Affaires d’Église, affaires humaines : lutter contre le cléricalisme

Affaires d’Église, affaires humaines : lutter contre le cléricalisme

Certains scandales posent aujourd’hui la question des réactions internes. Des changements sont nécessaires pour lutter contre le cléricalisme, maladie obscure dont les actes d’abus sexuels sont un symptôme.

Depuis janvier 2018, quatre scandales d’abus sexuels, parfois sur mineurs, dans des pays de différents continents (Chili, États-Unis, Allemagne et Pays-Bas) ont levé le voile sur de nombreux crimes. Plus grave encore, le silence de certains évêques, ayant protégé ces actes en les dissimulant, a été dévoilé.

« Méfiez-vous bien à cause du levain des Pharisiens, c’est-à-dire de leur hypocrisie. Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Aussi tout ce que vous aurez dit dans l’ombre sera entendu au grand jour, ce que vous aurez dit à l’oreille dans le fond de la maison sera proclamé sur les toits »

Luc, 12, 1-3

Abus sexuels, un symptôme du cléricalisme

            On définit généralement le cléricalisme comme la tendance du clergé à vouloir acquérir un pouvoir temporel. Dans le cas des abus sexuels, cela se traduit par une domination psychologique puis par une dissimulation que permet un format d’institution très hermétique.

Si la réaction de ladite institution peut sembler faible, il ne faut surtout pas confondre le clergé et l’Église dans son ensemble. Constituée d’une écrasante majorité de laïcs, ces derniers, atterrés par ces actes, sont de plus en plus irrités par cette image hypocrite dont ils ne sont pas directement responsables. C’est pourquoi, au sein de l’Église même, s’élèvent de nombreuses voix qui réclament des changements tant dans la structure que dans les mentalités.

Le rapport entre le clergé et les laïcs

Avant de commencer à évoquer les idées nouvelles, il est primordial de rappeler que les critiques s’adressent au système. Le clergé est un ensemble de personnes uniques aux personnalités et aux opinions parfois radicalement opposées. En réalité, la grande majorité d’entre eux est tout à fait saine d’esprit. Lorsque donc seront évoqués « les clercs », le groupe n’efface pas les nuances des individualités.

Le premier cheval de bataille de ceux que l’on pourrait ironiquement appeler les réactionnaires, concerne la redéfinition du rapport entre clercs et laïcs, et particulièrement la désacralisation de nombreux éléments devenus identitaires. On peut mentionner le retour des soutanes noires ou l’obsession de certains prêtres pour les rites liturgiques (protocole).

Car il apparaît que cette sacralisation a fini par s’étendre à la personne même du prêtre, qui passe donc parfois du statut de serviteur de la communauté (curé vient du latin cura = soin) à celui de personnage supérieur, du fait des nombreux symboles qui peuvent l’entourer et lui conférer une aura injustifiée. Dans les cas les plus extrêmes, cela peut aller jusqu’à engendrer les sordides conséquences auxquelles on a pu assister récemment. De fait, la sacralisation s’est logiquement étendue à l’institution, ce qui explique pourquoi certains évêques dissimulèrent des actes pédophiles, jugeant que la sacralité du corps clérical prévalait sur un scandale médiatique certain.

Moderniser, c’est évoluer

Pour combattre cette sacralisation, des pistes sont explorées afin de changer la mentalité des croyants. Ainsi la très polémique question du mariage des prêtres revient-elle une nouvelle fois sur le devant de la scène. En effet, la possibilité du mariage permettrait une plus grande diversité au sein du corps clérical, une connexion vécue avec le monde de la famille, et un lien plus fort avec les laïcs par le mode de vie commun.

De même sont interrogées les modalités de la formation des séminaristes. Formés uniquement par des clercs dans des facultés au public peu diversifié, le parcours actuel passe pour favoriser un entre-soi malsain. Cela peut parfois restreindre l’ouverture d’esprit. Placer des laïcs compétents, dont des femmes, aux postes d’enseignement serait une manière très simple de briser cet entre-soi, d’autant plus que cela ne pose aucun problème théologique.

Ce bouillonnement d’idées a fait également prendre conscience à beaucoup de la nécessité du débat. Dans un courrier de lecteur publié par La Croix le 19 septembre (article ici), on peut lire : « Les laïcs sont trop soumis par la volonté de faire corps. Promouvoir une culture du débat permettrait de relativiser une parole des prêtres trop souvent sacralisée » (Hugo, 27 ans). Comme quoi, il n’y a pas que moi qui le dis … Mais ce point de vue est loin d’être partagé par tous. Beaucoup de catholiques craignent que les critiques n’affaiblissent l’Église, quand ils n’y sont pas franchement hostiles.

De nouveaux fidèles

La dynamique de la recherche de diversité dans le corps clérical a également ravivé les velléités des partisans de la révision du statut des femmes dans l’Église. Alors que disparaît peu à peu l’ancienne génération et que la mentalité moderniste des années 1960 prend progressivement le dessus, les revendication de la prêtrise accessible aux femmes se font plus intenses, ainsi que l’idée que des laïcs pourraient accéder à des postes à responsabilités au dessus des prêtres.

Mais ne plaçons pas la charrue avant les bœufs ! Pour conserver son unité, l’Église catholique est contrainte à une certaine lenteur du fait du nombre et de la diversité de ses fidèles. Néanmoins, au vu des récents événements et du contexte général de notre époque, passer la seconde ne serait pas de trop. De toute façon, il est évident que le cléricalisme doit être combattu par des mesures concrètes, les discours ne suffisent plus. Le changement —oserais-je parler de progrès ? — doit venir de l’intérieur. La question qu’il reste alors est de savoir si l’ensemble des catholiques se montreront disposés à débattre et à rester ouvert aux propositions. Le plus dur reste à faire mais la remise en question est une nécessité. Si vous avez encore des doutes, « demandez-vous ce qu’aurait fait Jésus ! » (Transformers 1)

Photo — Le pape François s’adressant aux évêques chiliens, le 17 janvier 2018 à Santiago (Chili) © Vatican Media

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