Activisme : étudiants anglais et français ont beaucoup à apprendre les uns des autres.

Activisme : étudiants anglais et français ont beaucoup à apprendre les uns des autres.

Si loin mais pourtant si proche. Etudiants anglais et français sont animés par la même passion pour l’activisme.Tradition chez les Français, puissant chez les Anglais, les mobilisations et les revendications ne font pas peur à ces étudiants.

Portrait de deux écoles que tout oppose mais pourtant si complémentaires dans l’engagement et l’activisme étudiant.

L’activisme étudiant en France, une tradition

D’un côté, les jeunes étudiants français, animés par la ferveur de leur Histoire et de leur activisme reconnus aux quatre coins du monde. Malgré cet héritage enflammé, ces étudiants observent leurs limites dans un certain manque de consistance. En effet, il apparaît assez facile, même naturel, de rassembler les étudiants français sous un même étendard lorsque leurs droits sont menacés. Cependant, il semble un peu plus compliqué de mobiliser de tels mouvements de masse sur des problèmes plus vastes mais qui méritent tout autant d’indignation.

Célia, étudiante à Paris 8 en communication, nous fait part d’un intérêt assez superficiel concernant ces enjeux plus globaux. « Cela fait presque trois ans que je suis à l’université et, mis à part les récentes manifestations contre la LOI ORE, je n’ai pas vu grand-chose. » Jusqu’à souligner les tendances apolitiques des étudiants : « Au niveau politique, je n’ai pas vu grand-chose durant les dernières élections non plus. Très peu de contenu relayé sur les programmes respectifs des candidats ».

Le pouvoir de l’activisme étudiant outre-manche

De l’autre côté de la manche, tout est différent. L’activisme étudiant en Angleterre, et tout particulièrement à Londres, puise sa pertinence dans sa diversité ethnique et culturelle. De l’Inde à l’Afghanistan, en passant par le Pakistan, le Liban, la Somali, le Kenya, l’Erythrée ou encore par l’Europe plus généralement, la diversité culturelle du corps étudiant apporte, par conséquent, une multitude de nouvelles perspectives. Ces étudiants sont témoins de problématiques dans leur pays d’origine/naissance qu’ils aimeraient adresser au gouvernement britannique ou encore soumettre à l’opinion publique.

Le système universitaire britannique rend ces minorités ethniques extrêmement visibles à l’Université. On appelle cela les « societies » et il suffit d’être étudiant à l’Université pour en faire partie. Dans chaque université nous trouvons la « Palestine Society », « Somali Society », « Labour Society », « Arab Society » ou encore « Harry Potter Society ». Tout est basé sur les intérêts, les convictions ou l’identité des étudiants. Les universités prennent ces sociétés qui participent au rayonnement culturel et politique de ces premières très aux sérieux.

Dans ce contexte, j’ai pu assister à des levées de fonds organisées par l’« Arab Society » de UCL pour Médecin sans Frontière (MSF) au Yemen, à des manifestations étudiantes en mémoire de la catastrophe qui a touché la communauté de Grenfell, à des débats sur l’impact des lobbys étudiants à l’Université d’Oxford et autres visionnages de documentaires étudiants sur les conditions de vie des migrants à Calais à l’Université SOAS (championne de l’activisme étudiant à Londres).

Toutes ces activités organisées par des étudiants ne sont pas des manifestations au sens littéral du terme, mais elles témoignent d’un travail quotidien et constamment renouvelé dans le but de responsabiliser l’audience (empowerment project groups).

Février 2018 – University College London – Institute of Education. Les étudiants de l’UCL organisent une levée de fonds sous forme de « Talent Show » au profit de Médecins Sans Frontière au Yemen. La crise humanitaire au Yemen auhourd’hui est qualifiée comme étant la « pire au monde » selon l’ONU.

Des mouvements étudiants français vacillants

L’approche plus « occasionnelle » des mobilisations étudiantes françaises paraît un peu plus limitée puisqu’elle répond, la plupart du temps, à une situation de crise spécifique. En effet, les étudiants français se montrent très actifs, organisés et solidaires lorsque leurs droits se trouvent menacés (ex : les protestations contre loi ORE).

Jouissent-ils, cependant, de la crédibilité qu’ils méritent ? François Germinet, vice-président de la CPU parle « d’initiative très localisées » au Figaro, niant ainsi l’ampleur des mouvements.

