Philosopher autrement : Top 5 des films d’animation qui font réfléchir

Philosopher autrement : Top 5 des films d’animation qui font réfléchir

Très loin d’être exhaustif et inévitablement subjectif, voici un petit classement des longs-métrages d’animation les plus à même de stimuler notre réflexion. Bien sûr, il n’y sera question ni des Miyazaki ni des Disney, pour qui la tradition exige un duel à part entière. Il y aura tout de même de quoi, pour certains, se remémorer de lointains plaisirs cinématographiques, et pour d’autres, en découvrir de nouveaux. Du reste : bon voyage philosophique !

Le chat du rabbin

Sorti en 2011, Le chat du rabbin est l’adaptation animée de la bande-dessinée du même nom. Il conte les aventures d’un chat espiègle qui ne cesse de questionner le monde des humains. Réalisé par Joann Sfar et Antoine Delesvaux, Le chat du rabbin se donne à voir et à entendre comme un grand moment de poésie et de philosophie.

Dans l’Algérie des années 1920, le spectateur suit l’histoire d’un vieux rabbin, de sa fille Zlabya, et de son chat qui parle, pour notre plus grand plaisir. Cet animal, qui est mystérieusement capable de nous communiquer ses réflexions et remarques, toujours drôles et insolentes, stimule vivement notre esprit. De quoi avons-nous l’air ? Quelle est cette agitation dans laquelle nous nous embourbons sans cesse ? Quel est le sens de nos habitudes, de nos croyances, de nos rapports ?

La discrimination, Dieu, l’amour, la jalousie, la sagesse, la connaissance… Tout y passe et sans vergogne, à travers l’œil neuf mais tout de même bien avisé du félin malicieux. Les images sont voluptueuses et dansantes, les traits et les musiques s’envolent, comme le font les pensées, avec légèreté et profondeur. Bref. La magie opère : nous sommes en effet simultanément bercés et bousculés. Quel autre projet la philosophie pourrait-elle bien avoir ?

Tout en haut du monde

Tout en haut du monde est un film d’animation français réalisé par Rémi Chayé et sorti en 2015. Dans le décor glacial du Saint-Pétersbourg du XIXe siècle puis de l’intemporelle banquise du Pôle Nord, on suit les péripéties de Sacha, la jeune fille d’un aristocrate russe. Persuadée que son grand-père Oloukine, l’explorateur concepteur du Davai, un navire insubmersible, est encore vivant mais piégé dans la glace, elle décide de se mettre à sa recherche.

L’accompagner dans cette odyssée impensable nous permet d’être petit à petit rendus à la liberté et au courage insouciants de l’enfance. Sauver, partir, agir, ne se questionnent plus mais s’appliquent. Le corps est devenu l’outil de nos valeurs, au service de nos ambitions. Le froid est palpable, le danger aussi, mais la difficulté du voyage est à la mesure de sa beauté. L’omniprésence du blanc nous absorbe sans jamais engloutir les différentes nuances de bleu. Nous devenons comme Sacha, le temps de ce voyage, un corps dynamique en symbiose avec l’épaisseur de son environnement.

Le Congrès

Le Congrès est un long-métrage sorti en 2013, dont les véritables acteurs, faits de chair et d’os, tombent lentement dans l’animation. Certains préfèrent la partie filmée, d’autres le temps du dessin psychédélique. Mais tous seront sensibles à l’étrange mutation qui interroge : où se trouve la frontière entre la réalité et la fiction ? et devrions-nous la franchir ?

Robin Wright est une actrice sur le déclin : elle a bientôt quarante ans, et son agent ne peut plus rien pour elle face au diktat de la jeunesse. C’est donc dans cet état de détresse, et dans un monde futuriste poussiéreux, qu’elle accepte d’être scannée. Son image fera l’objet d’un contrat. Sa copie virtuelle jouera n’importe quel rôle à sa place. Elle appartient désormais à la production hollywoodienne Miramount.

S’ensuit un progrès incontrôlable de l’industrie cinématographique, où chacun peut quitter le monde réel pour vivre sa propre aventure fantasmée, être le cartoon de son choix, dans un décor hypnotisant par ses couleurs criardes et son instabilité nauséeuse. Voler, se transformer, s’échapper, posséder, oui… mais à quel prix ? Le Congrès dérange par son esthétique rompue et libre, presque aussi insensée que son speech. L’ensemble réussit cependant à nous questionner malgré nous. Quel est ce monde dans lequel nous vivons, et quand cessons-nous d’y vivre réellement ?

Le magasin des suicides

Bienvenue dans la boutique de la famille Tuvache, où vous trouverez de quoi en finir avec votre morne existence, de quoi quitter les lieux à votre manière, tout l’attirail qui conviendrait pour vous aider à vous suicider comme dans vos plus beaux rêves. En 2012, Patrice Leconte réalise Le magasin des suicides, un film aux faux airs de Tim Burton. Quoique l’on ne s’y méprend pas, l’esthétique est bel et bien différente. Le coup de crayon est plus rond, plus chaleureux. Comme pour mieux nous enivrer, nous appâter, et nous donner le goût de la vente mortelle.

On commence à douter de nos évidences : vendre la mort, officiellement, à découvert, est-ce si terrible ? Le suicide rentable est-il tant immoral ? Mille interrogations funèbres nous triturent l’esprit mais pour mieux laisser place à l’espoir de croire de nouveau en la vie. Enthousiasme contre désespoir, lumière contre obscurité, amour contre sévérité, tout se mélange et détonne : bienvenue dans Le magasin des suicides.

Le tableau

Le tableau a été réalisé en 2011 par Jean-François Laguionie, comme un hymne à l’ouverture d’esprit et à la tolérance. Ces deux notions auraient pu sonner creux, mais ç’aurait été sans compter la finesse du traitement. L’histoire est simple : un tableau n’est pas abouti, et scinde les personnages qui y résident en trois groupes : les supérieurs Toupins, les rejetés Pafinis et les esclaves Reufs. De cette scission naît un jeune héro qui a l’ambition, avec ses amis, de retrouver le peintre, pour l’inviter à finir son œuvre et à y rétablir ainsi l’harmonie.

La quête du créateur, avec toute sa symbolique, engagera Ramo, Lola et Plume, dans un voyage initiatique à travers plusieurs tableaux. Chaque découverte est un écho à nos propres dépassements paradigmatiques, une familiarisation à l’autre, au différent. Sur quoi les normes sont-elles fondées ? La discrimination s’oppose-t-elle à l’harmonie ? Un tableau animé est-il aussi beau qu’une peinture figée ? Les passerelles mènent-elles véritablement ailleurs ? Le tableau ne finit jamais de nous éveiller, avec émerveillement.

Crédit photo : UGC Distribution

Hits: 274