Première année, un vent de nouveauté et de beauté dans le cinéma.

Première année, un vent de nouveauté et de beauté dans le cinéma.

Le 12 septembre, est sorti en salle le nouveau film de Thomas Lilti, Première Année. Un an dans la vie d’Antoine et de Benjamin, l’un ayant triplé sa première année de médecine, le second qui sort tout juste du baccalauréat. Ils se rencontrent sur les bancs de cette année d’études si particulière qui ne laisse personne indifférent.

Première Année adopte un format particulier. Il s’agit d’une histoire réaliste, qui n’abandonne pas pour autant le cinéma en tant qu’art esthétique. Il est actuel, nous fait part de faits et de courts témoignages très actuels.

Le paradoxe entre petit et grand, omniprésent dans le film 

L’intimité transpire à travers les plans resserrés, de la petite chambre de Benjamin (William Lebghil) jusqu’aux relations entre les étudiants. Intimité qui fait face à la grandeur des amphithéâtres, au bruit des étudiants, à la hauteur des piles de documents qui parait insurmontable. La petitesse du temps et la grandeur de ce qui l’occupe, la petitesse de la mémoire face à tout ce qu’elle va devoir intégrer.

Les paradoxes entre petit et grand se multiplient. A l’instar de ce travelling avant sur Antoine (Vincent Lacoste) qui s’apprête à s’enfermer dans plus petit et plus grand que ce concours. Cela est par ailleurs un effet secondaire de cette année, abordé seulement au travers des images.

Le nombre de places est limité. Et la sélection de celui qui sera le plus machiavélique pour réussir pose la question de s’avoir jusqu’où aller en brisant l’humanité des étudiants pour qu’ils apprennent à réparer celle de leurs patients.

Un véritable questionnement politique et philosophique

La fin du film nous invite à comprendre que Première Année n’est pas seulement du cinéma. C’est également une part de vie, avec tout ce qu’elle comprend comme le rire, la tristesse, la simple existence. La simple existence qui encore s’oppose à la course que Benjamin et Antoine nous imposent. Au coeur de cette chambre d’étudiant, de ces amphithéâtres bondés, entre les tables de concours. Et d’autant plus dans cette cage d’escaliers, dans ce restaurant universitaire, dans la “BU” ou dans leurs cadres familiaux respectifs. La simplicité de la dernière note nous offre finalement à pousser une réflexion simple : pourquoi ce concours ?

Le film soulève en outre une question philosophique : qu’est ce que l’Homme sans l’autre ? Aristote nous répliquera que l’Homme est par nature un “animal politique” qui ne peut pas vivre seul. Cette relation humaine se tisse naturellement sous nos yeux entre Benjamin et Antoine. Elle n’est pourtant pas hors de danger et est, par ailleurs, fort probablement éphémère. En définitive, c’est une merveilleuse relation que noue ce “couple” qui ne passera pas ce concours seul. Ils se protègent, s’entraident, se motivent. Cette relation fait de plus remonter la barre de la compétition, impose un rythme de travail intense et régulier. Elle fait donc survivre ces deux jeunes hommes qui se trouvent au milieu du champ de bataille de leurs propres esprits et capacités.

La qualité technique et artistique procurant une grande émotion.

Les différents plans du film forment une composition poétique. Cela permet d’autant plus précisément de présenter la situation des deux personnages. Par ailleurs, les émotions, les paroles et les non-dits sont toujours ce qu’il y a de plus impressionnant entre Vincent Lacoste et William Lebghil ; devenus, le temps d’un film, étudiants en première année de médecine.

La qualité de l’image est de surcroît impressionnante. Sa place dans le récit est très importante. Elle ne suit ni les codes d’un documentaire (si ce n’est par quelques touches), ni d’un “buddy-movie” de jeunes hommes qui passent un concours difficile. L’image est en définitive un personnage à part entière, et raconte sa propre histoire. Elle fait en réalité passer ses propres émotions et existe entre Vincent et William, entre Benjamin et Antoine, entre Thomas et Lilti.


Extrait de C à vous . Le croisement de ce film, de sa poésie, des réelles ambitions des acteurs et du réalisateur.

Retrouvez les séances du film ici.

Crédit photo : Le Pacte

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