelle place a cette aventure dans votre parcours artistique personnel ?

C’est un projet que j’ai attendu depuis si longtemps que je suis entre les larmes et l’évidence. Aujourd’hui c’est comme un destin auquel on ne peut pas échapper. Ça devait arriver maintenant. Il faut faire confiance à son étoile et je crois très fort à cela. Et à ma maman qui me protège quelque part. Je suis très mystique (rires), mais c’est pour ça que j’aime cette histoire-là. C’est peut-être mon Graal à moi.

Vous évoquiez l’intensité d’Arthur. Là je m’adresse au comédien, comment est-ce que vous la travaillez cette intensité ?

La seule valeur c’est la sincérité. Comment trouver son chemin le plus sincère à travers le personnage. Ne pas l’aborder avec des idées qu’on va plaquer sur lui. Etre tout petit par rapport à lui, être le plus humble possible. Et après évidement c’est le travail à travers le texte et la mise en scène où toute la force et l’intensité ressortira. Il faut qu’il y ait une espèce d’urgence, que du début à la fin du spectacle on ne lâche personne. C’est-à-dire que les spectateurs soient plongés dans une sorte de frénésie. Et ça il faut que je l’insuffle à tout le monde, ce n’est que de l’énergie.

Et est-ce que le texte continue d’évoluer maintenant que vous êtes avez commencé répétitions ?

On essaie d’être respectueux du texte mais l’avantage c’est d’avoir l’auteur et quand vraiment il y a quelque chose qui ne fonctionne pas on peut modifier des choses. J’ai cette souplesse-là heureusement ! En le travaillant on peut peaufiner et c’est très agréable. 

Vous évoquez le théâtre organique pour votre pièce, qu’est-ce que cela signifie ?

Ça c’est parce que c’est sanguin. Je dis souvent un « théâtre de chair », mettre de la chair, pas que ça soit cérébral. Il faut que ça soit vécu. Par exemple une percussion résonne au fond de nous et c’est pour ça que ces rythmes-là nous parlent.  Ça résonne comme un battement de cœur au fond de nous. Et organique c’est ça, c’est l’authentique.

Infos pratiques : 

  • Le Roi Arthur, avec la Compagnie du Rameau d’Or, écrite et mise en scène par Jean-Philippe Bêche.
  • Au Théâtre de l’Epée de Bois, La Cartoucherie, Route du Champ de Manœuvre 75012, Paris.
  • Du jeudi 6 au dimanche 23 septembre. Jeudi, vendredi et samedi à 21h30, dimanche à 16h00.
  • Réservations au 01 48 08 39 74 ou sur https://www.epeedebois.com/

Crédits photos : Cédric Vasnier