« Mon ami La Fontaine », à la redécouverte de l’Histoire et de la poésie.

« Mon ami La Fontaine », à la redécouverte de l’Histoire et de la poésie.

Jusqu’au 27 octobre au Théâtre 14, « Mon ami La Fontaine » invite son public à une redécouverte des célèbres fables de Jean de La Fontaine dans une représentation empreinte d’une profonde et intelligente sensibilité.

Philippe Murgier, auteur de la pièce et interprète de son premier rôle (Nicolas Fouquet) porte avec force et subtilité les fables autant que le texte de la pièce mise en scène par Christophe Gand.

À la redécouverte d’un classique

Nous, étudiants, pensons connaitre depuis l’enfance les fables de Jean de La Fontaine. Leurs morales étaient censées, à l’époque de leur création, accompagner l’éducation du Dauphin de France, fils de Louis XIV, et ce qu’elles pouvaient ainsi révéler de la société de l’époque – souvent résonnant d’un écho intemporel. Toutefois, aucune étude de ces fables ne nous révèle la subtilité de la langue et le génie de La Fontaine autant que cette nouvelle création.

« Mon ami La Fontaine » met en scène le personnage historique de Nicolas Fouquet, emprisonné à vie dans la forteresse de Pignerol. La pièce commence, nous sommes en 1668. Le grand mécène et ancien surintendant des finances de Mazarin, puis de Louis XIV, en est à sa septième année de geôle – « sans livre, ni plume, ni papier ». Un ami lui fait alors parvenir par la cheminée de sa cellule le volume des fables de son « ami La Fontaine ».

La sobriété du décor carcéral s’illumine de la beauté de la langue du poète alors que le comédien lit à son valet Champagne – seul compagnon d’exil – ces fables dont le sens profond se révèle au public avec une limpidité fascinante. Le mépris et la clairvoyance de La Fontaine pour les mœurs des Hommes se ressent et se comprend de façon inédite dans la diction puissante, mélodieuse et passionnée de Philippe Murgier. Le choix de fables animalières accentue la volonté de démonstration du génie du poète lorsqu’il fait parler les bêtes pour dénoncer les Hommes.

La théâtralisation inédite de la poésie, de l’Histoire et de la musique

La pièce prend sa dimension théâtrale dans l’engagement pris par la mise en scène de Christophe Gand, le contexte historique et le texte de « Mon ami La Fontaine ». La prise de position en défense de Nicolas Fouquet, la dénonciation de son procès dont la sentence était décidée d’avance et le rôle du Roi Soleil dans l’alourdissement de la peine à un emprisonnement à vie rappelle l’injustice subit par le surintendant. Nicolas Fouquet était accompagné dans son exil d’un seul valet. Liberté que s’autorise la mise en scène, Champagne (le merveilleux violiste Jean-Louis Charbonnier) accompagne la solitude de Fouquet des airs de Lully et de Marin Marais que le valet interprète à la demande de son maitre. La viole de gambe, ancêtre du violoncelle, accompagne la pièce de ses notes graves, et sa mélodieuse beauté émeut l’ancien mécène autant que l’auditoire attentif à cet instrument devenu rare.

L’intelligence de « Mon ami La Fontaine » réside en ce pari réussi de l’insertion fluide des fables de La Fontaine dans un contexte théâtral. La résonnance de ce que dénoncent les fables avec le sort de Nicolas Fouquet et certains caractères intemporels des Hommes confèrent à cette pièce une portée profondément contemporaine. La virtuosité des airs joués en direct sur scène donne de l’ampleur au texte joué et émeut le public, solidaire de la douleur du condamné.

« Mon ami La Fontaine », une pièce de Philippe Murgier, mise en scène par Christophe Gand, avec Jean-Louis Charbonnier (viole de gambe), Jean-Jacques Cordival et la voix de Christiane Cohendy.

  • Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris.
  • Jusqu’au 27 octobre 2018, les mardis, mercredis, jeudis et vendredis à 19h00 et le samedi à 20h30.
  • Réservations : 01 45 45 49 77
  • Tarif moins de 26 ans : 11 euros.

Crédit photos : Aspara Production

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