Ici, ce cadre s’est tellement étendu que le moindre mouvement de masse un peu trop virulent est qualifié de « désordre républicain ». Il devient alors facile pour les institutions au pouvoir de déconstruire les revendications (Tolbiac). L’activisme étudiant gagnerait en légitimité s’il s’impliquait davantage, en amont, dans ces problèmes très globaux, certes, mais dont il faut absolument discuter dans le seul but de rétrécir ce « cadre » encombrant et d’élargir le champ des possibles par la même occasion. Le phénomène de globalisation ainsi que l’avènement des réseaux sociaux devraient faciliter notre engagement à l’international de manière soutenue.

« Mai 68 » et l’imaginaire au pouvoir

Un autre exemple de mobilisation étudiante : Mai 68. Le mouvement fut particulier car il ne releva pas seulement d’une revendication sociale qui ne concernait que les étudiants. Ce mouvement fut bien plus inclusif, un cri profond au nom de tous les opprimés contre la fourberie d’un capitalisme excessif se vidant de son fond d’humanité. Il fut tellement large qu’il trouva écho à travers l’Europe (Belgique, Allemagne, Espagne…), outre atlantique, au- delà du rideau de fer (en Pologne) et même en Afrique.

C’est un mouvement qui fut bien plus global, et ainsi de sa diversité en résulta sa pertinence. Les étudiants avaient, à l’occasion, décidés d’attaquer ces problèmes à la racine pour préserver leur cohésion, et ainsi ne pas ébranler la noblesse de leurs revendications. Ils répondront, par exemple, aux vigoureuses attaques des hebdomadaires Minute et l’Humanité envers le porte-parole du mouvement, Daniel Cohn Bendit, en brandissant cette célèbre pancarte, symbole d’unité : « Nous sommes tous juifs et allemands » en soutient à ce dernier.

Cependant, cette année encore nous avons observés les lacunes de ces mouvements quand la présidente de l’UNEF à l’université Paris-Sorbonne se voit critiquer pour sa tenue vestimentaire plutôt que ses positions en tant qu’étudiante et syndicaliste. Ces préjudices sociaux, ethniques et/ou culturels doivent par conséquent être considérés en amont et nécessitent une remise en question quotidienne. « Par exemple, il faut maintenant renoncer aux meetings à grand spectacle et arriver à former des groupes de travail et d’action », proposait déjà Cohn Bendit dans son entretien avec Sartre en 1968.

Ce fut « l’esprit 68 » et c’est avec cette altruisme que les étudiants doivent davantage renouer.

À Paris et partout dans le monde, des manifestations contre la guerre du Vietnam. JACQUES MARIE/AFP

« Tous pour un » !

Contrairement aux français, les étudiants anglais doivent faire face à un manque de visibilité considérable. « Malgré tous nos efforts, il est toujours difficile de se faire entendre » me dira Farah, jeune activiste étudiante en Relations Internationales à l’Université de Westminster.

De plus, les mouvements restent très dispersés et manquent parfois de centralité. Même si le NUS (National Union of Student) aspire à représenter le corps étudiant dans sa globalité, en ce qui concerne les questions d’ampleur nationale et/ou transnationale, le risque, pour ces petites sociétés très actives, de « flirter » avec le communautarisme et de se renfermer sur elles-mêmes reste élevé. C’est dans ce sens que la marge de progression en Angleterre est très conséquente pour les étudiants locaux.

Lucy Wake, responsable des relations politiques chez Amnesty UK m’a fait part d’une remarque très significative : « Il est préférable pour les étudiants d’établir une coalition et de manifester contre toutes ces injustices ensemble plutôt que séparément ».

Les étudiants français brillent par leur solidarité mais manquent cependant de constance. Au contraire, les étudiants anglais eux sont très consistants et répondent activement à l’actualité et de façon continue. Ils manquent cependant d’une aura si particulière que seule l’Histoire pourra leur procurer.

Plus facile à dire qu’à faire mais l’heure est aux alternatives. Et comme le dit le proverbe : « Mieux vaut allumer une bougie que de maudire les ténèbres. »

Crédits photo : Yacine Ait Larbi

Article rédigé par Yacine Ait Larbi, Etudiant à Richmond, The International American University in London & Stagiaire chez Amnesty International UK section.

Crédits photo : Yacine Ait Larbi

Hits: 181