Le PCF est mort, vive l’Huma !

Le PCF est mort, vive l’Huma !

Le rassemblement communiste de France, c’était ce week-end à Paris, du vendredi 14 au dimanche 16 septembre. Sorb’on est allé à la rencontre des participants de la Fête de l’Humanité 2018.

            Entre musique et drapeaux rouges

Arrêt Le Bourget, sur le RER B. Des bénévoles nous dirigent vers le T11, mais la file d’attente est interminable. Une jeune étudiante et un couple de retraités qui vont à la fête regrettent l’absence de navette comme il y avait les années précédentes. Malgré tout, chacun est de bonne humeur, l’ambiance est très festive et conviviale.

Devant l’entrée du Bourget, difficile de se frayer un chemin parmi la foule, car la Fête de l’Humanité attire tous les ans des centaines de milliers de personnes. L’entrée ne coûte que 25€ pour l’ensemble des trois jours des festivités. La Fête se découpe entre musique (Suprême NTM, Bigflo et Oli, Grand Corps Malade, …) et ateliers de débats et discussions, sur des thèmes de société tels que le mouvement « Balance ton porc » ou la hausse de la CSG.

Les uns à la suite des autres, les stands PCF sont installés par régions, proposant soit de la nourriture, soit de la lecture (tracts, livres, journaux…). Le reste des tentes sont thématiques, soit elles défendent une cause (pro-Palestinien ou pro-Cubain par exemple), soit elles vendent des produits. Au détour des allées, on constate que presque tous les participants semblent engagés pour une cause, alors nous les questionnons sur la raison de leur venue.

À la question « Venez-vous pour la musique ou la politique ? » …

…Sur 100 participants à la Fête de l’Humanité, environ 38% viennent pour la musique, 14% pour la politique, et 48% pour les deux.

La majorité d’entre eux sont donc « au moins là » pour la politique (62 points). Également, c’est presque à l’unanimité qu’ils répondirent « OUI » à notre seconde question : « Pensez-vous que la Fête de l’Humanité soit encore utile à la gauche ? ». Cette approbation globale semble sincère car même les participants venus uniquement pour les concerts ont répondu par l’affirmative, ils jugent que ce rassemblement sert vraiment à quelque chose. Mais ils ne sont pas tous de cet avis…

            Le paradoxe nommé PCF

Roland, militant PCF depuis 1983, nous parle d’un parti qui ne sait pas « profiter de cet événement » qui est pourtant « le plus grand rassemblement politique annuel qui existe ». Rencontré alors que nous mangions à la cantine, sous le barnum Benalla Ciao, nous amorçons une conversation avec cet élu municipal de l’opposition dans la région de Perpignan. Il aborde l’affaire Alexandre Benalla, et n’hésite pas à parler de « méthodes (Elyséennes) qui datent de la guerre d’Algérie ! ». Très engagé pour le climat, il est surtout préoccupé par les prochaines élections européennes. Voter pour La France Insoumise ? « Non, non et c’est net et précis ! ». Il préfère amorcer une discussion avec le parti de Jean-Luc Mélenchon pour créer une alliance des gauches. Pour lui, la différence entre le PCF et LFI, c’est justement Jean-Luc Mélenchon, ce leader charismatique que les communistes rêvent de retrouver depuis Georges Marchais, mais qui représente « un système pyramidal, c’est moi d’abord et le reste ensuite (…) Je ne lui fais plus confiance aujourd’hui ».

Crédits : Antoine Dutheil

            « L’Huma », ce même cercle vicieux

En ayant quitté Le Bourget, nous établissons ce constat qui revient chaque année. La Fête de l’Humanité attire les foules, pas seulement venues pour la musique ! C’est un lieu de convergence de tous les militants de France, de tous les sympathisants de l’extrême gauche. On y vient pour défendre son combat (comme les postiers du 92 en grève depuis plusieurs mois), débattre, danser. Pourtant, le PCF est inexistant par les urnes. Ces centaines de milliers de militants n’avaient AUCUN candidat pour les élections présidentielles de 2017, et se sont donc rabattus sur P. Poutou (NPA), J-L. Mélenchon (LFI) ou N. Arthaud (Lutte Ouvrière). Chacun est là pour montrer qu’il existe, vend des badges à l’effigie de Lénine ou Karl Marx. Ils sont de nouveau fiers d’être du PCF. Lundi, leur quotidien reprendra, et ils se rappelleront avec mélancolie de ce moment, qui reviendra l’année prochaine… Les élections européennes vont-elles provoquer un électrochoc ?