Le Ballon d’Or doit-il disparaître ?

Le Ballon d’Or doit-il disparaître ?

Le 8 octobre dernier, France Football dévoilait la liste des 30 prétendants au titre du Ballon d’Or 2018. Malgré la forte médiatisation de l’événement, les critiques pleuvent depuis plusieurs années sur le trophée, récompense individuelle dans un sport collectif.

Karim Benzema, Antoine Griezmann, N’Golo Kanté, Hugo Lloris, Kylian Mbappé, Paul Pogba, Raphael Varane. Voici les noms des sept Français nommés pour le 63e Ballon d’Or France Football. Malgré leurs performances exceptionnelles de la saison, peu d’espoir de voir un Français soulever le trophée cette année.

Pourquoi ? D’abord parce que les attaquants et joueurs offensifs sont souvent privilégiés, au détriment des défenseurs et des gardiens. En effet, depuis sa création en 1956, le Ballon d’Or n’a été attribué qu’à trois défenseurs et un gardien de but. Ensuite, parce que la récompense sanctionne essentiellement des performances individuelles, bien plus que des victoires collectives. Un paradoxe mis en avant par de nombreux joueurs et entraîneurs. Comment, en effet, prôner des valeurs de collectivité quand les récompenses sont individuelles ?

L’importance du groupe

Le talent individuel des joueurs est incontestable. Pourtant, l’équilibre au sein d’un collectif est primordial. Que seraient en effet des joueurs comme Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo sans leur équipe respective ? Le travail se construit autour d’un groupe et un joueur moteur, au sein d’un effectif, peut en venir à chercher sa place dans une équipe où l’équilibre tactique n’est plus le même.

Hatem Ben Arfa
Crédit Photo : Christophe Saidi / SIPA

Hatem Ben Arfa l’a appris à ses dépends. Attaquant français, il est transféré de l’OGC Nice au PSG lors du mercato estival de 2016. Pourtant, en deux ans, il ne sera titularisé que 11 fois. La cause ? Un simple manque d’investissement à l’entraînement de la part du Français selon le coach d’alors, Unaï Emery. Une situation qui s’envenimera au fil des semaines et qui ne s’arrangera malheureusement jamais, privant Ben Arfa de belles heures avec le PSG après celles connues avec Nice.

Il s’agit d’un élément que Didier Deschamps, sélectionneur de l’équipe de France, a toujours mis en avant. L’intérêt de ce qu’il appelle le « collectif » est toujours privilégié à la performance individuelle et c’est également ce qui a guidé ses choix lors de la sélection de 23 joueurs ayant disputé la Coupe du Monde cette année.

De plus, peu importe le nombre de buts marqués, car le meilleur joueur du monde ne peut se résumer à un simple chiffre. De nombreux gardiens ont une vision du jeu plus complète et guident souvent leur équipe lors des rencontres, sans pourtant marquer le moindre but. Mais ils contribuent aux victoires en arrêtant les tirs adverses. Un titre ne se gagne pas uniquement sur une séquence offensive mais sur un équilibre. L’Atletico Madrid et son style de jeu très défensif en sont la preuve. Cependant, moins de statistiques sont disponibles sur les prouesses défensives que sur les performances offensives.

Des critiques récurrentes

Frank Leboeuf
Crédit Photo : Martin / L’Equipe

Beaucoup de joueurs et d’entraîneurs ont exprimé, au fur et à mesure des années, leur opposition à ce trophée. Arsène Wenger s’est ainsi déclaré en conférence de presse « contre [le Ballon d’Or]. Je préfère le travail d’équipe. ». Frank Leboeuf, Champion du Monde avec la France en 1998 avait également affirmé « Le Ballon d’Or, je le mets à la poubelle parce que c’est insultant pour les enfants, le côté éducationnel du football. On fait un sport collectif, on ne remet pas une récompense individuelle. Le Ballon d’Or, je n’en ai rien à foutre ». José Mourinho, actuel entraîneur de Manchester United, soulignait également dans le Telegraph « On est toujours en train de regarder la performance individuelle des joueurs, leurs statistiques. Mais le joueur doit travailler pour le groupe et non l’inverse. »

Ainsi, la course au but devient une obsession, en vue du trophée à venir. Et contrairement aux avant-centres, des milieux de terrain ont peu de chances de recevoir le Ballon d’Or, malgré leur rôle essentiel dans la construction du jeu d’une équipe. Ngolo Kanté, milieu de terrain, Champion du Monde avec l’équipe de France, est parmi les meilleurs joueurs du monde et tous ses coéquipiers soulignent son importance au sein du collectif. Les journalistes votant pour l’attribution du Ballon d’Or renverseront-ils la tendance en élisant un milieu de terrain, meilleur joueur du monde pour son rôle indéniable au sein d’une équipe, plus que pour des statistiques de but individuelles ? Réponse le lundi 3 décembre !