Sorbonne Université, une faculté de prestige

Sorbonne Université, une faculté de prestige

« Étudier à la Sorbonne » en 2018, c’est autant étudier à Sorbonne Universités (créée à la suite de la fusion entre Paris-Sorbonne et l’Université Pierre-et-Marie-Curie ), qu’à Panthéon-Sorbonne (Paris 1), à Sorbonne-Nouvelle (Paris 3) ou à Paris Descartes (Paris V). Mais qu’est-ce que cela implique réellement ?

Le nom de Sorbonne est considéré encore aujourd’hui comme une marque porteuse de prestige. Il est employé par chacune de ces quatre universités. Or cela n’implique pas nécessairement les mêmes choses. Dans les faits, chaque faculté se démarque en matière d’éducation.

Les sociétés et leurs classements

Des sociétés spécialisées dans l’éducation ont établi et publié des classements d’échelles diverses. Parmi les plus récentes, on relèvera le classement européen du Times Higher Education, l’ « Academic Ranking of World Universities » (alias l’ARWU) de la Shanghai Ranking Consultancy et le « World University Rankings  » de Quacquarelli Symonds. Chacun de ces classements offre une place différentes aux écoles de la Sorbonne.

Cette année, le Times Higher Education situait Sorbonne Universités en 3e position derrière Oxford et Cambridge. Ce classement avait été établi suite à une enquête du magazine auprès de 30 000 étudiants européens. L’ARWU, de son côté plaçait Sorbonne Universités 36e, soit l’une des deux seules universités françaises à atteindre le top 50 (avec Paris-Sud à la 42e place). L’autre université du nom Sorbonne à apparaître dans le top 200 était Paris Descartes.

Le classement du QS nous en apprend plus sur la place des écoles. Il accordait la 13e place à Panthéon-Sorbonne dans l’étude de l’Histoire au niveau mondial. La Faculté de Lettres (anciennement Paris Sorbonne) obtenait la 16e place pour ce qui est de l’étude des langues vivantes. Sorbonne Universités se classait d’ailleurs 75e meilleure université du monde pour 2019.

Les évolutions et leur sens

Toutes ces données sont évidemment vides de sens si on ne prend pas en compte l’avancée qu’elles représentent dans certains domaines. Pour Sorbonne Universités, on observe un gain de quatre places au classement de l’ARWU. De plus, la fusion entre Pierre-et-Marie-Curie et Paris-Sorbonne a permis une avancée de la 131e place (pour l’UPMC seule) à la 75e en 1 an. Cela prend un sens très particulier puisqu’on observe les conséquences immédiates de cette fusion et qu’elle semble bénéficier au prestige de l’université.

Pourtant, dans les faits, ce léger sursaut dans le classement de Sorbonne Universités n’est pas réellement une surprise. Il faut considérer que l’université a toujours bénéficié d’un rayonnement international très fort. Cela l’a toujours rendu très attractive pour les étudiants étranger. Ce n’est pas tant une victoire que la suite logique d’une fusion planifiée de longue date. De plus, Sorbonne Universités souffre d’un problème intrinsèquement lié à sa fusion qui risque de rendre cette avancée caduque.

En effet, la fusion de la faculté de sciences et de médecines avec celle des lettres posait déjà, en janvier dernier, un problème d’identité qu’avaient exprimé certains étudiants. En effet, les années précédentes, il était simple de s’identifier à Paris IV ou à l’UPMC , et ainsi de savoir où se placer dans les classements mondiaux. Aujourd’hui, la place de Sorbonne Universités à l’international reste très flou. Difficile, pour un étudiant en faculté de Lettres, de savoir si celle-ci est réellement la 75e ou 36e meilleure au monde quand elle est liée à d’autres facultés spécialisées dans la médecine et les sciences.

La valeur et les critères

Les étudiants de Sorbonne Universités doivent finalement trouver leur place dans ce grand flou que constitue le classement universitaire. Cela étant dit, il y a deux nuances qu’il est important de prendre en considération sur chacun de ces classements. Tout d’abord, il faut considérer que le QS, par exemple, classifie également les universités par unités d’enseignement. Ainsi, on identifie mieux ce que vaut notre cursus à l’international.

Cela a une valeur très importante dans des universités américaines. La New York University propose seulement deux bourses aux étudiants de France métropolitaine pour l’année 2018-2019. Dans ce genre d’université, la réputation de la faculté d’origine est prise en compte ainsi que la valeur du diplôme.

De plus, il faut aussi observer que la plupart des critères de ces classements sont, bien entendu, contestés. L’ARWU voit de plus en plus ses classement remis en cause. On considère qu’ils prennent trop souvent en compte des faits passés (les prix Nobel obtenus par exemple) et pas suffisamment la qualité de l’enseignement actuel.

Aujourd’hui, la tendance est de considérer qu’une université est prestigieuse parce qu’elle est bien classée. Cela étant, le classement n’est pas nécessairement révélateur de la qualité d’un enseignement. Au-delà de cela, le cas de Sorbonne Universités prouve qu’il n’est pas toujours évident de s’identifier au sein de son université. Or si les étudiants ne se reconnaissent pas comme appartenant à une école dans son ensemble, peuvent-ils alors se reconnaitre dans un classement qui ne les représente que partiellement ?

Crédit photo : GUILLAUME HORCAJUELO / POOL / AFP